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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2403169

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2403169

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2403169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.- Par une requête et des pièces enregistrées les 29 mai et le 4 juin 2024, sous le n°2403169, M. A D, représenté par Me Brel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 3 mai 2024 par laquelle le préfet de l'Ariège a refusé de l'admettre au séjour et a réitéré la mesure d'éloignement ainsi que l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de l'Ariège l'a assigné à résidence dans le département de l'Ariège pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à tout le moins de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens et le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi de 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où sa demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensembles des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de son auteur ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la situation personnelle de ses enfants mineurs ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant réitération de la mesure d'éloignement :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant refus de séjour elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la situation personnelle de ses enfants mineurs ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est privé de base légale dans la mesure où il est fondé sur la réitération en date du 3 mai 2024 de la mesure d'éloignement du 9 décembre 2021 elle-même illégale ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés les 29 mai et 3 juin 2024, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II.- Par une requête et des pièces enregistrées les 29 mai et le 4 juin 2024, sous le n°2403170, Mme C D, représentée par Me Brel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 3 mai 2024 par laquelle le préfet de l'Ariège a refusé de l'admettre au séjour et a réitéré la mesure d'éloignement ainsi que l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de l'Ariège l'a assignée à résidence dans le département de l'Ariège pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à tout le moins de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens et le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi de 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où sa demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensembles des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de son auteur ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la situation personnelle de ses enfants mineurs ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant réitération de la mesure d'éloignement :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant refus de séjour elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la situation personnelle de ses enfants mineurs ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est privé de base légale dans la mesure où il est fondé sur la réitération en date du 3 mai 2024 de la mesure d'éloignement du 9 décembre 2021 elle-même illégale ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka, qui informe la partie présente à l'audience, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision est susceptible d'être fondée sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions portant réitération de la mesure d'éloignement, dirigées contre des décisions inexistantes,

- les observations de Me Bachet, substituant Me Brel, représentant M. et Mme D, qui conclut aux mêmes fins et soulève contre les décisions portant assignation à résidence un nouveau moyen tiré de l'erreur de droit dès lors qu'elles réitèrent les mesures d'éloignement édictées le 9 décembre 2021. Me Bachet également produit une nouvelle pièce à l'audience, à savoir une pétition en faveur des requérants.

- les observations de M. et Mme D, assistés de Mme B, interprète en langue albanaise, qui répondent aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de l'Ariège n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction pour les requêtes susvisées a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, ressortissants albanais, déclarent être entrés sur le territoire français, respectivement le 15 septembre 2017 et le 23 juillet 2017. Par des arrêtés du 9 décembre 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 25 février 2022 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Toulouse du 6 avril 2023, le préfet de l'Ariège les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 16 janvier 2024, ils ont sollicité leur admission au séjour auprès de la préfecture de l'Ariège. Par des décisions du 3 mai 2024, le préfet de l'Ariège a refusé de les admettre au séjour. Par des arrêtés du 28 mai 2024, le préfet de l'Ariège les a assignés à résidence dans le département de l'Ariège pour une durée de quarante-cinq jours. Par leurs présentes requêtes,

M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler ces décisions.

2. Les requêtes n°2403169 et n°2403170, concernent les deux membres d'un couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la compétence du magistrat désigné :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que la décision d'assignation à résidence en procédant, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.

5. En l'espèce, par des arrêtés du 28 mai 2024, le préfet de l'Ariège a assigné

M. et Mme D à résidence dans le département de l'Ariège pour une durée de

quarante-cinq jours. Du fait de ces assignations à résidence, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif se trouve saisi de l'ensemble des conclusions des requêtes des intéressés, à l'exception de celles tendant à l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, dont l'examen relève de la compétence d'une formation collégiale. Par suite, l'examen des conclusions dirigées contre les refus de titre de séjour doit être renvoyé devant une formation collégiale de ce tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant réitération des mesures d'éloignement :

6. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

7. Il résulte des décisions attaquées que le préfet de l'Ariège, qui s'est fondé sur les nouvelles dispositions du 1° de l'article L. 731-1 applicables à toutes les obligations de quitter le territoire français en vigueur eu 26 janvier 2024, n'a pas édicté de nouvelles mesures d'éloignement à l'encontre des requérants. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions inexistantes sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

8. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; () ".

9. Il ressort des termes des arrêtés attaqués que M. et Mme D sont tenus de se présenter six fois par semaine, hors jours fériés au commissariat de Pamiers à 9 heures alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une attestation d'hébergement établie par la Fondation Institut Protestant le 27 mai 2024, qu'ils sont domiciliés à Foix. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats de scolarité des deux enfants mineurs du couple pour l'année scolaire 2023-2024 que ces derniers sont scolarisés dans des établissements situés à Foix. Dans ces conditions, M. et Mme D sont fondés à soutenir que le préfet de l'Ariège a commis une erreur manifeste d'appréciation en les assignant à résidence.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que M. et Mme D sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet de l'Ariège du 28 mai 2024 portant assignation à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

11. Le présent jugement, qui annule seulement les arrêtés portant assignation à résidence n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par les requérants.

Sur les frais liés au litige :

12. Sous réserve de l'admission définitive des requérants à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Brel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Brel une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux intéressés par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros leur sera versée directement.

13. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. et Mme D sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions des requêtes de M. et Mme D tendant à l'annulation des décisions portant refus de séjour contenues dans les décisions du préfet de l'Ariège en date du

3 mai 2024 sont renvoyées devant une formation collégiale du présent tribunal.

Article 3 : Les arrêtés du préfet de l'Ariège du 28 mai 2024 portant assignation à résidence sont annulés.

Article 4 : L'Etat versera à Me Brel une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme globale de

1 500 euros sera versée à ces derniers.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme C D, à Me Brel et au préfet de l'Ariège.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné,

N. ZABKA Le greffier,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°s 2403169, 2403170

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