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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406893

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406893

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 13 et 21 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 7 novembre 2024 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert aux autorités polonaises et l'a assignée à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme par la seule application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :

- il est entaché d'un défaut de motivation en fait ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé lié par la seule circonstance que sa demande d'asile semblait relever de la compétence des autorités polonaises ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 ;

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est dépourvu de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités polonaises ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne justifie pas de perspectives raisonnables d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604 '/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Cuny, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuny,

- les observations de Me Mercier, représentant Mme B, absente, qui conclut aux mêmes fins, qui soulève deux moyens nouveaux à l'encontre de la décision portant transfert aux autorités polonaise tirés de l'absence des empreintes de la main gauche sur le relevé Eurodac lors de la prise d'empreinte effectuée en Pologne et de la méconnaissance des dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 603/2013 dès lors que les autorités polonaises n'ont pas véritablement donné leur accord pour reprendre en charge Mme B et qui insiste sur la situation difficile dans laquelle se trouve les demandeurs d'asile en Pologne,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante soudanaise, née le 15 octobre 2004 à Zalingei (Soudan), déclare être entrée sur le territoire français le 3 octobre 2024. Le 11 octobre 2024, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile à la préfecture de Haute-Garonne, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'elle avait déposé une demande d'asile en Pologne le

11 août 2024. Le 20 octobre 2024, les autorités polonaises, saisies le 17 octobre 2024 d'une demande de reprise en charge, ont fait connaître leur accord explicite. Par deux arrêtés du

7 novembre 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert de l'intéressée aux autorités polonaises et l'a assignée à résidence.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

4. L'arrêté prononçant le transfert de Mme B aux autorités polonaises vise les règlements n° 603/2013 et n° 604/2013 du 26 juin 2013, relève le caractère irrégulier de l'entrée en France de Mme B, rappelle le déroulement de la procédure suivie lorsqu'il s'est présenté devant le service de la préfecture de Haute-Garonne et précise que la consultation du fichier Eurodac a montré qu'elle était connue des autorités polonaises auprès desquelles elle avait sollicité l'asile le 11 août 2024. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : / a) des objectifs du présent règlement () / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ".

6. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement précité doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au premier paragraphe de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue une garantie pour le demandeur d'asile.

7. Il ressort des pièces produites en défense que Mme B s'est vue remettre contre signature, le 11 octobre 2024, jour de l'enregistrement de sa demande d'asile, la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Ces brochures, incluant l'ensemble des informations nécessaires aux demandeurs d'asile, lui ont été remises en langue arabe et traduites oralement par le truchement d'un interprète en langue arabe, langue que la requérante a déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Entretien individuel : 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / 2. () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

9. Il ressort des pièces du dossier que l'entretien individuel de Mme B a été mené en français par le biais d'un interprète en langue arabe de l'AFTCOM, langue qu'elle a déclaré comprendre, par un agent de la préfecture de la Haute-Garonne qui doit être regardée comme une personne qualifiée au sens des dispositions précitées au regard des mentions précises du

compte-rendu et antérieurement à l'adoption de l'arrêté décidant son transfert aux autorités polonaises. Par ailleurs, aucun élément ne permet de considérer que cet entretien n'aurait pas été conduit dans des conditions en garantissant la confidentialité. Enfin, il n'est pas sérieusement contesté que le compte-rendu d'entretien contienne les principales informations fournies par Mme B au cours de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de la requérante et se serait estimé en situation de compétence liée en raison de l'existence d'une demande d'asile déposée par Mme B en Pologne. Par suite, les moyens soulevés à cet égard doivent être écartés.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement UE n° 603/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Chaque État membre relève sans tarder l'empreinte digitale de tous les doigts de chaque demandeur d'une protection internationale âgé de 14 ans au moins et la transmet au système central dès que possible et au plus tard 72 heures suivant l'introduction de la demande de protection internationale telle que définie à l'article 20, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, accompagnée des données visées à l'article 11, points b) à g) du présent règlement. () 3. Les données dactyloscopiques au sens de l'article 11, point a), qui sont transmises par un État membre () sont comparées automatiquement avec les données dactyloscopiques transmises par d'autres États membres qui sont déjà conservées dans le système central. ". Aux termes de l'article 25 du même règlement : " 1. Les États membres assurent la transmission de données dactyloscopiques d'une qualité appropriée aux fins d'une comparaison par le système informatisé de reconnaissance des empreintes digitales. Dans la mesure où cela est nécessaire pour garantir un degré d'exactitude très élevé des résultats de la comparaison effectuée par le système central, l'agence définit ce qui, pour les données dactyloscopiques transmises, constitue le niveau de qualité approprié. Le système central vérifie dès que possible la qualité des données dactyloscopiques transmises. Si les données dactyloscopiques ne se prêtent pas à des comparaisons au moyen du système informatisé de reconnaissance des empreintes digitales, le système central en informe l'État membre concerné. Ledit État membre transmet alors des données dactyloscopiques d'une qualité appropriée en utilisant le même numéro de référence que pour le précédent ensemble de données dactyloscopiques. () 4. Le résultat de la comparaison est immédiatement vérifié dans l'État membre de réception par un expert en empreintes digitales au sens de ses règles nationales, qui est spécialement formé pour effectuer les types de comparaison d'empreintes digitales prévus dans le présent règlement. () ".

