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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404355

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404355

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELAS FIDAL - BUREAU DE LYON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en référé précontractuel sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de la société Boudou Récupération. Celle-ci contestait la procédure de passation de marchés de traitement de déchets lancée par le syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron, en invoquant une méconnaissance du principe d'égalité de traitement des candidats (article L. 3 du code de la commande publique) dans l'évaluation du sous-critère relatif aux modalités d'indexation. Le tribunal a estimé que la méthode d'analyse contestée n'était pas irrégulière et que la requérante ne justifiait pas d'une lésion de ses chances, sa propre offre étant entachée d'irrégularités. La demande de la société Boudou Récupération a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 juillet et 4 août 2024, la société Boudou Récupération, représentée par Me Groslambert, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la procédure de passation du marché lancée par le syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron ayant pour objet " Traitement des déchets de déchèteries : DDS, cartons, bois ferrailles et batteries automobiles, gravats ", en ce qui concerne les lots 8, 9, 10 et 11 ;

2°) de mettre à la charge du syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

-le syndicat a méconnu les dispositions de l'article L. 3 du code de la commande publique relatives au principe d'égalité de traitement des candidats à l'attribution d'un contrat de la commande publique, l'appréciation des offres des sociétés Boudou Récupération et SIRMET quant au sous-critère relatif aux modalités d'indexation reposant sur une rupture d'égalité des candidats, car le choix de la mercuriale laissé à chacun d'entre eux, sans même d'ailleurs que ne soit contrôlée leur adéquation au marché litigieux, laquelle était nécessaire pour évaluer leur cohérence, revenait à autoriser les variantes, pourtant interdites par le règlement de consultation ;

- le syndicat a méconnu ce même principe d'égalité de traitement des candidats en tronquant l'appréciation de l'acheteur quant au sous-critère relatif aux modalités d'indexation, la méthode de calcul utilisée pour apprécier la cohérence de ce sous-critère ne figurant pas dans le dossier de consultation des entreprises, et alors même qu'il ressort que la formule mathématique d'appréciation figurant dans le rapport d'analyse des offres a eu pour effet d'utiliser une modélisation antéchronologique des effets de la mercuriale de janvier 2022 à juin 2024 qui d'une part, aurait dû être portée à la connaissance des candidats, d'autre part, a faussement fait croire que les prix proposés par la société SIRMET seraient les plus hauts, alors que ceux-ci s'avèrent " reconstitués " et ne correspondent pas à la réalité, ladite méthode ayant abouti à neutraliser les véritables critères pertinents dans le cadre du marché en litige, à savoir le prix initial proposé et le prix plancher, qui aurait dû avoir pour conséquence de retenir l'offre de la société Boudou Récupération, en l'occurrence la mieux-disante ;

- la requérante a bien été lésée par l'analyse portée sur le sous-critère " modalités d'indexation ", prépondérant dans l'analyse du volet financier des offres et dont la mise en oeuvre a neutralisé son offre, alors même que le syndicat excipe de l'irrégularité des offres remises pour chacun des lots n° 8 à 11, notamment pour défaut de production de certaines références, la méthode antéchronologique susmentionnée s'avérant en tout état de cause irrégulière et la requérante ne pouvant donc se voir reprocher de ne pas avoir communiqué des éléments destinés à la mise en oeuvre de cette méthode.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 juillet et 4 août 2024, le syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron, représenté par Me Julie Mestres, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Boudou Récupération la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :

-la requête est irrecevable, la requérante n'ayant pas intérêt à agir dès lors que son offre présente des irrégularités, notamment en raison de l'absence de production d'éléments relatifs aux batteries permettant d'apprécier la cohérence du prix minimum garanti, et aurait dû en conséquence être écartée de l'analyse, lesdites irrégularités ne pouvant pas, en tout état de cause, être regardées comme en lien avec le vice qu'elle dénonce ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La société SIRMET a présenté des observations, enregistrées le 2 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué M. A, en application des articles L. 551-1 et L. 551-5 du code de justice administrative, pour statuer sur les référés précontractuels.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 août 2024, en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :

-le rapport de M. A,

-les observations de Me Groslambert, représentant la société Boudou Récupération, qui a repris ses écritures et précisé que la lésion de la requérante était évidente dès lors que la neutralisation des véritables critères pertinents dans le cadre du marché en litige, à savoir le prix initial proposé et le prix plancher, concernant le sous-critère " modalités d'indexation " représentant 35 % du total d'appréciation du critère " valeur financière des prestations ", avait eu pour effet de bouleverser le classement, le syndicat n'étant en conséquence pas fondé à affirmer qu'en tout état de cause, le fait que la société Boudou Récupération n'ait été classée que troisième l'empêchait de se prévaloir d'un tel argument,

-les observations de Me Estene, représentant le syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron, qui a repris ses écritures, ainsi que celles de M. B, agent du syndicat, qui a apporté des précisions techniques, notamment en ce qui concerne le choix des mercuriales et la différence entre les deux mercuriales spécifiques " E1/Q0623 " et " Q0627D E40 ",

