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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405292

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405292

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2024, Mme F C, agissant au nom de son enfant mineur, D E A, représentée par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) d'admettre Mme A, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 août 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 1 500 euros au conseil de Mme A, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 précité.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, en application des articles L. 555-1 et L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka,

- les observations de Me Cazanave, représentant Mme A, absente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante guinéenne, déclare être entrée sur le territoire français le 26 novembre 2022 et a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 29 décembre 2022. Par une décision du 7 décembre 2023, notifiée le 26 février 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 16 juillet 2024. Le 30 mai 2024, Mme C a présenté une demande d'asile au nom de son enfant mineur, Mme A. Par une décision prise le 7 août 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A au motif qu'elle sollicitait le réexamen de sa demande d'asile. Par sa présente requête, Mme C, agissant au nom de son enfant mineur, demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (). ". Et selon l'article L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. / Le fait que le demandeur ait explicitement retiré sa demande antérieure, ou que la décision définitive ait été prise en application des articles L. 531-37 ou

L. 531-38, ou encore que le demandeur ait quitté le territoire, même pour rejoindre son pays d'origine, ne fait pas obstacle à l'application des dispositions du premier alinéa. / Ces dispositions s'appliquent sans préjudice du règlement (UE) no 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013. " L'article 521-3 du même code dispose que : " lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ". B, l'article L. 531-23 précise que : " Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents présentés dans les conditions prévues à l'article L. 521-3, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. Cette décision n'est pas opposable aux enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. ".

5. En l'espèce, il est constant que Mme C a présenté une demande d'asile dont le rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 16 juillet 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'acte de naissance produit en défense, que Mme C a, postérieurement à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 décembre 2023, donné naissance à un enfant, Mme D E A, née le 7 mai 2024, et en a informé l'Office par le dépôt d'une demande d'asile au nom de celle-ci le 30 mai 2024, et ce avant que la Cour nationale du droit d'asile ne rejette en dernier lieu la demande d'asile qu'elle avait présenté en son nom propre qui précise, par ailleurs, qu'il appartiendra à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de statuer directement sur la demande d'asile de Mme A. Mme C produit également à l'instance l'attestation de demande d'asile, délivrée à sa fille le 30 mai 2024 par la préfecture de la Haute-Garonne, valable jusqu'au 29 mars 2025, justifiant qu'elle a déposé une demande d'asile au nom de sa fille et mentionnant qu'il s'agit d'une première demande d'asile. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que

Mme C est convoquée le 13 septembre 2024 à un entretient avec l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour faire état des craintes propres à sa fille. B, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides alors que l'extrait du fichier TelemOfrpa daté du 9 septembre 2024 produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration concernant Mme C ne mentionne aucune demande de réexamen. Dans ces conditions, la demande d'asile de Mme A, qui n'a pas été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, présente le caractère d'une demande nouvelle et non d'une demande de réexamen. Par suite, le moyen soulevé par Mme A et tiré de ce que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées du 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que sa demande d'asile constituait une demande de réexamen doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 août 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

8. Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Cazanave à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Cazanave au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du

7 août 2024 portant refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les conditions matérielles d'accueil.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Cazanave renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Cazanave une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E A, à Me Cazanave et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

N. ZABKA Le greffier,

A. ROUZET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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