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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406267

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406267

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOYANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2024, transmise au tribunal administratif de Toulouse par une ordonnance de renvoi du président du tribunal administratif de Bordeaux du 11 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Boyancé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet de la Dordogne l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Dordogne procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi que le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué du 7 octobre 2024 est privée de base légale en ce que l'arrêté du 25 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi sur lequel il est fondé est lui-même illégal ; la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signé par une autorité incompétente, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son intégration professionnelle et sociale ; la décision portant fixation du pays de renvoi méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ainsi que les dispositions de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka,

- les observations de Me Bachelet, substituant Me Boyancé, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins et précise le moyen concernant le défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en ce que le requérant ne pouvait exécuter la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai imparti alors qu'il n'avait pas eu connaissance de cette décision en l'absence de notification de celle-ci. Me Bachelet précise également le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, en ce que la signature présente sur l'arrêté en litige est celle du secrétaire général tandis que les termes de l'arrêté indiquent que le préfet de la Dordogne en est l'auteur,

- les observations de M. A, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Dordogne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turque, déclare être entré sur le territoire français en 2021. Par un arrêté du 25 avril 2024, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 2 octobre 2024, le préfet de la Dordogne l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

3. Pour interdire à M. A le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Dordogne a considéré que lui avait été notifié un arrêté en date du 25 avril 2024, du préfet de la Haute-Garonne, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et que l'intéressée ne démontrait pas avoir déféré à cette mesure d'éloignement dans le délai accordé. Toutefois, M. A conteste avoir reçu notification de ce premier arrêté, et il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute -Garonne a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, aurait été effectivement notifié à l'intéressée, en particulier le 21 mai 2024 comme indiqué par le préfet de la Dordogne dans son mémoire en défense. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, faute pour le préfet de la Dordogne d'apporter la preuve de ce que l'arrêté du 25 avril 2024 édicté par le préfet de la Haute-Garonne a été régulièrement notifié à M. A, il ne peut être reproché au requérant de s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire dont il n'a pas eu connaissance. Ainsi, l'arrêté contesté ne pouvait être légalement fondé sur les dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'un défaut de base légale.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet de la Dordogne lui a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonctions :

5. L'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique pas que le préfet de la Dordogne procède au réexamen de la situation du requérant. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, laquelle devra être versée, à défaut d'aide juridictionnelle, à M. A et non à son conseil.

7. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du préfet de la Dordogne en date du 2 octobre 2024 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Boyancé et au préfet de la Dordogne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

N. ZABKA Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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