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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405939

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405939

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLAGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 7 octobre 2024, l'association One Voice représentée par Me Gossement, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 27 septembre 2024 du préfet de l'Ariège fixant un prélèvement maximal autorisé et fixant les quotas de prélèvement de galliformes de montagne pour la campagne cynégétique 2024/2025 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable et elle a intérêt à agir ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- l'arrêté contesté permet le prélèvement de deux perdrix grises de montagne par jour et par chasseur dans la limite de 670 oiseaux et d'un lagopède alpin par jour et par chasseur dans la limite de 10 oiseaux pour la saison, alors que leur état de conservation est particulièrement préoccupant ;

- la période de chasse est en cours, elle a débuté le 29 septembre 2024 pour s'achever le 20 octobre 2024 et l'arrêté a des conséquences irréversibles et compromet la conservation de ces deux espèces alors que les informations sur leur évolution dans le département ne sont pas suffisamment connues ;

- en permettant un prélèvement de chasse, l'arrêté remet en cause les intérêts protégés par l'association et a été pris sans qu'aucun intérêt général ne le justifie ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la procédure de participation du public est incomplète et ne respecte pas les dispositions de l'article L.123-19-1 du code de l'environnement, ce qui a privé le public d'une garantie ;

- il méconnait les dispositions de l'article L.425-15 du code de l'environnement, l'avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage n'ayant pas été communiqué lors de la consultation du public ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation et d'erreur de fait en ce qu'il se fonde sur les données collectées par la fédération départementale des chasseurs et non celles de l'observatoire des galliformes de montagne (OGM) dont le bilan de 2024 contient des données sur la perdrix grise de montagne et le lagopède alpin qui ne permettent pas d'autoriser la chasse de ces espèces ;

- il méconnait les stipulations de la directive oiseaux n° 2009/147/CE du 30 novembre 2009 ainsi que les dispositions des articles L.420-1 et L.425-14 du code de l'environnement ;

- il est entaché de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en intervention enregistré le 4 octobre 2024, la fédération départementale des chasseurs de l'Ariège, représentée par le cabinet Bastille avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- son intervention en défense est recevable ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- l'association avait connaissance des modalités de chasse de ces deux galliformes de montagne depuis l'approbation, par arrêté préfectoral, du schéma départemental de gestion cynégétique et de l'arrêté annuel d'ouverture et de fermeture de la chasse du 15 mai 2024, qu'elle n'a pas contestés ;

- l'urgence n'est pas non plus remplie au regard de l'application de la directive 2009/147/CE du 30 novembre 2009, l'impact de la chasse sur l'état de conservation du lagopède alpin et de la perdrix grise de montagne ne peut justifier de l'urgence à suspendre l'arrêté contesté alors que l'arrêté, fixé sur une base scientifique, met en place des mesures spécifiques et adaptées, avec une chasse maitrisée et contrôlée des deux espèces ;

- compte tenu de la très brève période de chasse, à la date de l'audience, demeurent 6 jours de chasse pour la perdrix grise de montagne et 4 jours pour le lagopède alpin, 20 perdrix grises ont été prélevées dans le département et un seul lagopède alpin au 4 octobre 2024 ;

- il n'y a pas non plus d'urgence compte tenu de la sélectivité de la chasse des galliformes de montagne, chasse de spécialistes et de l'absence de données fournies par l'association requérante ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- le lagopède alpin et la perdrix grise de montagne sont classées " gibier " par la directive européenne n° 2009/147/CE du 30 novembre 2009, leur chasse n'est pas interdite au niveau européen, ni au plan national où ces deux espèces sont inscrites sur l'arrêté ministériel du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces dont la chasse est autorisée ; leur chasse est encadrée au plan local par l'arrêté annuel d'ouverture et de fermeture de la chasse du 15 mai 2024 ainsi que par les dispositions du schéma départemental de gestion cynégétique qui prévoit que le lagopède alpin et la perdrix grise de montagne sont soumis à des prélèvements maximums autorisés et à des quotas ;

