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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2403475

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2403475

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2403475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CHMANI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 juin et 2 août 2024, M. E A, représenté par Me Chmani, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retourner en France pendant un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résident d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros toutes taxes comprises à verser à conseil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive prévue en la matière, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée, méconnaissant ainsi les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 ;

- elle méconnaît les stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée, méconnaissant ainsi les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle n'est pas motivée, méconnaissant ainsi les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, aucune demande préalable d'observations ne lui ayant été adressée ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- le préfet s'est, à tort, placé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle n'est pas motivée, méconnaissant ainsi les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 ;

En ce qui concerne la décision fixant l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une année :

- elle est entachée du vice d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée, méconnaissant ainsi les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 1er juillet 2001, est entré en France le 12 décembre 2016 à l'âge de quinze ans, muni d'un passeport revêtu d'un visa de quatre-vingt-dix jours. Le 18 novembre 2019, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par une décision du 30 juin 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 22 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 19 août 2022, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale en qualité de parent d'un enfant français. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner en France pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2024. Dès lors, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les disposition du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidences d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ".

4. Il résulte de ces dispositions que le ressortissant algérien qui sollicite la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit, lorsque la reconnaissance de l'enfant est intervenue postérieurement à sa naissance, justifier qu'il subvient aux besoins de cet enfant depuis sa naissance ou au moins un an.

5. En premier lieu, la décision attaquée énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde avec un degré de précision suffisant pour mettre M. A en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le préfet n'étant pas tenu de faire état de tous les éléments de la situation du requérant, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a reconnu l'enfant issu de sa relation avec une ressortissante française au moment où il a effectué la déclaration de naissance de cet enfant le 19 avril 2022, soit quatre jours après sa naissance. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les stipulations précitées du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien en examinant la condition tenant à sa participation aux besoins de cet enfant.

7. En troisième lieu, M. A soutient qu'il vivait en concubinage avec la mère de son enfant au moment de sa naissance, qu'il vit toujours avec eux et qu'il est présent et investi dans l'entretien et l'éducation de son enfant. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si la mère de son enfant atteste de sa contribution à l'éducation de ce dernier, elle ne fait pas état de leur communauté de vie, alors que dans le même temps, le frère de M. A, dans une attestation sur l'honneur rédigée le 4 mai 2022 produite par le requérant à l'appui de sa demande de titre, certifie héberger ce dernier à son domicile depuis le mois de décembre 2016, et que l'enquête de police réalisée en février 2023 dans le cadre de l'instruction de sa demande indique que la mère de son enfant a déclaré ne pas vivre avec l'intéressé qu'elle ne voit que de temps en temps. La production d'une facture d'électricité du 28 mai 2024, postérieure à la date de la décision attaquée, établie au deux noms de M. A et de la mère de son enfant, n'est à cet égard pas probante. Par ailleurs, la seule production de factures d'achats alimentaires effectués chez Aldi, Auchan et Lidl les 22 et 23 avril 2023, et 6 janvier 2024, et de deux relevés de compte-chèques mentionnant deux virements de 120 et 90 euros effectués respectivement les 15 mai et 20 juillet 2023 au bénéfice de la mère de son enfant dont le second seulement porte la mention " courses pour notre fille ", ainsi que d'attestations de la mère de son enfant et de membres de sa famille témoignant de l'amour qu'il porte à sa fille, et enfin les déclarations de la mère de cette dernière aux policiers faisant état de ce qu'il lui donne de l'argent et achète des objets pour leur enfant lorsqu'elle le lui demande et l'attestation d'une directrice de crèche indiquant qu'il amène et vient chercher régulièrement sa fille, ne suffisent pas à établir qu'il subviendrait aux besoins de son enfant depuis sa naissance ou au moins un an. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer une carte de résident d'un an sur le fondement des stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien au motif qu'il ne démontre pas qu'il subvient effectivement aux besoins de sa fille depuis au moins un an d'autant que la mère de l'enfant perçoit l'allocation de soutien familial, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; () ".