12. Si Mme B soutient qu'il n'est pas établi que la Pologne soit responsable de l'examen de sa demande d'asile dès lors que la fiche décadactylaire EURODAC émise par la Pologne est incomplète et ne permet ainsi pas d'effectuer une comparaison fiable avec les empreintes relevée par le préfet de la Haute-Garonne, il n'est pas contesté que, d'une part, les données dactyloscopiques transmises par la Pologne au système central étaient d'une qualité appropriée pour se prêter à la comparaison au moyen du système informatisé de reconnaissance des empreintes digitales et que, d'autre part, le résultat de la comparaison a été vérifié par un expert en empreinte digitale qui a confirmé que les empreintes relevées en Pologne étaient identiques à celles de Mme B. Dans ces conditions, la seule circonstance que le relevé d'empreinte effectué en Pologne ne comporte pas les quatre doigts pris simultanément de la main gauche ne permet pas de remettre sérieusement en cause les résultats de comparaison. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a entaché son arrêté d'aucune erreur de droit en considérant la Pologne comme responsable de l'examen de la demande d'asile de Mme B.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 26 du règlement (UE) n° 603/2013 : " Lorsque l'État membre requis accepte la prise en charge ou la reprise en charge d'un demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), l'État membre requérant notifie à la personne concernée la décision de le transférer vers l'État membre responsable et, le cas échéant, la décision de ne pas examiner sa demande de protection internationale. "

14. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier du 22 octobre 2024 adressé par les autorités polonaises à la section Dublin de la Direction générale des étrangers en France, que la Pologne a, le 20 octobre 2024, donné son accord pour reprendre en charge Mme B. S'il ressort des mentions portées à ce courrier que la Pologne a demandé aux autorités françaises, avant d'exécuter le transfert, de s'assurer que l'Allemagne ne soit pas devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des décisions C-323-325/21 rendue par la Cour de justice de l'Union européenne, cette seule circonstance ne permet pas donner un caractère conditionnel à l'accord des autorités polonaises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 25 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

15. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. (). ".

16. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection a été introduite dans un Etat membre autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre, l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

17. Mme B soutient qu'elle présente un état de vulnérabilité en raison de sa qualité de demandeur d'asile, que plusieurs membres de sa famille sont en France et que son transfert vers la Pologne risque de l'exposer à des mauvais traitements. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la consultation de prévention conduite par le service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 21 octobre 2024, que Mme B n'a fait état d'aucune pathologie particulière. En outre, lors de son entretien individuel, elle a déclaré n'avoir aucun membre de sa famille sur le territoire français et n'établit pas le contraire. Enfin, la production de plusieurs articles de presse relatif à une déclaration faite par le Premier ministre polonais à propos de son souhait de suspendre les demandes d'asile aux frontières ne permet ni d'établir qu'il existerait en Pologne des défaillances systémiques, ni de considérer qu'elle serait exposée à des mauvais traitements dans cet Etat membre. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la

Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

18. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et précise notamment que Mme B fait l'objet d'une décision de transfert aux autorités polonaises dont l'exécution demeure une perspective raisonnable dès lors que l'accord de reprise en charge donné par les autorités polonaises le 22 octobre 2024 est valable durant six mois. Par suite, il est suffisamment motivé.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que doit être écarté le moyen invoqué par Mme B tiré de ce que l'arrêté portant assignation à résidence devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté décidant son transfert aux autorités polonaises.

20. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".

21. Si Mme B soutient que le préfet de la Haute-Garonne ne justifie pas que l'exécution de l'arrêté transfert demeure une perspective raisonnable, l'accord de reprise en charge donné par les autorités polonaises le 22 octobre 2024 est valable durant six mois. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne a pu légalement considérer que l'exécution de la mesure d'éloignement demeurait une perspective raisonnable.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du 7 novembre 2024 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert aux autorités polonaises et l'a assignée à résidence. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La magistrate désignée,

L. CUNY La greffière,

V. BRIDET

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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