- la fédération départementale des chasseurs a repris pour son compte le travail qu'elle effectuait pour l'OGM, elle a fait preuve d'une particulière précaution en soulignant les zones pour lesquelles il était estimé l'existence de données insuffisantes ;

- la période de chasse limitée à 10 jours et les plafonds de prélèvements qui ont été fixés sont prudents et permettent que les efforts de conservation de ces deux espèces ne soient pas compromis.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de l'Ariège conclut au non-lieu à statuer des conclusions dirigées contre l'arrêté du 27 septembre 2024 en tant qu'il instaure un prélèvement maximum autorisé du lagopède alpin pour la campagne cynégétique 2024/2025 et au rejet des conclusions dirigées contre cet arrêté en tant qu'il instaure un prélèvement maximum autorisé de perdrix grises pour la campagne cynégétique 2024/2025.

Il fait valoir que :

- par une ordonnance n° 2405970 du 4 octobre 2024, le juge des référés a suspendu l'arrêté du 27 septembre 2024 en tant qu'il a autorisé le prélèvement de 10 lagopèdes alpins pour la campagne de chasse 2024/2025, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer ;

en ce qui concerne la condition d'urgence :

- l'association n'a pas déposé de recours contre l'arrêté préfectoral du 15 mai 2024 relatif aux dates d'ouverture et de fermeture de la chasse, ni contre l'arrêté du 8 juillet 2024 portant approbation du schéma départemental de gestion cynégétique, alors qu'elle en avait connaissance et qu'elle l'aurait contesté si l'urgence était avérée ;

- l'arrêté a déjà commencé à produire ses effets et il ne restera plus que 6 jours de chasse à la date de l'audience ;

en ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux :

- la consultation du public était suffisante et régulière ;

- l'article R.425-18 du code de l'environnement n'a pas été méconnu ;

- il n'a pas commis d'erreur d'appréciation ou d'erreur de fait quant à l'absence de prise en compte des données de l'OGM, ni n'a méconnu les dispositions des article 2 et 7 de la directive 2009/147/CE du 30 novembre 2009 relative à la conservation des oiseaux sauvages et de leur habitat ou celles des articles L420-1 et L.425-14 du code de l'environnement ;

- il a tenu compte de l'état de conservation des espèces dans leur aire de distribution en s'appuyant sur les indices d'abondance présentés par l'OGM, dont il ressort que l'espèce n'est pas dans un mauvais état de conservation en 2024, avec un indice de reproduction favorable.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2405970 du 4 octobre 2024 du juge des référés ;

- la requête n° 2405927 enregistrée le 27 septembre 2024 tendant à l'annulation de l'arrêté contesté.

Vu :

- la directive 2009/147/CE du 30 novembre 2009 ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024 à 14 heures 30 en présence de Mme Tur, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :

- les observations de Me Ferjoux représentant l'association One voice qui reprend ses écritures en les précisant et insiste particulièrement sur la nécessité de maintenir l'effort de conservation de l'espèce, sur l'absence de données suffisamment fiables et complètes ainsi que sur le fait que l'observatoire des galliformes de montagne a estimé que les données de la fédération départementale des chasseurs manquent de robustesse ;

- celles de M. A et Mme B C représentant le préfet de l'Ariège, qui reprennent leurs écritures et précisent notamment que l'évolution de la population des perdrix grises de montagne est relativement stable en dépit des prélèvements, que la fédération a permis l'échantillonnage de 22% de la surface avec un indice de 26,5 au km² et qu'en outre 72% du territoire est sous association communale de chasse agréée avec des mesures encore plus restrictives et avec un bon indice d'abondance sur les zones centrales de chasse du département ;

