Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 octobre 2024, M. A... C..., représenté par Me Maquet, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » et, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser son conseil par l’application combinée des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l’ensemble des décisions attaquées :
- leur signataire est incompétent ;
Sur la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée de vices de procédure au regard des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il n’est pas établi que le médecin instructeur n’a pas siégé au sein du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration avant de prendre une décision et que cet avis aurait été rendu dans le respect de la collégialité ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est privée de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 janvier 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Par une ordonnance du 4 mars 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 18 mars 2025.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d’établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Bouisset, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., ressortissant pakistanais né le 25 mai 1986, déclare être entré sur le territoire français le 27 avril 2017. Le 29 juin 2017, il a sollicité son admission au bénéfice de l’asile. Le 12 décembre 2019, la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) a rejeté sa demande. Le 25 mai 2020, M. C... a fait l’objet d’un arrêté du préfet de la Haute-Garonne, notifié le 27 mai 2020, portant obligation de quitter le territoire français. Le 12 janvier 2021, il a sollicité le réexamen de sa demande d’asile, lequel a été rejeté par la CNDA le 19 janvier 2021. Le 24 septembre 2021, il a fait l’objet d’un nouvel arrêté du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d’une interdiction de retour d’une durée de deux ans. Le 24 octobre 2023, il a sollicité son admission au séjour pour motif humanitaire en raison de son état de santé. Par un arrêté du 6 mai 2024, le préfet de la Haute Garonne a refusé d’admettre M. C... au séjour en l’obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et en fixant le pays de destination.
Sur l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 2 octobre 2024, M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l’aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne l’ensemble des décisions attaquées :
3. L’arrêté attaqué a été signé par Mme B... D..., directrice des migrations et de l’intégration, qui bénéficiait aux termes de l’arrêté du 11 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d’une délégation du préfet de la Haute-Garonne en matière de police des étrangers, à l’effet de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour, les mesures d’éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, notamment les dispositions de l’article L. 425-9, et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de la Haute-Garonne a fait application. L’autorité préfectorale, qui n’avait pas à faire référence à l’ensemble des éléments caractérisant la situation de l’intéressé, y décrit notamment sa situation administrative, sa situation médicale et sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 425-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. /
L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l’intéressé. / (…) ». Aux termes de l’article R. 425-12 du même code : « Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (…). / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. (…) ». L’article R. 425-13 dispose que : « Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / (…) / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ». Enfin, l’article 6 de l’arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d’établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que « (…) L’avis émis à l’issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ».
6. Lorsque l’avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) indique que « Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration émet l’avis suivant », cette mention du caractère collégial de l’avis fait foi jusqu’à preuve du contraire. Il ressort des pièces du dossier que l’avis du collège de médecins de l’OFII du 18 février 2024 concernant M. C... porte la mention « Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration émet l’avis suivant » et a été signé par les trois médecins composant le collège de médecins de l’OFII, dont les identités sont précisées dans l’avis ainsi que dans l’arrêté attaqué. Dès lors, M. C... n’est pas fondé à soutenir qu’il a été privé de la garantie tirée du débat collégial au sein du collège de médecins de l’OFII. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le médecin ayant établi le rapport médical n’a pas siégé au sein de ce collège. Par suite, les moyens tirés d’une délibération non collégiale du collège de médecins et d’une composition irrégulière de ce collège doivent être écartés.
7. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable (…) ».
8. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des stipulations précitées, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C... présente un diabète insuliné de type 2. Dans un avis du 18 février 2024, le collège des médecins de l’OFII a estimé que si l’état de santé de M. C... nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, il peut, toutefois, bénéficier d’un traitement approprié dans son état d’origine, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. Pour contester cette appréciation, M. C... produit un certificat médical établi par un médecin généraliste indiquant que sa pathologie, de découverte récente, nécessite des soins coûteux et sur le long terme, un certificat médical daté du 11 septembre 2024 en langue étrangère, un certificat médical non daté et en langue étrangère émanant d’un médecin établi à Lahore (Pakistan) et deux tickets manuscrits vraisemblablement libellés en monnaie pakistanaise et émanant de pharmacies locales. Ces documents ne sont pas de nature à démontrer l’absence de disponibilité des soins et d’un traitement adapté dans le pays d’origine du requérant. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n’a pas méconnu les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Pour les mêmes motifs, il n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.
10. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
11. En l’espèce, M. C..., qui déclare être entré en France le 27 avril 2017 sans autorisation de séjour et s’est soustrait à deux mesures successives d’éloignement édictées à son encontre en 2020 et 2021, ne fait état d’aucune vie familiale ni intégration sociale ou professionnelle d’une particulière intensité sur le territoire français et ne démontre pas non plus y avoir placé le centre de ses intérêts privés. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n’a pas méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, aucun des moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour n’est fondé. Dès lors, M. C... ne peut valablement soutenir que la décision en litige serait privée de base légale.
13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant M. C... à quitter le territoire français n’est entachée d’aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d’un défaut de base légale doit être écarté.
15. En second lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
16. Dès lors qu’il résulte de ce qui a été exposé au point 9 du présent jugement que le requérant peut effectivement bénéficier d’un traitement et d’un suivi appropriés à son état de santé dans son pays d’origine, celui-ci n’est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi le soumettrait, en ayant pour effet de le priver de soins appropriés, à des traitements prohibés par l’article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 6 mai 2024.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’injonction sous astreinte de M. C... doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les conclusions de M. C... présentées sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées, l’Etat n’étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire présentée par M. C....
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C... est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C..., à Me Maquet et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 19 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
Mme Bouisset, première conseillère,
Mme Lequeux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026.
Le président,
P. GRIMAUD
La rapporteure,
K. BOUISSET
La greffière,
M.-E. LATIF
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,