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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2403046

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2403046

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2403046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBEHECHTI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 23 mai 2024 sous le n° 2403046, M. A D représenté par Me Behechti, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ensemble les décisions implicites par lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a rejeté son recours gracieux contre cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de

100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une attestation de demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions contenues dans l'arrêté du 27 novembre 2023, ensemble les décisions implicites de rejet du recours gracieux formé contre ces décisions :

- la requête est recevable, car il a formé un recours contentieux contre les décisions implicites de rejet du recours gracieux présenté par un courrier reçu le 7 février 2024 contre les décisions contenues dans l'arrêté du 27 novembre 2023, notifié le 8 décembre 2023 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée au regard des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elles emportent sur sa situation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont privées de base légale ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont privées de base légale ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, le préfet de

la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté.

II. Par une requête enregistrée le 23 mai 2024 sous le n° 2403048, Mme F G, représentée par Me Behechti, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ensemble la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté son recours gracieux contre cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de

100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une attestation de demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions contenues dans l'arrêté du 27 novembre 2023, ensemble les décisions implicites de rejet du recours gracieux formé contre ces décisions :

- la requête est recevable, car elle a formé un recours contentieux contre les décisions implicites de rejet du recours gracieux présenté par un courrier reçu le 5 février 2024 contre les décisions contenues dans l'arrêté du 27 novembre 2023, notifié le 8 décembre 2023 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée au regard des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elles emportent sur sa situation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont privées de base légale ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont privées de base légale ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, le préfet de

la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Behechti, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. D et de Mme G, assistés de M. B C, interprète en persan, qui répondent aux questions du magistrat désigné,

- le préfet la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction pour les requêtes susvisées a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme G, ressortissants iraniens, né respectivement le 22 octobre 1962 à Abadan (Iran) et le 6 décembre 1982 à Borojerd (Iran) déclarent être entrés sur le territoire français le 1er avril 2019. Ils ont sollicité leur admission au bénéfice de l'asile le 24 avril 2019. Par deux décisions du 13 janvier 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leur demande. Par deux décisions du 15 décembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet. Par deux arrêtés du 25 janvier 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 8 février 2023, M. D et Mme G ont sollicité le réexamen de leur demande d'asile. Par des décisions du 28 février 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a déclaré leur demande irrecevable. Pas deux arrêtés du 27 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne les a obligés de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et les a interdits de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par des courriers datés du 2 février 2024 reçus le 5 et le 7 février 2024, les intéressés ont introduit un recours gracieux à l'encontre de ces arrêtés resté sans réponse de la part de l'administration. Par leur présente requête, M. D et Mme G demandent au tribunal d'annuler les décisions contenues dans les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 27 novembre 2023, ensemble les décisions implicites de rejet du recours gracieux formé contre ces décisions.

2. Les requêtes susvisées nos 2403046 et 2403048 concernent les deux membres d'un même couple et présentent à juger des questions semblables. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête des intéressés, de prononcer leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

En ce qui concerne les arrêtés du 27 novembre 2023 :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 614-5 : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. /()/ ". L'article R. 776-2 du code de justice administrative énonce que : " () Conformément aux dispositions de l'article L. 614-5 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément. /()/ ". L'article R. 776-5 du même code énonce pour sa part que : " I.- Le délai de recours contentieux de trente jours mentionné à l'article R. 776-2 n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif. / II.- Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

6. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français en litige ont été prises sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant que les arrêtés attaqués, qui comportaient les voies et délais de recours, ont été notifiés à M. D et à Mme G le 8 décembre 2023. Dès lors, les intéressés disposaient, à compter de la notification des arrêtés, d'un délai de quinze jours pour déférer l'ensemble ou une partie des décisions contenues dans ces arrêtés au tribunal administratif. Faute d'avoir formé un recours dans ce délai, qui, comme le prévoit l'article R. 776-5 du code de justice administrative, ne peut faire l'objet d'aucune prorogation, les arrêtés du 27 novembre 2023 sont devenus définitifs. Par voie de conséquence, les conclusions des requêtes dirigées contre les décisions contenues dans les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 27 novembre 2023 sont irrecevables. Par suite, les fins de non-recevoir opposées à cet égard par le préfet de la Haute-Garonne doivent être accueillies.

