vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2404698 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MOURA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, M. D C, représenté par
Me Moura, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence pour quarante-cinq jours sur le département de la Haute-Garonne ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi que le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.
Il doit être regardé comme soutenant que :
- elle méconnaît le principe du contradictoire et son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;
- elle méconnaît l'impératif de proportionnalité dès lors qu'elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté individuelle, protégée par l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense et une pièce, enregistrés le 8 août 2024, le préfet de la
Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Zabka ;
- les observations de Me Moura, représentant M. C, absent, qui conclue aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de Mme A, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien, déclare être entré en France au cours de l'année 2020. Par un arrêté du 12 avril 2024, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 4 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée de
trois ans. Par un nouvel arrêté du 30 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, lui a fait obligation de se présenter les mercredis et vendredis entre 14 et 16 heures au commissariat central de Toulouse, lui a interdit de circuler hors du périmètre défini sans autorisation, et l'a obligé à remettre son passeport original aux services de police. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Le paragraphe 2 de ce même article poursuit en indiquant : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".
4. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que si ces stipulations ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne et que le moyen tiré de leur méconnaissance par une autorité d'un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit doit être assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu par les services de police aux frontières le 15 février 2024, préalablement à l'édiction de la décision contestée et a été informé de ce qu'il était susceptible d'être éloigné du territoire. Il a également été interrogé sur sa situation personnelle où il a indiqué être célibataire et sans enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et du droit d'être entendu doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. "
7. La décision attaquée vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise notamment que M. C fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour de trois ans en date du 12 avril 2024, qu'il n'a pas exécutée, et que s'il ne peut quitter immédiatement le territoire français, son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dès lors qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, la décision attaquée doit être regardée comme suffisamment motivée.
8. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier, que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen approfondi doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 742-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à la rétention pour une raison autre que l'annulation, l'abrogation ou le retrait de la décision d'éloignement, d'interdiction administrative du territoire ou de transfert, un rappel de l'obligation de déférer à cette décision est adressé à l'étranger par le juge des libertés et de la détention ou par l'autorité administrative. / L'étranger peut alors être assigné à résidence en application de l'article L. 731-1. ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ".
10. M. C soutient qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement vers son pays d'origine dès lors que le consul d'Algérie ne l'a pas reconnu comme un ressortissant algérien, qu'il ne dispose pas d'un laissez-passer consulaire et que les relations diplomatiques entre la France et l'Algérie sont à ce jour compromises. Il ressort des pièces du dossier que les autorités consulaires algériennes ont été saisies dès le 15 avril 2024 de demandes d'identification de l'intéressé pour obtenir un laissez-passer en vue d'exécuter l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour de trois ans en date du 12 avril 2024. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a renouvelé sa demande de laissez-passer à plusieurs reprises auprès des autorités consulaires algériennes, dont une dernière demande en date du 29 juillet 2024. Dès lors, en dépit de la circonstance que les autorités consulaires algériennes n'aient pas délivré de laissez-passer à la date de la décision attaquée, et étant précisé qu'il s'agit de la première mesure d'assignation à résidence prononcée à l'encontre de M. C, le préfet de la Haute-Garonne démontre avoir accompli des diligences suffisantes pour faire regarder l'exécution de la mesure d'éloignement du territoire français comme une perspective raisonnable dans le délai de quarante-cinq jours. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de fait, une erreur de droit, une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences de la décision attaquée sur sa situation.
11. En cinquième lieu, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit ne sont assortis d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
12. En sixième lieu, le requérant soutient que l'obligation de pointage qui lui impose de se présenter tous les mercredis et vendredis, sauf les jours fériés, entre 14h00 et 16h00, au commissariat central de Toulouse, porte une atteinte disproportionnée à sa liberté individuelle. Toutefois, si M. C présente effectivement une attestation d'hébergement indiquant qu'il réside au domicile de sa sœur situé sur la commune de Balma, à une distance de six kilomètres du commissariat central de Toulouse où il doit se présenter deux fois par semaine, il ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à l'empêcher de respecter les obligations prescrites par l'arrêté. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
13. En septième lieu, aux termes de l'article L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger assigné à résidence la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ". Selon l'article L. 814-1 du même code : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. ". Enfin, aux termes de l'article R. 733-3 dudit code : " Lorsque l'autorité administrative prescrit à l'étranger la remise de son passeport ou de tout document d'identité ou de voyage en sa possession, en application de l'article L. 733-4, elle lui remet en échange un récépissé valant justification d'identité. ".
14. Si la décision attaquée indique dans ses motifs que M. C ne possède aucun document d'identité ou de voyage, ce qu'il confirme, et dans son dispositif que l'intéressé doit remettre son passeport original et tout document d'identité et de voyage à l'autorité administrative compétente, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté.
15. En huitième et dernier lieu, si une mesure d'assignation à résidence apporte des restrictions à l'exercice de certaines libertés, plus particulièrement la liberté d'aller et venir, elle ne présente pas, compte tenu de sa durée et de ses modalités d'exécution, le caractère d'une mesure privative de liberté au sens de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. C ne peut donc utilement se prévaloir de cet article pour contester la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, au motif de la méconnaissance de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Moura la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
17. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. C sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Moura et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le9 août 2024
Le magistrat désigné,
N. ZABKA
Le greffier,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026