vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2403401 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | NAKACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juin 2024, la confédération paysanne, le syndicat de la confédération paysanne du Tarn et le GNSA demandent au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet du Tarn du 5 juin 2024 portant interdiction de manifestation contre le projet autoroutier de l'A69 sur le territoire des communes de Teulat, Bannières, Montcabrier, Villeneuve-les-Lavaur, Maurens-Scopont, Cambon-les-Lavaur, Cuq-Toulza, Algans, Lacroisille, Appelle, Puylaurens, Saint-Germain-des-Prés, Cambounet-sur-le-Sor, Soual, Saïx, Viviers-les-Montagnes, et Castres, du mercredi 5 juin 2024 à 20h00 au lundi 10 juin 2024 à 20h00 ;
2°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
s'agissant de l'urgence :
-l'arrêté contesté a commencé à s'appliquer et seule la voie du référé-liberté peut permettre d'obtenir une décision du juge administratif dans un très bref délai ;
s'agissant de l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
-l'arrêté préfectoral porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion ainsi qu'à la liberté de manifestation ;
-le risque de trouble à l'ordre public n'est pas établi ;
-la mesure présente un caractère disproportionné, le champ d'application géographique et temporel de l'arrêté étant beaucoup trop large ;
-cette mesure est inadaptée et injustifiée.
Par un mémoire en intervention volontaire, enregistré le 7 juin 2024, la Ligue des droits de l'homme, représentée par Me Nakache, demande que le juge des référés fasse droit aux conclusions de la requête.
Elle soutient que, justifiant d'un intérêt à agir, son intervention est donc recevable, et que l'arrêté critiqué est disproportionné au regard de la menace pour l'ordre public.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 7 juin 2024, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juin 2024, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :
-le rapport de M. B,
-les observations de Mme A, représentant la confédération paysanne et le syndicat de la confédération paysanne du Tarn, qui a notamment précisé les motivations du rassemblement litigieux et a indiqué qu'il s'agit d'un événement festif s'inscrivant dans le cadre de luttes syndicales non-violentes, et qui a enfin ajouté que la possibilité de négocier l'organisation de l'événement ne leur a pas été donnée,
-et les observations de Mme C, représentant le Groupe national de surveillance des arbres (GNSA) et la ligue des droits de l'homme.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Plusieurs collectifs, syndicats et associations de défense de l'environnement ont annoncé la tenue d'un rassemblement contre le projet autoroutier de l'A69 dans le Tarn durant le week-end du 7, 8 et 9 juin 2024, événement présenté par les associations requérantes comme permettant aux participants d'échanger sur les projets autoroutiers et comprenant des tables-rondes, des promenades accompagnées de naturalistes, des projections, de nombreuses performances artistiques, des ateliers pédagogiques pour enfants et des temps de formation. Par un arrêté en date du 4 juin 2024, le préfet du Tarn a prononcé l'interdiction de " toute manifestation, attroupement ou rassemblement revendicatif contre le projet autoroutier de l'A69 " du mercredi 5 juin 2024 à 20h00 au lundi 10 juin 2024 à 20h00 sur le territoire des communes de Teulat, Bannières, Montcabrier, Villeneuve-les-Lavaur, Maurens-Scopont, Cambon-les-Lavaur, Cuq-Toulza, Algans, Lacroisille, Appelle, Puylaurens, Saint-Germain-des-Prés, Cambounet-sur-le-Sor, Soual, Saïx, Viviers-les-Montagnes, et Castres. Par la présente requête, la confédération paysanne et autres demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. La liberté d'expression et de communication, garantie par la Constitution et par les articles 10 et 11 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et dont découle le droit d'expression collective des idées et des opinions, constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Son exercice, notamment par la liberté de manifester ou de se réunir, est une condition de la démocratie et l'une des garanties du respect d'autres droits et libertés constituant également des libertés fondamentales au sens de cet article. Il doit cependant être concilié avec les exigences qui s'attachent à l'objectif à valeur constitutionnelle de sauvegarde de l'ordre public.
4. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumis à l'obligation d'une déclaration préalable tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes, et, d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " La déclaration est faite à la mairie de la commune ou aux mairies des différentes communes sur le territoire desquelles la manifestation doit avoir lieu, trois jours francs au moins et quinze jours francs au plus avant la date de la manifestation. A Paris, la déclaration est faite à la préfecture de police. Elle est faite au représentant de l'Etat dans le département en ce qui concerne les communes où est instituée la police d'Etat. / La déclaration fait connaître les noms, prénoms et domiciles des organisateurs et est signée par au moins l'un d'entre eux ; elle indique le but de la manifestation, le lieu, la date et l'heure du rassemblement des groupements invités à y prendre part et, s'il y a lieu, l'itinéraire projeté. / L'autorité qui reçoit la déclaration en délivre immédiatement un récépissé. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 211-4 de ce code : " Si l'autorité investie des pouvoirs de police estime que la manifestation projetée est de nature à troubler l'ordre public, elle l'interdit par un arrêté qu'elle notifie immédiatement aux signataires de la déclaration au domicile élu. ".
5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le respect de la liberté de manifestation et de la liberté d'expression, qui ont le caractère de libertés fondamentales au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, doit être concilié avec l'exigence constitutionnelle de sauvegarde de l'ordre public. Il appartient à l'autorité investie du pouvoir de police, lorsqu'elle est saisie de la déclaration préalable prévue à l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure ou en présence d'informations relatives à un ou des appels à manifester, d'apprécier le risque de troubles à l'ordre public et, sous le contrôle du juge administratif, de prendre les mesures de nature à prévenir de tels troubles, au nombre desquelles figure, le cas échéant, l'interdiction de la manifestation, si une telle mesure présente un caractère adapté, nécessaire et proportionné aux circonstances, en tenant compte des moyens humains, matériels et juridiques dont elle dispose. Une mesure d'interdiction, qui ne peut être prise qu'en dernier recours, peut être motivée par le risque de troubles matériels à l'ordre public, en particulier de violences contre les personnes et de dégradations des biens, et par la nécessité de prévenir la commission suffisamment certaine et imminente d'infractions pénales susceptibles de mettre en cause la sauvegarde de l'ordre public même en l'absence de troubles matériels.
6. Pour justifier la mesure contestée, le préfet du Tarn a tout d'abord exposé, dans l'arrêté en cause, que dans le cadre du mouvement contestataire relatif au projet autoroutier de l'A69 entre Toulouse et Castres, plusieurs collectifs, dont " Les soulèvements de la terre " et " Extinction Rébellion ", ont annoncé via la diffusion de tracts, de publications sur les réseaux sociaux et d'affichages sauvages l'organisation d'un rassemblement revendicatif les 7, 8 et 9 juin 2024 intitulé " en Roue libre " destiné à bloquer les chantiers de ce projet et à récupérer les terres " accaparées " par la société NGE-Atosca. Le préfet a également fait état de ce que le collectif " Les Soulèvements de la Terre " a organisé, pour préparer ce rassemblement, des réunions d'information dans plusieurs villes de France (Bordeaux, Lannemezan, La Rochelle, IIle-sur-Têt, Valady et Toulouse) et en Espagne (Barcelone) dans le but de rallier des activistes, y compris espagnols, à leur mobilisation, que des réunions d'informations au niveau national (Lyon, Castanet Tolosan, Rabastens, Grenoble, Rennes) ont également été organisées par le collectif " Extinction rébellion " pour préparer le rassemblement des 7, 8 et 9 juin 2024 et que selon les services de renseignement, ce rassemblement est susceptible de réunir au minimum 5 000 personnes en provenance d'autres départements, voire d'autres pays dont au minimum 500 éléments radicaux.
