mardi 30 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2404313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | NACIRI |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, sous le n°2404313, Mme C A, représentée par Me Naciri, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans le délai de
vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L.761-1 précité.
Elle soutient que :
- l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il est entaché d'une erreur de droit, car le préfet s'est estimé lié par la seule circonstance que sa demande d'asile semblait relever de la compétence des autorités espagnoles ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17.1 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, sous le n°2404314, M. D B, représenté par Me Naciri, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans le délai de
vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L.761-1 précité.
Il soutient que :
- l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il est entaché d'une erreur de droit, car le préfet s'est estimé lié par la seule circonstance que sa demande d'asile semblait relever de la compétence des autorités espagnoles ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17.1 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Fiblec,
- les observations de Me Naciri, représentant Mme A et M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Me Naciri précise le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 en faisant valoir que, si les brochures A et B ont été fournies à Mme A en langue française, elle ne sait pas lire le français. Me Naciri précise le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du
26 juin 2013 en faisant valoir que les comptes rendus d'entretien ne comportent aucune indication sur l'identité de l'agent qui a conduit ces entretiens et que seul le tampon de la préfecture de la Haute-Garonne y est apposé. Me Naciri soulève un nouveau moyen tiré de ce que l'arrêté portant transfert de M. B aux autorités espagnoles est entaché d'une erreur de droit, car le préfet n'aurait pas dû ignorer le " Hit 1 " dont il est fait état dans son compte rendu d'entretien et aurait dû saisir les autorités espagnoles d'une demande de reprise en charge, et non d'une demande de prise en charge,
- les observations de Mme A et M. B, qui répondent aux questions du magistrat désigné,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 26 novembre 2004 à Daloa (Côte d'Ivoire), déclare être entrée sur le territoire français le 26 janvier 2024 et M. B, son compagnon, ressortissant ivoirien né le 17 septembre 2004 à Binhouyé (Côté d'Ivoire), déclare être entré sur le territoire français le 5 avril 2024 pour y rejoindre sa compagne. Ils se sont présentés à la préfecture de la Haute-Garonne le 17 avril 2024 pour y formuler une demande d'asile. Les autorités espagnoles ont été saisies le 23 avril 2024 d'une demande de reprise en charge de Mme A en application de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n°604/2013 et ont été destinataires, le
17 mai 2024, d'un constat d'accord implicite du 8 mai 2024 sur la base de l'article 25.2 de ce même règlement. Les autorités espagnoles ont été saisies le 23 avril 2024 d'une demande de prise en charge de M. B en application de l'article 13.1 du règlement (UE) n°604/2013 et ont été destinataires, le 1er juillet 2024, d'un constat d'accord implicite du 24 juin 2024 sur la base de l'article 22.7 de ce même règlement. Par deux arrêtés du 10 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne a décidé du transfert des deux intéressés aux autorités espagnoles. Par les présentes requêtes, Mme A et M. B demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
2. Les requêtes susvisées, nos 2404313 et 2404314, concernent les deux membres d'un même couple, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a eu lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des requêtes :
4. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces des dossiers, ni des termes des décisions attaquées, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation des requérants ni qu'il se serait estimé lié par la circonstance que leur demande d'asile relevait des autorités espagnoles. Par suite, les moyens soulevés à cet égard doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / (). ".
6. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement susvisé doit se voir remettre, dès que le préfet est informé qu'il est susceptible d'entrer dans son champ d'application et, en tout cas, avant la décision par laquelle il refuse l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, dans une langue qu'il comprend. Eu égard à la nature de cette information, la remise de la brochure prévue par ces dispositions constitue une garantie pour l'intéressé. Toutefois, lorsque l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement n° 604/2013 a eu lieu, mais que la brochure commune devant être communiquée à la personne concernée en exécution de l'obligation d'information prévue à l'article 4 de ce règlement ou à l'article 29, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 603/2013 ne l'a pas été, le juge national chargé de l'appréciation de la légalité de la décision de transfert ne saurait prononcer l'annulation de cette décision que s'il considère, eu égard aux circonstances de fait et de droit spécifiques au cas d'espèce, que le défaut de communication de la brochure commune a, nonobstant la tenue de l'entretien individuel, effectivement privé cette personne de la possibilité de faire valoir ses arguments dans une mesure telle que la procédure administrative à son égard aurait pu aboutir à un résultat différent.
