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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2404794

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2404794

mardi 17 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2404794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMOMASSO MOMASSO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de Mme C, ressortissante égyptienne, qui contestait l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 25 mars 2024 lui refusant un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination. La juridiction a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, le défaut d'examen sérieux de sa situation, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (ancien article L. 313-14), et la violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2024, Mme D, représentée par Me Momasso Momasso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ou à tout le moins une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard un mois après la notification de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions ;

- elle est entachée d'erreur dans l'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, violant ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale, en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante égyptienne née le 25 août 1998, est entrée en France le 1er octobre 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant " valable du 26 septembre 2017 au 29 décembre 2018. Elle a bénéficié d'un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 27 septembre 2018 au 26 septembre 2019. Elle a sollicité le 3 octobre 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué est signé par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation consentie par le préfet de la Haute-Garonne en matière de police des étrangers, par un arrêté réglementaire du 12 février 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 31-2024-066 et accessible sur le site internet de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée énonce, d'une manière suffisamment précise pour mettre en mesure Mme C d'en contester utilement les motifs, les circonstances de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet. Par suite, le préfet n'ayant pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué depuis le 1er mai 2021 à l'article L. 313-14 du même code, : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Si Mme C se prévaut d'une durée de présence sur le territoire français de sept années, par les documents qu'elle produit, elle ne l'établit pas à la suite de l'expiration de son titre de séjour portant la mention " étudiant " en septembre 2019, en l'absence de demande de renouvellement de ce titre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ses attaches sur le territoire, en la personne de sa sœur titulaire d'un titre de séjour étudiant qui ne lui donne pas vocation à s'installer sur le territoire, d'un homme qu'elle présente comme son fiancé et d'amis, soient telles, qu'elles constituent des circonstances humanitaires ou un motif exceptionnel justifiant que lui soit délivré un titre de séjour mention " vie privée et familiale ".

7. Enfin, elle n'établit ni même n'allègue être en possession d'une promesse d'embauche, d'un contrat de travail ni même d'avoir des perspectives d'insertion professionnelle justifiant que lui soit délivré un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions.

8. En quatrième lieu, aux termes de L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

9. Mme C n'ayant pas sollicité dans le délai le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " qui a expiré le 26 septembre 2019, il n'est pas contesté qu'à la date de sa demande de titre de séjour le 3 octobre 2022, elle n'était plus en possession du visa de long séjour requis pour pouvoir bénéficier de plein droit de ce titre de séjour. En outre, la requérante ne fait pas valoir de circonstance qui l'empêcherait de retourner dans son pays d'origine le temps de demander ledit visa. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne pouvait, pour ce seul motif, refuser de délivrer un titre de séjour étudiant à la requérante sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, en prenant la décision attaquée, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

11. En sixième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

12. Contrairement à ce que soutient la requérante, outre les motifs énoncés précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C, qui ne conteste pas que ses parents vivent en Arabie Saoudite où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. A cet égard, si elle se prévaut de sa relation avec un ressortissant portugais avec lequel elle indique être fiancée, il ressort de l'attestation de son compagnon qu'ils sont en couple depuis le mois de juin 2023 et ainsi que leur relation était très récente à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'une obligation de quitter le territoire français assortit un refus de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

15. Il résulte de ce qui a été exposé au point 3 du présent jugement que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Dès lors, la décision attaquée, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

16. En second lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

18. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise la nationalité de la requérante et mentionne que celle-ci n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, notamment au regard de l'absence de demande de protection internationale. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

19. En second lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

21. Les conclusions à fin d'annulation de Mme C étant rejetées, ses conclusions susvisées à fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 s'opposent à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à Me Momasso Momasso et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Billet-Ydier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

F. BILLET-YDIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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