En ce qui concerne les décisions implicites portant rejet des recours gracieux :

7. La décision rejetant un recours gracieux formé contre une décision à l'encontre de laquelle le délai de recours contentieux est expiré est, sauf changement des circonstances de droit ou de fait, purement confirmative de cette décision devenue définitive. Une telle décision confirmative n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". L'article L. 721-4, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Dans les recours gracieux datés du 2 février 2024, reçus le 5 et le 7 février 2024, les requérants ont demandé à l'autorité préfectorale de réexaminer leur situation en faisant état de documents, versés dans les présentes instances dans leurs versions originales et traduites, qu'ils indiquent avoir reçus le " 22 janvier 2023 ", et qui n'ont, en tout état de cause été traduits par une traductrice assermentée de la Cour d'appel de Toulouse que le 26 janvier 2024. Il ressort des pièces du dossier que deux de ces documents correspondent à un rappel de convocation de M. D pour le 7 avril 2024 auprès du procureur général de la Révolution, émis le 27 mars 2023, pour des faits d'achat et de vente de boissons alcoolisées, mais également pour des faits d'insulte aux éléments sacrés et au guide vénéré de la Révolution islamique, de propagande contre le gouvernement sur les réseaux sociaux de façon continuelle et d'altercation avec les gardiens de la Révolution islamique et à un mandat d'arrêt émis le 23 mai 2023 en raison de ces faits. Il ressort également des pièces du dossier qu'un autre de ces documents correspond à une ordonnance pénale délivrée par le tribunal de justice de la République islamique d'Iran en date du 12 septembre 2023 condamnant M. D à neuf ans de prison, à soixante-quatorze coups de fouet et à payer 390 millions " de l'argent du pays " pour être entré en conflit avec les forces de l'ordre lors de son arrestation, à dix ans de prison, à quatre-vingt-un coups de fouet et à payer 400 millions " de l'argent du pays " en raison de ses propos calomnieux et de sa propagande contre la religion et le guide suprême et à " six à cinq ans de prison ", à quatre-vingt-un coups de fouet et à payer une somme équivalente à cinq fois le prix des boissons alcoolisées découvertes chez lui pour des faits de consommation, d'achat et de vente de boissons alcoolisées. Dès lors, ces documents, dont il n'apparaît pas qu'ils ont été produits devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lors des demandes de réexamen de leur demande d'asile présentée par les requérants le 8 février 2023 et rejetées par des décisions de l'Office du 28 février 2023, doivent être regardés comme ayant le caractère de changements de circonstances de fait. Il en résulte que les intéressés doivent être regardés comme apportant suffisamment d'éléments probants de nature à établir la réalité et l'actualité des menaces auxquelles ils seraient personnellement et directement exposés en cas de retour dans leur pays d'origine et faisant obstacle à leur éloignement à destination du pays dont ils ont la nationalité. Par suite, les décisions implicites de rejet des recours gracieux présentés contre les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 27 novembre 2023 en tant qu'ils ont fixé le pays de renvoi, qui ne sont pas confirmatives et qui sont susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, méconnaissent les stipulations et dispositions citées au point précédent et doivent, pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à leur encontre, être annulées dans cette mesure.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D et Mme G sont, en l'absence de changement de circonstance de droit ou de fait concernant les autres décisions implicites de rejet contestées, uniquement fondés à demander l'annulation des décisions implicites de rejet des recours gracieux présentés contre les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 27 novembre 2023 en tant qu'ils fixent l'Iran comme pays à destination duquel ils pourront être reconduits.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. La seule annulation, par le présent jugement, des décisions implicites de rejet des recours gracieux présentés par les intéressés contre les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 27 novembre 2023 en tant qu'ils fixent l'Iran comme pays à destination duquel ils pourront être reconduits n'implique par elle-même aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Sous réserve de l'admission définitive de M. D et Mme G à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Behechti à percevoir la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Behechti la somme globale de 1 500 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme globale de 1 500 euros leur sera directement versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. D et Mme G sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions implicites de rejet des recours gracieux présentés par M. D et Mme G contre les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 27 novembre 2023, en tant qu'ils fixent l'Iran comme pays à destination duquel ils pourront être reconduits, sont annulées.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D et de Mme G à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Behechti renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Behechti la somme globale de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants, la somme globale de 1 500 euros leur sera directement versée.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme F G, Me Behechti et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC Le greffier,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2403046, 2403048

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