7. Il ressort des pièces produites en défense que Mme A et M. B se sont vus remettre, le 17 avril 2024, la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Ces brochures, incluant l'ensemble des informations nécessaires aux demandeurs d'asile, leur ont été remises en langue française, que
M. B a déclaré comprendre et savoir lire, notamment lors de son entretien individuel qui a eu lieu le même jour. La circonstance que Mme A ait indiqué ne pas savoir lire le français est sans incidence sur la légalité de la décision de transfert prise à son égard dès lors, d'une part, que son compagnon a pu lui donner connaissance des informations contenues dans les brochures, et d'autre part, qu'il ressort du compte rendu de son entretien que celui-ci a été mené par un agent qualifié de la préfecture de la Haute-Garonne, de sorte que ces informations ont pu être également communiquées oralement à l'intéressée par ce dernier. A cet égard, le paragraphe 2 de l'article 4 du règlement impose seulement de lui communiquer par oral les informations nécessaires à sa bonne compréhension et n'exige pas qu'il soit procédé à une lecture intégrale de la vingtaine de pages que représentent les brochures A et B, seules visées par l'article 4. En outre, le résumé des entretiens, produits par l'administration, précisent par ailleurs que les requérants ont été informés de la procédure engagée à leur encontre et ne font apparaître aucune difficulté de compréhension ou de communication entre les intéressés et l'agent de la préfecture ayant conduit cet entretien. Il s'ensuit que les intéressés n'ont pas été privés des garanties prévues par l'article 4 du règlement précité. En conséquence, les moyens tirés de ce que les décisions contestées seraient entachées d'un vice de procédure au regard de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doivent être écartés.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. ".
9. Les dispositions précitées n'exigent pas que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité et la qualité de l'agent qui l'a mené. L'agent qui mène l'entretien individuel n'est donc pas tenu d'y faire figurer son prénom, son nom, sa qualité, son adresse administrative et sa signature. Les mentions précises du compte rendu de l'entretien et les pièces produites par l'administration peuvent permettre d'admettre qu'un agent est qualifié au sens des dispositions précitées alors même que ce point serait contesté. Il ressort des pièces des dossiers, notamment des résumés des entretiens, que Mme A et M. B ont bénéficié de l'entretien individuel prévu par l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 précité dans les locaux de la préfecture de la Haute-Garonne le 17 avril 2024. A cet égard, il ressort des comptes rendus produits en défense que ces entretiens ont été menés par un agent de la préfecture de la Haute-Garonne, qui a signé ces comptes rendus, et doit dès lors être regardé comme ayant la qualité, au sens de l'article 5 du règlement n° 604/2013 précité, de " personne qualifiée en vertu du droit national ". Il n'est pas plus établi que les intéressés n'auraient pas été en capacité de faire valoir toutes observations et informations pertinentes sur leur parcours et leur situation personnelle au cours de leur entretien, notamment au regard des mentions préremplies figurant dans ce document qu'ils ont signé, ni qu'ils n'aient pas pu connaître le résumé de ces entretiens. A cet égard, si les comptes rendus d'entretien comportent une confusion entre les intéressés en lien avec la consultation du fichier Eurodac, cette circonstance est, en l'espèce, sans incidence sur la légalité des décisions en litige. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.
10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". La faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
11. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.
12. Mme A et M. B font valoir que l'examen de leur demande d'asile doit être prise en charge par la France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre Etat, eu égard à leur situation personnelle. Toutefois, l'Espagne, pays responsable de la demande d'asile de l'intéressé, est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la demande d'asile des requérants n'a pas été examinée et ne sera pas examinée par les autorités espagnoles dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. En outre, si la requérante produit notamment à l'instance une échographie indiquant qu'elle est enceinte depuis le 31 mai 2024, il ne ressort pas des pièces versées à l'instance que l'Espagne ne serait pas en mesure de lui délivrer à elle, comme à son compagnon, les soins et les traitements médicaux nécessités par leur état de santé. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants seraient dans une situation de particulière vulnérabilité qui justifierait l'examen de leur demande d'asile en France. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation, en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'État responsable de l'examen de leur demande d'asile et en prononçant leur transfert aux autorités espagnoles, au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les moyens invoqués doivent donc être écartés.
En ce qui concerne le moyen propre à la requête de M. B :
13. Aux termes du paragraphe 2 de l'article 7 du règlement (UE) n°604/2013 du
26 juin 2013 : " la détermination de l'Etat membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un Etat membre ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 13 du même règlement : " Lorsqu'il est établi [] que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière ". Aux termes de l'article 18 du même règlement : " 1. L'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre Etat membre ; b) de reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre () ".
14. Si M. B soutient que le compte rendu de son entretien mentionne qu'il a introduit une demande d'asile en Espagne le 4 décembre 2023, après avoir fait l'objet d'un relevé de ses empreintes décadactylaires le même jour, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé " Eurodac ", que ses empreintes n'ont été enregistrés dans ce fichier qu'à une seule occasion, en Espagne, le 4 décembre 2023, sous le n° ES 2 1847391538, ce qui correspond à un relevé d'empreintes du requérant par les autorités espagnoles permettant d'établir la responsabilité des autorités espagnoles en tant qu'Etat membre responsable de la demande d'asile de l'intéressé au regard des dispositions du paragraphe 1 de l'article 13 du règlement (UE) n°604/2013 du
26 juin 2013, et non à une demande d'asile de sa part. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit en sollicitant les autorités espagnoles aux fins qu'elle prenne en charge le requérant en application des dispositions citées au point précédent et en s'abstenant de les requérir aux fins d'une demande de reprise en charge de ce dernier. Il s'ensuit que le moyen d'erreur de droit invoqué doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A et M. B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne en date du 10 juillet 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Naciri la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A et M. B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. D B, à Me Naciri et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
B. LE FIBLEC Le greffier,
A. ROUZET
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos2404313, 240431400
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026