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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405291

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405291

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantORIER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 29 et 31 août 2024, M. B C, représenté par Me de Castelbajac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a renouvelé pour une durée de trois mois la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance prise à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me de Castelbajac en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pas informé le procureur de la République compétent de ce qu'il envisageait de renouveler la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance prise à son encontre ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. X, conseiller, pour statuer sur les recours formés contre les décisions portant renouvellement des mesures prises sur le fondement des 1° à 3° de l'article L. 228-2 et du premier alinéa de l'article L. 228-5 du code de la sécurité intérieure.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. X, président,

- et les observations de Me de Castelbajac, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré produite par Me de Castelbajac pour M. C et enregistrée le 2 septembre 2024 à 12h12 n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 avril 2024, notifié le 13 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à l'encontre de M. C une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance pour une durée de trois mois. Cette mesure a été renouvelée par un arrêté du 27 août 2024, notifié le même jour pour une durée de trois mois. Par sa requête,

M. C demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.

Sur la demande d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. ". Aux termes de l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L. 212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant (), l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision. ".

3. Le ministre a produit devant le tribunal, dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 773-9 du code de justice administrative, une copie de l'original de l'arrêté en litige, qui revêt l'ensemble des mentions requises par le premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, dont notamment l'identité et la signature de son auteur, lequel disposait d'une délégation régulière attribuée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République de Paris et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; 3° Déclarer son lieu d'habitation et tout changement de lieu d'habitation () ".

5. La circonstance que le ministre de l'intérieur n'aurait pas informé le procureur de la République comme prévu par les dispositions précitées reste sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que cette information ne constitue pas une procédure préalable obligatoire conditionnant la légalité d'une telle mesure. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 23 août 2024, le procureur de la République a bien été informé de ce que le ministre de l'intérieur envisageait de renouveler la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance prise à l'encontre de M. C. Par suite, le moyen soulevé à cet égard doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. / () / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / () ".

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure citées au point précédent que les mesures qu'il prévoit doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.

8. En l'espèce, l'arrêté attaqué, en date du 27 août 2024, renouvelle pour trois mois la mesure de surveillance prise le 10 avril 2024, notifiée le 13 juin 2024 et modifiée par arrêté du

24 juin 2024, prise à l'encontre de M. C. Afin de justifier du renouvellement de cette mesure, pour une durée totale qui n'est pas supérieure à six mois, le ministre de l'intérieur fait valoir que l'intéressé représente une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public et qu'il entretient avec des personnes ou des organisations facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou soutient de tels actes. A cet égard, le ministre de l'intérieur soutient notamment que l'intéressé s'est signalé dès l'année 2020 pour ses activités numériques en lien avec l'idéologie pro-djihadiste. Ainsi son compte sur l'ancien réseau social twitter a été suspendu le 30 avril 2020 après la diffusion d'une publication le 23 avril de la même année pouvant s'analyser comme un appel au martyr. Sur le même réseau social, l'intéressé a écrit au mois d'avril 2021 : " sachez qu'on ne pourra jamais habiter avec les Kuffars sous leurs lois, mais eux pourront vivre sous nos lois, et y vivront bientôt ". Par ailleurs, en juin 2021, il est apparu que M. C était abonné à un compte de réseau social diffusant des vidéos émanant de l'organe de propagande " jihadiste 19HH ". Outre son activité sur les réseaux sociaux, il ressort des pièces du dossier qu'en juillet 2021, l'exploitation judiciaire des supports numériques utilisés par M. A D, condamné le 22 juin 2018 par la cour d'appel de Paris à une peine de cinq années d'emprisonnement pour des faits de participation à une association de malfaiteurs terroriste et financement d'entreprise terroriste, a révélé que ce dernier avait entretenu une conversation avec le requérant. En outre au cours des années 2022 et 2023, M. C a été en relation avec un individu ayant fait l'objet, en 2022, d'un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale pour des faits d'apologie de terrorisme en ligne. Enfin, à l'occasion d'une visite domiciliaire le 6 mai 2024, ordonnée par le juge des libertés et de la détention, des répliques d'armes de guerre ont été retrouvées au domicile du requérant. Si M. C soutient que les faits qui lui sont reprochés, à compter de l'année 2022, sont trop peu précis et circonstanciés, il ne conteste pas utilement, toutefois, être entré en contact avec un individu signalé pour sa proximité avec la mouvance pro-jihadiste, détenir chez lui des armes de guerres factices et avoir été condamné, le

25 juillet 2024, pour violation des obligations découlant de la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance prise à son encontre. Au surplus, il ne conteste pas non plus l'ensemble des faits retenus par le ministre de l'intérieur et des outre-mer pour les années 2020 et 2021. Par suite, les deux conditions cumulatives prévues par les dispositions précitées de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure sont remplies. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté litigieux, dans un contexte marqué par un risque élevé d'attentat terroriste pendant la période des jeux olympiques et paralympiques ainsi que par les morts récentes, à la suite de frappes de l'armée israélienne, du chef militaire de l'organisation terroriste Hezbollah et celle du chef du bureau politique du Hamas le 31 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a commis une erreur d'appréciation. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que la mesure est entachée d'erreurs de fait.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: Les conclusions de la requête de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne, au procureur du parquet national antiterroriste et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulouse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

XLa greffière,

Y

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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