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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2406956

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2406956

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2406956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAMARI-DE-BEAUFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 14 et 22 novembre 2024, Mme C A, représentée par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 novembre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

-la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

-elle est entachée d'un défaut sérieux de sa situation personnelle ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'elle comprend ;

-elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Cuny, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuny,

- les observations de Mme A, assistée de Mme B, interprète en langue anglaise, qui répond aux questions de la magistrate désignée,

- Me Amari de Beaufort et l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante polonaise née le 1 novembre 1995 à Olesmo (Pologne), déclare être entrée sur le territoire français le 6 août 2024. Elle a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 7 novembre 2024. Par une décision du même jour, dont l'annulation est demandée, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article 3-1 de la directive 2013/33/UE et indique qu'en tant que ressortissante de l'Union européenne, Mme A ne peut bénéficier des conditions matérielles d'accueil dès lors qu'elles sont réservées aux ressortissants de pays tiers. Par suite, la décision, qui expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la directive 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. La présente directive s'applique à tous les ressortissants de pays tiers et apatrides qui présentent une demande de protection internationale sur le territoire d'un État membre, y compris à la frontière, dans les eaux territoriales ou les zones de transit, tant qu'ils sont autorisés à demeurer sur le territoire en qualité de demandeurs, ainsi qu'aux membres de leur famille, s'ils sont couverts par cette demande de protection internationale

conformément au droit national () ". Aux termes de l'article 4 de la même directive : " Les États membres peuvent adopter ou maintenir des dispositions plus favorables en matière de conditions d'accueil des demandeurs et des parents proches du demandeur qui se trouvent dans le même État membre, lorsqu'ils dépendent de lui, ou pour des raisons humanitaires, dans la mesure où ces dispositions sont compatibles avec la présente directive ". Aux termes de l'article L. 550-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions d'accueil, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dont bénéficient les demandeurs d'asile sont fixées par les dispositions du présent titre ". Aux termes de l'article

L. 550-3 du même code : " Conformément à l'article L. 240-1, les dispositions du présent titre sont applicables aux étrangers non citoyens de l'Union européenne dont la situation est régie par le livre II ". Enfin, l'article L. 240-1 du même code précise que les dispositions du titre V du livre V relatives aux conditions d'accueil des demandeurs d'asile ne sont pas applicables aux citoyens de l'Union européenne.

7. Il est constant que Mme A, de nationalité polonaise, est une ressortissante d'un Etat membre de l'Union européenne et n'entre pas dans le champ d'application de la directive 26 juin 2013, à laquelle renvoie expressément l'article L. 550-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article L. 550-3 de ce code, qui ne s'appliquent qu'aux ressortissants de pays tiers. Par suite, elle ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 551-9 et L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes de 1'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de 1'Union européenne : " La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée ". Le respect de la dignité humaine, au sens de cet article, exige qu'une personne dont la demande d'asile a été enregistrée par la France ne se trouve pas dans une situation de dénuement matériel extrême qui ne lui permettrait pas de faire face à ses besoins les plus élémentaires, tels que ceux de se loger, de se nourrir, de se vêtir et de se laver.

9. Si la requérante soutient que le refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile porte atteinte à son droit au respect de la dignité humaine, il ne découle pas des dispositions de 1'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de 1'Union européenne que ces conditions matérielles d'accueil doivent être accordées à un demandeur qui, en tant que citoyen de l'Union européenne, n'entre pas dans le champ d'application de la directive du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, mais dispose du droit de séjourner en France et d'y exercer une activité professionnelle dans les conditions prévues aux articles L. 231-2 et

L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième et dernier lieu, Mme A, qui n'apporte pas d'éléments suffisants pour démontrer qu'elle se trouverait dans une situation de dénuement extrême et qu'elle souffrirait de troubles psychologiques, n'est pas fondée à soutenir que l'OFII aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 novembre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à

Me Amari de Beaufort et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La magistrate désignée,

L.CUNYLe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2406956

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