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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405401

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405401

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMOLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024 et des mémoires en réplique enregistrés le 11 et 12 septembre 2024, la société Totem France et la société Orange, représentées par Me Gentilhomme, demandent au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 2 février 2024 du maire de Fréjairolles mettant en demeure la société Totem de suspendre tous travaux concernant le projet de construction d'une antenne relai de téléphonie mobile sur un terrain cadastré AL0020 chemin du Hugou ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fréjairolles la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors que la décision du 2 février 2024 ne constitue pas une simple information mais a pour objet de faire échec au projet de la société Totem France en exigeant la sollicitation d'une autorisation de voierie avant tout commencement de travaux sous menace de sanction pénale et leur fait donc grief ;

s'agissant de la condition tenant à l'urgence :

- l'urgence est présumée en matière d'installation d'infrastructures de téléphonie mobile ;

- le territoire de la commune n'est pas couvert par les réseaux de la société Orange ;

- l'urgence a déjà été reconnue par le juge des référés dans son ordonnance du 30 octobre 2023 qui comprenait des pièces déjà produites ; l'attestation du maire selon laquelle la couverture 5G serait déjà assurée et la pétition d'opposants qui affirment que le territoire serait déjà couvert sont orientés par une opposition partisane s'opposant au projet de construction pourtant conforme au droit de l'urbanisme ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision contestée est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur celle du 6 décembre 2023 et qui a été suspendue par le juge des référés en ce qu'elle subordonnait l'autorisation de travaux à la délivrance d'une autorisation de voirie en méconnaissance du principe d'indépendance des législations et procédait au retrait d'une décision tacite de non opposition sans avoir été précédée du respect de la procédure contradictoire prévue par le code des relations entre le public et l'administration;

- elle est entachée d'erreur de droit, l'arrêté ne concerne pas le chemin du Hugou, si la commune affirme que ce chemin serait partie intégrante du chemin de la Gaugne, l'arrêté ne vise qu'une partie du chemin de la Gaugne, entre les deux lieux dits clairement identifiés ;

- aucun élément n'établit que le chemin du Hugou ne serait pas susceptible de supporter les engins de chantier de la société totem France.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2024, la commune de Frejairolles, représentée par Me Molly, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société Totem France et de la société France Télécom en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, la mise en demeure dont la suspension est demandée se borne à rappeler les conditions à remplir pour accéder à l'emplacement du projet et à défaut le risque juridique qui émanerait d'une infraction, sans faire grief ;

- à titre subsidiaire, l'urgence n'est pas démontrée en l'absence de décision administrative qui ferait grief, le territoire de la commune est partiellement couvert par le réseau de téléphonie mobile de l'opérateur et l'offre de couverture existante satisfait la population de la commune de sorte qu'il n'existe aucune atteinte à l'intérêt public ; toute la zone aux alentours du projet du pylône est desservie par la fibre, nouveau déploiement au bénéfice de la population ;

- il n'y a pas de doute sérieux en ce qui concerne la légalité de la mesure contestée, la mise en demeure est signée de son auteur et la situation juridique précisée par la décision attaquée est régulière ;

- à titre infiniment subsidiaire, l'article 2 de l'arrêté du 3 décembre 2023 conditionne les modalités de possible exécution des travaux tels qu'accordés par la décision de non opposition et n'est pas le fondement de la décision, de sorte que le principe d'indépendance des législations n'a pas été méconnu.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2403122 enregistrée le 27 mai 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la voirie routière ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 à 9 heures 30 en présence de Mme Tur, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :

- les observations de Me Gentilhomme, représentant les sociétés Totem France et Orange, qui a repris en les précisant les moyens développés dans ses écritures en ajoutant que la décision vise uniquement à faire échec à la décision d'urbanisme du 6 décembre 2023 autorisant les travaux de construction d'un pylône de téléphonie mobile que la commune a été tenue de prendre à la suite de l'ordonnance du 30 octobre 2023 du juge des référés suspendant l'exécution de la décision d'opposition à cette déclaration préalable,

