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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404568

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404568

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404568
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantJOULIE LISA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 et 30 juillet 2024,

M. F A D, représenté par Me Joulie, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 27 juillet 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de procéder au réexamen de sa situation sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;

- elles méconnaissent son droit d'être entendu ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 2° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et

L 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Joulie, représentant M. A D, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens. Me Joulie précise le moyen tiré de l'erreur de droit à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français en faisant valoir que M. A D a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 15 mars 2024,

- les observations de M. A D, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant tunisien né le 17 mai 1996 à Fouchana (Tunisie), déclare être entré régulièrement sur le territoire français au cours de l'année 1998. Par un arrêté en date du 27 juillet 2024, le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par sa présente requête, M. A D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. En l'espèce, il est constant que M. A D, qui déclare être présent en France depuis 1998, a été en possession d'une carte de résident valable du 12 décembre 2013 au

11 décembre 2023. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est le père de deux enfants français mineurs, la jeune B, née le 13 janvier 2017, dont il produit le passeport français, et le jeune C, né le 14 juin 2018, dont il produit l'acte de reconnaissance en date du 16 juin 2018. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de paiement de la caisse d'allocations familiales du Var datée du 27 juillet 2024, que la fille du requérant est entièrement à sa charge. Enfin, l'intéressé justifie exercer l'autorité parentale sur son fils placé auprès de l'aide sociale à l'enfance et bénéficier, depuis le 4 juillet 2024, de droits d'hébergement afin de rencontrer son enfant. Il ressort également de l'attestation produite le 29 juillet 2024 postérieurement à l'arrêté en litige mais de nature à révéler des éléments qui lui sont antérieurs, par l'administratrice ad hoc du jeune C, désignée par le juge des enfants du tribunal pour enfants de E, que le placement de cet enfant auprès de l'aide sociale à l'enfance n'est pas imputable au requérant, que celui-ci exerce son autorité parentale et son rôle de père auprès de son fils, qu'il est en attente de l'accueillir à son domicile auprès de sa sœur dont il a la garde, et que, dans le cadre de la procédure en assistance éducative en cours, elle sollicite qu'il soit confié à son père. Enfin, le requérant justifie être hébergé chez sa mère, qui réside régulièrement en France. Par ailleurs, si le préfet du Var produit à l'instance un extrait du Fichier automatisé des empreintes digitales indiquant que le requérant a été signalisé à plusieurs reprises entre 2015 et 2022, il ne démontre pas qu'il ait été condamné, ni même poursuivi à raison de ces faits, et il ressort des pièces du dossier que, d'une part, si le requérant a été placé en garde à vue le 26 juillet 2024 pour des faits de violences sur conjoint, la victime présumée des faits a indiqué être ivre au moment des faits, avoir consommé des stupéfiants, avoir des problèmes psychiatriques et vouloir être soignée, en précisant que l'intéressé ne lui avait rien fait et qu'elle ne souhaitait pas déposer plainte contre lui, et d'autre part, que ce dernier n'a pas été poursuivi à raison de ces derniers faits. Il s'ensuit que le comportement de M. A D ne peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, et dans les circonstances particulières de l'espèce, M. A D est fondé à soutenir que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe en France à la date de la décision d'éloignement en litige et que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A D est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre par le préfet du Var et, par voie de conséquence, celle des décisions lui refusant un délai de départ volontaire, portant fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les frais liés au litige :

6. Sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Joulie à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 250 euros à Me Joulie au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à ce dernier.

7. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. A D sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 27 juillet 2024 du préfet du Var est annulé.

Article 3 : Sous réserve que Me Joulie renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Joulie de la somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à ce dernier.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F A D, à Me Joulie et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC Le greffier,

A. ROUZET

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2404568

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