- et celles de Me Duguet Bernard représentant la fédération départementale des chasseurs, qui reprend ses écritures et revient notamment sur l'effort d'échantillonnage et la méthode de comptage mise en œuvre par la fédération des chasseurs pour indiquer que 3 675 hectares sont aujourd'hui contrôlés et montrent un indice d'abondance de 26, qualifié de bon.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 septembre 2024, le préfet de l'Ariège a fixé les prélèvements maximums et les quotas de prélèvement autorisés de galliformes de montagne dans ce département pour la campagne cynégétique 2024/2025. L'association One voice demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une ordonnance n° 2405970 du 4 octobre 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a suspendu l'exécution de l'arrêté du 27 septembre 2024 du préfet de l'Ariège en tant qu'il a autorisé le prélèvement de dix lagopèdes alpins pour la campagne de chasse 2024/2025. Dans ces conditions, les conclusions de l'association One voice sollicitant la suspension de l'arrêté du 27 septembre 2024 du préfet de l'Ariège en tant qu'il fixe les prélèvements maximums et les quotas de prélèvement autorisés du lagopède alpin pour la campagne cynégétique 2024/2025 sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs de l'Ariège :

3. La fédération départementale des chasseurs de l'Ariège a intérêt au maintien de l'arrêté préfectoral attaqué et justifie par conséquent d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien des conclusions présentées en défense par le préfet de l'Ariège. Son intervention, qui est par ailleurs motivée et formée par mémoire distinct, est recevable et doit être admise.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

6. L'arrêté contesté fixe le prélèvement maximum de perdrix grise de montagne à deux oiseaux par jour et par chasseur sur l'ensemble du département de l'Ariège avec un plafond de 670 spécimens pour l'ensemble de ce territoire de chasse sur une durée de 10 jours de chasse. D'une part, il résulte des échanges contradictoires développés dans les écritures et prolongés à la barre, qu'après quatre jours de chasse, 114 spécimens de perdrix grises ont été prélevés. Il ressort par ailleurs de la liste des prélèvements enregistrés au cours des dix dernières années de campagne que ceux-ci ont varié de 242 à 457 spécimens. Alors qu'il demeure 6 jours de chasse pour la campagne cynégétique 2024/2025, la projection de 138 perdrix grise de montagne supplémentaire semble réaliste et situe les prélèvements dans la fourchette basse de ceux constatés annuellement. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport " statuts et tendance des populations d'oiseaux nicheurs de France, bilan simplifié du premier rapportage nationale au titre de la directive oiseaux de 2015 ", que l'effectif minimal s'établit à 6 500 individus matures sur le massif pyrénéens et variablement réparti dans le département de l'Ariège, le rapportage européen de 2019 de ce rapport concernant l'état de conservation des espèces et habitats d'intérêt communautaire indiquant dorénavant une fourchette variant entre 6 520 et 32 600 individus estimés. En outre, le bilan de l'OGM 2010/2019 indique que la population est stable en nombre de communes avec des densités relativement stables voire en légère augmentation, et les indices d'abondance par région naturelle sur les zones de chasse en Ariège sont considérés comme globalement moyens. Par suite, il n'est pas démonté qu'à la date de la présente ordonnance, l'exécution de l'arrêté attaqué pour la période de chasse restant à courir porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate aux intérêts défendus par l'association. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L .521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions de la requête présentée par l'association One voice sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante à l'instance, la somme que l'association One voice demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de l'association One voice sollicitant la suspension de l'arrêté du 27 septembre 2024 du préfet de l'Ariège en tant qu'il fixe les prélèvements maximums et les quotas de prélèvement autorisés du lagopède alpin pour la campagne cynégétique 2024/2025.

Article 2 : L'intervention de la fédération départementale des chasseurs de l'Ariège est admise.

Article 3 : La requête de l'association One voice est rejetée.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association One voice, à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, à la fédération départementale des chasseurs de l'Ariège et au préfet de l'Ariège.

Fait à Toulouse le 8 octobre 2024

La juge des référés,

Céline ARQUIE

La greffière,

Pauline TUR

La République mande et ordonne ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

N°2405939

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