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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405056

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405056

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOUIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2024, M. B C, représenté par Me A, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 avril 2024 du préfet du Tarn portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer, dès notification de l'ordonnance à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- il peut se prévaloir d'une présomption d'urgence dès lors que, ayant été confié à l'aide sociale à l'enfance durant sa minorité, il est réputé s'être trouvé en situation régulière sur le territoire français jusqu'à l'édiction de la décision contestée ; la décision a pour effet d'interrompre ce séjour régulier et de le faire basculer dans une situation de séjour irrégulier ;

- au surplus, il justifie d'une situation d'urgence particulière, caractérisée par l'incidence grave et immédiate de la décision contestée sur sa situation personnelle, qui entraîne l'interruption de sa formation professionnelle et le prive de la possibilité de la poursuivre ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été pris à la suite d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de faits quant au suivi réel et sérieux de sa formation professionnelle ;

- il méconnait les dispositions de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait également les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le préfet du Tarn, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- aucune urgence ne caractérise la situation du requérant, qui n'a introduit que le 28 mai 2024 son référé à l'encontre de l'arrêté du 11 avril 2024 refusant de lui délivrer un titre de séjour ; l'intéressé, qui s'est vu opposer à cette date une obligation de quitter le territoire avec un délai de trente jours, a donc bénéficié d'un document valant titre de séjour et n'a pas basculé en séjour irrégulier sur cette période ; il n'établit pas que la perte de sa promesse d'embauche ne pourrait pas être de nouveau reportée, ni qu'il ne pourrait obtenir son bac professionnel que par la voie d'un contrat d'apprentissage ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2403321 enregistrée le 4 juin 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Guérin, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :

- les observations de Me A, représentant M. C présent à l'audience, qui a repris les moyens développés dans ses écritures en insistant particulièrement sur le fait que les bulletins scolaires de M. C montrent que le suivi de ses études est réel et sérieux et qu'il a d'ailleurs toujours été bien classé, du rang 4 au rang 8, par rapport aux autres élèves de sa classe et a systématiquement obtenu les encouragements du conseil de classe - il a d'ailleurs obtenu son certificat d'aptitude professionnel avec une mention assez bien et a été admis en bac professionnel - qu'il a connu un parcours scolaire classique sans plus de difficultés ou retards qu'un autre lycéen et qu'il a amélioré sa pratique du français ; qu'il justifie les demi-journées d'absence du deuxième semestre 2024 par l'intervention chirurgicale qu'il a subi, il est bien inséré sur le territoire ;

- le préfet du Tarn n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. C, ressortissant pakistanais né le 29 janvier 2006 à Sarodha (Pakistan), demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 avril 2024 du préfet du Tarn portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Le refus de séjour opposé à M. C le place en situation de séjour irrégulier sur le territoire national alors qu'il y séjournait en situation régulière depuis son placement auprès de l'aide sociale à l'enfance, soit depuis plus de deux ans Il a également pour effet de faire obstacle à la promesse d'embauche qui lui a été faite dans le cadre d'un contrat d'apprentissage pour la préparation d'un bac professionnel " électricité " d'une durée de deux ans. Si les éléments opposés par le préfet du Tarn tenant à ce que la validité de cette promesse d'embauche pourrait être reportée, celle datée du 28 mai 2024 pour une embauche au 5 juillet 2024 était conditionnée à l'obtention par l'intéressé du CAP " électricité " début juillet 2024 et celle du même employeur datée du 9 août 2024 pour une embauche le 16 septembre 2024 par la régularité du séjour pour la concrétisation de l'embauche, l'employeur précisant qu'il compte sur l'intéressé, qui a obtenu son CAP, pour la poursuite de son activité. Ces éléments ne sont ainsi pas de nature à faire échec à cette présomption d'urgence. Par suite, la décision en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé pour que la condition d'urgence, nonobstant le délai pris entre la date de notification de la décision et la date d'introduction du référé, soit regardée comme remplie.

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de faits sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. C jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet du Tarn de délivrer à M. C, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande et de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

9. M. C ayant été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me A, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me A de la somme 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet du Tarn a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. C, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande et de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me A, avocate de M. C, une somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à Me A.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée au préfet du Tarn.

Fait à Toulouse le 9 septembre 2024.

La juge des référés,

Céline ARQUIE

La greffière,

Sylvie GUERIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

N°2405056

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