vendredi 16 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2404495 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FRANCOS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, Mme B A, épouse D, représentée par Me Francos, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 16 juillet 2024 par laquelle la commission de médiation du département de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'hébergement présentée sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;
3°) d'enjoindre à la commission de médiation, à titre principal, de reconnaître la demande d'orientation de la famille D comme prioritaire, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la situation de cette famille dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 précité.
Elle soutient que :
s'agissant de la condition tenant à l'urgence :
-sa famille et elle-même vivent à la rue depuis plusieurs mois, sans aucune solution d'hébergement, malgré la présence de deux enfants mineurs, dont l'un est âgé de 4 ans, et ceci en dépit de nombreuses demandes formulées auprès du " 115 " ;
- ni son mari ni elle-même ne disposent d'aucune ressource, les conditions matérielles d'accueil lui ayant été refusées dans le cadre de la demande de réexamen de sa demande ;
s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
-la commission a commis une erreur de fait en retenant l'absence de saisine du " 115 " dans les jours précédant le dépôt du recours, alors même que la liste d'appels jointe à la requête montre que de nombreux appels ont été effectués, notamment cinq entre le 27 mai et le 5 juin 2024 ;
- la commission a commis une erreur de droit en ne se livrant pas à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et familiale de la requérante ;
- la commission a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, contrevenant ainsi aux dispositions du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la requérante étant contrainte de dormir à la rue avec ses deux enfants mineurs, ce qui met en danger leur intégrité psychique et physique comme celle de toute la famille.
Par un mémoire, enregistré le 2 août 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
s'agissant de la condition tenant à l'urgence :
-aucun certificat médical ni élément démontrant une situation particulièrement grave et exceptionnelle n'a été transmis à la commission de médiation ni joint à la requête ;
s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
-la décision est suffisamment motivée ;
- le service intégré d'accueil et d'orientation de la Haute-Garonne a informé la commission que l'intéressée n'était pas connue de ses services ;
- en l'absence d'appels au " 115 ", la commission pouvait, sans autre motif, considérer la demande comme irrecevable ;
- la commission a été informée que l'intéressée et sa famille sont en situation irrégulière sur le territoire français à la suite du rejet définitif de leur demande d'asile, une obligation de quitter le territoire français ayant été prise le 26 juin 2023 ;
- la seule circonstance que l'intéressée et sa famille soient sans abri, même avec deux enfants mineurs, ne peut être regardée comme constituant une circonstance exceptionnelle permettant à la leur situation d'être reconnue comme prioritaire.
Vu :
-les autres pièces du dossier ;
-la requête n° 2404480 enregistrée le 24 juillet 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 août 2024, en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :
-le rapport de M. C,
-et les observations de Me Francos, représentant Mme A, qui a repris ses écritures, en insistant sur le fait que le service intégré d'accueil et d'orientation de la Haute-Garonne était bien au courant des nombreux appels au " 115 " de la requérante,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, épouse D, a déposé un recours amiable en vue d'une offre d'hébergement auprès de la commission de médiation du département de la Haute-Garonne, recours notifié le 5 juin 2024. Son recours a été rejeté le 9 juillet 2024. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme A.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (). ". L'article L. 522-3 de ce même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
4. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () III. - La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département () la liste des demandeurs pour lesquels doit être prévu un tel accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et précise, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. / Le représentant de l'Etat dans le département () désigne chaque demandeur au service intégré d'accueil et d'orientation prévu à l'article L. 345-2-4 du code de l'action sociale et des familles aux fins de l'orienter vers un organisme disposant de places d'hébergement présentant un caractère de stabilité, de logements de transition ou de logements dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale correspondant à ses besoins et qui sera chargé de l'accueillir dans le délai fixé par le représentant de l'Etat. L'organisme donne suite à la proposition d'orientation, dans les conditions prévues aux articles L. 345-2-7 et L. 345-2-8 du même code. En cas d'absence d'accueil dans le délai fixé, le représentant de l'Etat désigne le demandeur à un tel organisme aux fins de l'héberger ou de le loger. Au cas où l'organisme vers lequel le demandeur a été orienté ou à qui il a été désigné refuse de l'héberger ou de le loger, le représentant de l'Etat dans le () procède à l'attribution d'une place d'hébergement présentant un caractère de stabilité ou d'un logement de transition ou d'un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale correspondant à ses besoins. Le cas échéant, cette attribution s'impute sur les droits à réservation du représentant de l'Etat dans le département. / Les personnes auxquelles une proposition d'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale a été adressée reçoivent du représentant de l'Etat dans le département une information écrite relative aux dispositifs et structures d'accompagnement social présents dans le département dans lequel l'hébergement, le logement de transition, le logement-foyer ou la résidence hôtelière à vocation sociale est situé et, le cas échéant, susceptibles d'effectuer le diagnostic ou l'accompagnement social préconisé par la commission de médiation. ".
5. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir accueilli d'urgence dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire, sauf pour l'accueil dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale, aux conditions de permanence et de régularité du séjour, avoir sollicité en vain son accueil dans une structure et se trouver dans une situation particulièrement précaire, caractérisée notamment lorsque celui-ci n'est pas hébergé ou réside dans un logement dont les caractéristiques justifient la saisine de la commission de médiation sans condition de délai. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
6. En l'espèce, pour rejeter la demande en vue d'être reconnu prioritaire et devant être hébergé en urgence présenté par Mme A, la commission lui a notamment opposé le fait qu'elle n'avait pas effectué les démarches préalables nécessaires avant le dépôt de son recours, soit une inscription auprès du service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) ainsi que des appels réguliers au " 115 " au moins sept jours avant ledit recours. Si la requérante produit une attestation du centre communal d'action sociale de la commune de Toulouse en date du 24 juillet 2024, mentionnant une liste d'appels au " 115 " passés entre le 10 février 2023 et le 5 juillet 2024, elle ne conteste pas sérieusement ne s'être pas inscrite auprès du SIAO, qui a notamment pour fonction de traiter les demandes d'hébergement et d'orienter les demandeurs vers les dispositifs adaptés à leurs besoins, les appels au " 115 " devant être suivis et identifiés grâce à une telle inscription formelle. Les moyens tirés tant de l'erreur de fait, laquelle, en tout état de cause, ne saurait être attestée, vu ce qui vient d'être dit, par la seule production d'une liste signalant des appels qui n'ont pas pu recevoir de suite en raison du défaut d'inscription susmentionné, que de l'erreur de droit, la requérante se bornant à affirmer, sans le démontrer, que la commission de médiation ne se serait pas livrée à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle et familiale, alors même qu'est fourni en défense un tableau récapitulatif du cas personnel de Mme A ayant servi à la commission pour se prononcer en toute connaissance de cause, n'apparaissent dès lors pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. De surcroît, la requérante ne saurait reprocher à la commission de médiation d'avoir entaché sa décision d'une quelconque erreur manifeste d'appréciation au motif que sa situation familiale, notamment l'existence de deux enfants âgés de 4 et 10 ans, n'aurait pas suffisamment été prise en compte eu égard aux dispositions de l'article 3, 1°) de la convention internationale, la seule circonstance que la famille soit sans abri, sans plus de précisions, ne pouvant, au regard des dispositions mentionnées au point 4, la faire regarder par ce seul fait comme prioritaire, étant entendu qu'en tout état de cause, la requérante, qui ne fait état d'aucune circonstance exceptionnelle, s'est vu refuser sa demande d'asile initiale par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 20 juillet 2023 et s'est donc maintenue par la suite avec sa famille illégalement sur le territoire français jusqu'à la date d'enregistrement de sa demande de réexamen de ladite demande d'asile, soit le 15 mars 2024, la date d'expiration de l'attestation de demande d'asile en procédure accélérée ayant été fixée par le préfet de la Haute-Garonne au 14 septembre 2024, soit dans moins d'un mois. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requérante tendant à la suspension de l'exécution de la décision contestée et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées d'une part, au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, d'autre part, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, lesquelles s'opposent à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Francos.
Fait à Toulouse, le 16 août 2024.
Le juge des référés,
G. C
La greffière,
S. GUÉRIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026