7. Le préfet a ensuite relevé que la mobilisation militante contre l'autoroute A69 donne lieu à des troubles à l'ordre public répétés et de gravité croissante, précisant que depuis septembre 2022, ont été recensées plus de deux cents actions dirigées contre ce projet donnant lieu pour certaines à dépôt de plainte dont, pour les plus importants et les plus récents, le vol et le sabotage de pelles mécaniques, la dégradation de réservoirs d'essence d'engins de chantier, l'incendie de véhicules et d'engins de chantier, et ajoutant que des ouvriers du chantier ont par ailleurs fait l'objet de menaces de la part de manifestants hostiles. Il a notamment décrit les faits de violence commis à l'occasion du rassemblement revendicatif contre le projet les 22 et 23 avril 2023 intitulé " Sortie de route " auquel ont participé plusieurs milliers de personnes, du rassemblement intitulé " Ramdam sur le macadam " les 21 et 22 octobre 2023 déclaré en préfecture par le Groupe national de surveillance des arbres (GNSA) et l'union syndicale solidaire et relayé par les collectifs Les soulèvements de la terre, La voie est libre, Extinction rébellion, La déroute des routes, le groupe de lutte anti macadam et la confédération paysanne et qui a rassemblé près de 5 000 personnes dont plusieurs centaines présentaient un profil radical, et de la manifestation " Contre le monde du béton " organisée le samedi 9 décembre 2023 et déclarée en préfecture par les associations GNSA et ATTAC qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes.
8. Dans ce même arrêté, le préfet du Tarn a également, et notamment, fait état de ce que le rassemblement annoncé les 7, 8 et 9 juin 2024 reçoit le soutien d'associations et de groupements connus pour leurs modes d'action violents, en précisant que " le groupement Les soulèvements de la terre se caractérise par la promotion, au sein de la mouvance écologiste, d'un nouveau type d'actions collectives violentes, inspirées directement de celles propres à l'ultra-gauche impliquant le recours à la violence à l'encontre des forces de l'ordre ainsi que par la légitimation de la pratique des actes de dégradations, de sabotages ou d'intrusions à travers le concept de " désarmement " qui vise en réalité à détruire les biens concernés " et en ajoutant que les appels à la mobilisation émanant de ce groupement ont été régulièrement suivis d'actions de dégradations et de violents affrontements avec les forces de l'ordre. Il a également indiqué que des appels à renforcer l'occupation de la ZAD de la Crem'arbre à Saïx ont été lancés sur les réseaux sociaux par le collectif Les soulèvements de la terre. Le préfet a encore indiqué que de potentiels engins explosifs ont été découverts les 12, 24 et 26 avril 2024 sur les sites occupés par les opposants au chantier de l'A69 dans la commune de Saïx et que des individus à pied, en voiture ou à l'aide de drones ont tenté d'obtenir des informations sur l'état des forces de sécurité et des vigiles présents sur les différents chantiers, le 12 avril 2024 à Cambounet-sur-le Sor et les 3, 7 et 8 mai 2024 à Saïx, et que le 22 mai 2024, plusieurs engins incendiaires dissimulés derrière des haies ont été découverts par les services de gendarmerie à proximité de la Crém'arbre.
9. A l'audience, les représentantes des associations requérantes ont fait valoir que le lien entre les actions violentes et les organisateurs du mouvement festif des 7, 8 et 9 juin 2024 n'est pas établi par l'administration et que la mesure d'interdiction prise par le préfet du Tarn n'est ni nécessaire, ni adaptée, ni proportionnée, relevant notamment qu'a été annoncée la présence de 11 000 gendarmes sur le site. Toutefois, et en tout état de cause, il est constant que le rassemblement, et notamment la manifestation prévue le samedi 8 juin 2024, n'a pas été déclarée dans les conditions fixées à l'article L. 211-2 du code de la sécurité intérieure, l'identité des organisateurs, l'objet précis du rassemblement, sa ou ses localisations et le parcours de la manifestation étant de ce fait inconnus de l'administration. Eu égard au risque de débordement que présente une telle situation, l'absence d'indications concernant l'organisation des actions envisagées au cours de ce week-end ne permettant pas au représentant de l'Etat dans le département de prévoir les mesures appropriées pour assurer notamment la sécurité des familles qui y participeront, et compte tenu des événements antérieurs en lien avec le mouvement contestataire relatif au projet autoroutier de l'A69, l'arrêté litigieux n'apparaît pas porter une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés de réunion et de manifestation. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la confédération paysanne et autres à fin de suspension de l'exécution de de l'arrêté du préfet du Tarn du 4 juin 2024 ainsi que leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la confédération paysanne et autres est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée la confédération paysanne en sa qualité de représentant unique au sens et pour l'application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et au préfet du Tarn.
Fait à Toulouse, le 7 juin 2024.
Le juge des référés,
B. B
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026