- et les observations de Me Cheramy, représentant la société SIRMET, qui a repris ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 10 avril 2024, le syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron a lancé une procédure d'appel d'offres en vue de l'attribution d'un marché public ayant pour objet le traitement des déchets ménagers et assimilés issus des déchèteries des communes membres du syndicat. Ce marché était composé de 15 lots, les lots n° 8, 9, 10 et 11 portant sur le traitement des déchets de ferrailles et batteries automobiles pour les zones ouest, nord centre et sud du territoire couvert par le syndicat. Les candidats devaient proposer un prix de reprise de ces déchets, justifié notamment par la production d'une ou plusieurs mercuriales à l'évolution cohérente, puis procéder à leur valorisation pour leur propre compte. Par un courrier du 8 juillet 2024, le syndicat a informé la société Boudou Récupération, qui avait déposé une offre pour chacun des quatre lots susmentionnés, du rejet de celles-ci. Par la présente requête, la société Boudou Récupération demande au juge des référés précontractuels, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure de passation dudit marché en ce qui concerne les lots n° 8, 9, 10 et 11.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Si le syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron soutient que l'offre présentée par la société Boudou Récupération serait doublement irrégulière du fait de son incomplétude et des modifications substantielles qu'elle a apportées aux caractéristiques financières de son offre initiale, la circonstance que l'offre du concurrent évincé, auteur du référé précontractuel, soit irrégulière, ne fait cependant pas obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir devant le juge des référés de l'irrégularité de l'offre de la société attributaire du contrat en litige. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par le syndicat ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". Aux termes de l'article L. 551-2 du même code : " I. - Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. ". L'article L. 551-10 prévoit que : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat ou à entrer au capital de la société d'économie mixte à opération unique et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué, ainsi que le représentant de l'Etat dans le cas où le contrat doit être conclu par une collectivité territoriale, un groupement de collectivités territoriales ou un établissement public local. () ".

4. Il appartient au juge des référés, saisi en vertu des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de manière suffisamment vraisemblable de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente.

5. D'une part, le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode d'évaluation des offres, sans être tenue d'en informer les soumissionnaires, au regard de chacun des critères d'attribution qu'elle a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour son évaluation des offres que les modalités de leur combinaison. Une méthode d'évaluation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour évaluer les offres au titre de chaque critère d'attribution sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités d'évaluation des critères d'attribution par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur hiérarchisation et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure offre ne soit pas la mieux classée, ou, au regard de l'ensemble des critères, à ce que l'offre présentant le meilleur avantage économique global ne soit pas choisie.

6. D'autre part, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.

7. Il résulte de l'instruction, notamment des spécifications techniques fournies par la société requérante et des explications données à l'audience par un agent du syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron, que si la société Boudou Récupération a choisi de se fonder, dans le cadre de son offre relative aux lots n° 8 à 11 du marché litigieux, sur la mercuriale " E1/Q0623 - Ferraille de ramassage ", la société SIRMET a choisi, pour sa part, la mercuriale " Q0627D E40 - Ferrailles broyées ", alors même que l'objet des lots susmentionnés concerne le " traitement des déchets de ferrailles et batteries automobiles " à l'état brut, non broyé ni traité de quelque manière que ce soit par le syndicat avant la vente au titulaire du marché, un tel traitement étant susceptible d'avoir un impact sur le coût de la ferraille brute, notamment en raison des variations des prix de l'énergie utilisée dans le cadre dudit traitement . Dès lors, en retenant l'offre de la société SIRMET qui prenait comme référence la mercuriale " Q0627D E40 - Ferrailles broyées ", le syndicat, qui dans la version n° 2 du règlement de consultation du marché litigieux avait demandé aux candidats de leur fournir " une copie des mercuriales pour la période allant du 1er janvier 2022 au 31 mai 2024 pour apprécier la cohérence du prix plancher et du prix de référence ", et prévu que le sous-critère " modalités d'indexation " inclus dans le critère " valeur financière du marché ", évalué selon " la cohérence de l'évolution de la mercuriale () au regard de l'évolution tendancielle sur la période considérée () et de sa cohérence avec le prix plancher et les prix des collectivités adhérentes au SYDOM constatés sur la même période ", serait noté sur 35 points, soit la moitié de la valeur pondérée dudit critère, devait nécessairement vérifier l'adéquation des mercuriales proposées par chacun des candidats aux caractéristiques techniques des lots litigieux, afin de ne pas dénaturer le contenu de l'offre de certains candidats, notamment celle de la société Boudou Récupération et de ne pas avantager la société SIRMET en retenant une mercuriale dont la vérification de la cohérence serait biaisée en raison de son inadéquation aux quatre lots précités.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que la société Boudou Récupération, qui eu égard à la pondération du sous-critère " modalités d'indexation " peut à bon droit être regardée comme susceptible de manière suffisamment vraisemblable d'être lésée par l'inadéquation susmentionnée, laquelle a nécessairement eu pour effet de fausser la mise en concurrence des candidats en viciant leur égalité de traitement, est fondée à demander l'annulation de la procédure de passation des lots n° 8, 9, 10 et 11 " traitement des déchets de ferrailles et batteries automobiles " du marché public de traitement des déchets issus des déchèteries du territoire du syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron, ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision de rejet de son offre.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Boudou Récupération, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que le syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron et la société SIRMET demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés la société Boudou Récupération et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La procédure de passation des lots n° 8 " traitement des déchets de ferrailles et batteries automobiles de la zone ouest ", n° 9 " traitement des déchets de ferrailles et batteries automobiles de la zone nord ", n° 10 " traitement des déchets de ferrailles et batteries automobiles de la zone centre " et n° 11 " traitement des déchets de ferrailles et batteries automobiles de la zone sud " du marché public de traitement des déchets issus des déchèteries du territoire du syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron est annulée au stade de l'analyse des candidatures.

Article 2 : La décision du 8 juillet 2024 par laquelle le syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron a rejeté l'offre de la société Boudou Récupération est annulée.

Article 3 : Le syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron versera à la société Boudou Récupération une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Boudou Récupération, au syndicat départemental des ordures ménagères de l'Aveyron et à la société SIRMET.

Fait à Toulouse, le 20 août 2024.

Le juge des référés,

G. A

La greffière,

S. GUÉRIN

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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