- et les observations de la commune de Fréjairolles représentée par Me Moly, qui a repris ses écritures en insistant sur l'irrecevabilité de la requête, qui n'a qu'une visée informative en se bornant à rappeler que l'utilisation du chemin par les véhicules à moteur doit faire l'objet d'une autorisation de voirie, ainsi que sur l'absence d'urgence dès lors que 99% du territoire de la commune est d'ores et déjà couvert par les réseaux de téléphonie mobile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Totem France et la société Orange ont demandé au juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 19 avril 2023 du maire de Fréjairolles portant opposition à la déclaration préalable de travaux déposée concernant l'installation d'un pylône de téléphonie mobile sur un terrain cadastré section AL 0020 chemin du Hugou sur le territoire de cette commune. Par ordonnance n°2305996 du 30 octobre 2023, le juge des référés a fait droit à cette demande et a enjoint au maire de Fréjairolles de délivrer à la société Totem France une décision de non-opposition à cette déclaration préalable, à titre provisoire. Puis elles ont demandé au juge des référés, sur le fondement du même article L. 521-1, de suspendre l'exécution de la décision du maire de Fréjairolles du 6 décembre 2023 portant non-opposition à la déclaration préalable de travaux, prise en exécution de l'ordonnance du 30 octobre 2023, en tant qu'elle est assortie d'une prescription imposant d'obtenir une autorisation de voirie préalablement à la réalisation des travaux de construction du pylône. Par une ordonnance n°2402826 du 30 mai 2024 le juge des référés a fait droit à cette demande. Par la présente requête, la société Totem France et la société Orange demandent au juge des référés, sur le fondement du même article L. 521-1, de suspendre l'exécution de la décision du 2 février 2024 du maire de Fréjairolles mettant en demeure la société Totem de suspendre tous travaux concernant le projet de construction d'une antenne relai de téléphonie mobile sur un terrain cadastré AL0020 chemin du Hugou.

Sur la recevabilité de la requête en référé :

2. La décision du 2 février 2024 qui met en demeure la société Totem France de suspendre tous travaux ne constitue pas une simple correspondance à visée informative se limitant à rappeler les conditions à remplir pour accéder à l'emplacement du projet et à défaut, le risque juridique qui en résulterait en cas d'infraction, mais exige la sollicitation d'une autorisation de voirie avant commencement de tous travaux sous menace de sanctions pénales et fait ainsi grief aux sociétés requérantes. Il y a lieu, par suite, d'écarter la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Fréjairolles.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

5. En l'espèce, comme cela a déjà été souligné par le juge des référés dans son ordonnance du 30 mai 2024, la société Orange, qui s'est associée à la requête de la société Totem France, pétitionnaire, a envers l'ARCEP des obligations de couverture de population dont le non-respect est susceptible de faire l'objet de sanctions. Par ailleurs, ces obligations en matière de couverture de population ne se limitent plus à des critères quantitatifs, mais incluent également la qualité du réseau et le débit. Les sociétés requérantes peuvent ainsi invoquer l'intérêt public s'attachant à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile mais également les obligations imposées aux opérateurs par l'ARCEP. De ce fait, la décision contestée porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à cet intérêt public ainsi qu'à leurs intérêts propres. Et ce, même si le territoire de la commune serait déjà couvert par les réseaux des opérateurs de téléphonie mobile concurrents, et que les habitants de la commune considèrent la couverture du territoire actuellement satisfaisante et ne seraient pas demandeurs d'une couverture par le réseau de l'opérateur Orange. Dans ces conditions, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

6. Les moyens tirés de ce que la décision est entachée d'une erreur de droit et est privée de base légale tels qu'ils ont été visés ci-dessus et analysés apparaissent propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible d'entraîner la suspension de la décision contestée.

8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu d'ordonner la suspension de la décision du 2 février 2024 du maire de Fréjairolles.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Totem France et la société Orange, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Fréjairolles demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Fréjairolles une somme globale de 800 euros au titre des frais exposés par la société Totem France et la société Orange et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Articler 1er : L'exécution de la décision du 2 février 2024 du maire de Fréjairolles mettant en demeure la société Totem de suspendre tous travaux concernant le projet de construction d'une antenne relai de téléphonie mobile sur un terrain cadastré AL0020 chemin du Hugou est suspendue au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : La commune de Fréjairolles versera à la société Totem France et à la société Orange une somme globale de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Totem France, à la société Orange et à la commune de Fréjairolles.

Fait à Toulouse le 16 septembre 2024

La juge des référés,

Céline ARQUIE

La greffière,

Pauline TUR

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

ou par délégation la greffière

N°2405401

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