9. Il résulte de ces dispositions, qui s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " aux parents d'un enfant français mineur résidant en France, que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces dispositions auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. Comme il a été exposé précédemment, M. A ne remplissait pas les conditions pour prétendre à la délivrance de plein droit du titre de séjour prévu au 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, la commission du titre de séjour n'avait pas à être préalablement saisie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison de l'absence de saisine préalable de cette commission doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en décembre 2016 alors qu'il était âgé de quinze ans. Malgré une décision du 30 juin 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 22 avril 2022, portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, il s'est maintenu sur le territoire français. Comme il a été indiqué précédemment, il ne justifie pas, par les pièces produites à l'appui de sa requête, subvenir aux besoins de sa fille de nationalité française née le 15 avril 2022. Par ailleurs, il n'était pas présent lors du rendez-vous fixé à son domicile par les services de police lors de l'enquête menée pendant l'instruction de sa demande et, contrairement à ce qu'il soutient, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait justifié des motifs de cette carence. Il n'établit pas non plus, par la production de quelques photographies et d'attestations de la mère de son enfant et de membres de sa famille, l'intensité et la stabilité de ses relations avec l'enfant. Enfin, il n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Algérie, où il a vécu quinze ans et où résident toujours ses parents. Dans ces conditions, la décision de refus de délivrance d'un certificat de résident d'un an n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. A de sa fille mineure de nationalité française. Au demeurant, le requérant n'établit pas l'intensité et la stabilité des liens qu'il entretiendrait avec cette dernière. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

17. Il résulte de ce qui a été exposé au point 5 du présent jugement que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée, Dès lors, la décision attaquée, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, en obligeant M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

19. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, en obligeant M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale.

20. En cinquième et dernier lieu, comme cela a été dit précédemment, faute pour M. A d'établir l'intensité et la stabilité des liens qu'il entretiendrait avec sa fille mineure de nationalité française, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

22. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

23. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

24. Lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le délai de départ volontaire qui sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le droit de M. A à être entendu avant l'édiction de la décision fixant le délai de départ volontaire aurait été méconnu doit être écarté.

25. En troisième lieu, les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile accordent un délai de trente jours pour le délai de départ volontaire de l'étranger qui fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Si ces dispositions prévoient que l'autorité peut, à titre exceptionnel, accorder un délai supérieur à trente jours, l'autorité administrative, lorsqu'elle accorde un délai de trente jours, n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point dès lors que, comme en l'espèce, l'étranger n'a présenté aucune demande tendant à sa prolongation en faisant état de circonstances propres à son cas. Par suite, en mentionnant que M. A ne faisait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

26. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet de l'étendue de sa compétence doit être écarté.

27. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

28. En sixième et dernier lieu, dès lors que le délai de trente jours constitue le délai de départ de droit commun pour l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français et que M. A ne se prévaut pas de motifs particuliers qui auraient pu justifier l'octroi d'un délai supérieur, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

30. La décision attaquée comporte les énonciations de droit et de fait qui en constituent le fondement de manière suffisamment précise pour permettre à M. A de pouvoir utilement la contester. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

32. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui, par un arrêté du 13 mars 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099 de la préfecture de ce département le 15 mars suivant, a reçu de la part du préfet de la Haute-Garonne délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

33. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Et aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". L'article L. 613-2 du même code dispose : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

34. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères que ces dispositions énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

35. En l'espèce, la décision attaquée, qui vise l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prend en compte la durée de la présence de M. A en France, sa situation personnelle et familiale, les liens qu'il a noués en France et la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français à laquelle il ne s'est pas conformé. Ainsi, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment motivé sa décision au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

36. En troisième et dernier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, si M. A se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France et d'une véritable vie familiale depuis deux ans, il ressort des pièces du dossier d'une part qu'il s'est maintenu sur le territoire français après une précédente décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et, d'autre part, qu'il n'établit ni l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de sa relation avec la mère de sa fille, ni l'intensité et la stabilité de ses relations avec sa fille de nationalité française née le 15 avril 2022, ni enfin sa contribution à l'entretien et à l'éducation de cette dernière. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a assorti la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour pour une durée d'un an.

37. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

38. Les conclusions à fin d'annulation de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également.

Sur les frais liés au litige :

39. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Chamni et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 14 janvier 2025.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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