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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2407039

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2407039

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2407039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 19 et 20 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme par la seule application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est de nature à emporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2024, le préfet de l'Aube, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Cuny, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et

L 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuny,

- les observations de Me Canadas, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève un moyen nouveau, concernant les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français, tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant,

- les observations de M. A, qui répond aux questions de la magistrate désignée,

- le préfet de l'Aube n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, né le 22 mai 1974 à Bamako (Mali), déclare être entré en France en 1991. Par un arrêté du 15 novembre 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de cinq ans.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 11 novembre 2024, publié le même jour au recueil n° 165 des actes administratifs de la préfecture de l'Aube, le préfet de l'Aube a donné délégation à M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture de l'Aube, pour signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Aube. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée, ni des pièces du dossier, que le préfet de l'Aube n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle et familiale de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Si M. A fait valoir qu'il justifie de nombreuses années de présence régulière sur le territoire français, où résident sa mère, de nationalité française, et ses deux sœurs, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport du service pénitentiaire d'insertion et de probation du 15 novembre 2024, qu'il n'entretient plus de lien avec sa mère. Il ne démontre pas davantage la réalité, la stabilité et l'intensité de ses liens avec ses deux sœurs. En outre, la seule production d'une attestation de bénévolat du Secours Catholique du 30 juin 2023 et de bulletins de salaire émis en 2019 et 2020 faisant état d'une activité professionnelle ponctuelle ne permettent pas de considérer que M. A justifie d'une insertion socio-professionnelle d'une intensité particulière sur le territoire français. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et notamment du bulletin numéro 2 produit par le préfet de l'Aube, que M. A a été condamné à trente-sept reprises, principalement pour des faits de vols et de violences entre 1991 et 2023, pour un quantum de peine de seize ans et six mois. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait de nature à emporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle doit être également écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations à raison des risques auxquels M. A serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'emporte pas, par elle-même, le retour de l'intéressée au Mali. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que doit être écarté le moyen invoqué par M. A tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.

11. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet méconnu l'étendue de sa compétence en n'accordant pas à M. A un délai de départ volontaire et n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle et familiale du requérant. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

13. Si M. A soutient qu'aucun élément ne permet de démontrer le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire prise par le préfet de l'Aube dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustraite, il ressort des termes de la décision attaquée que l'autorité préfectoral s'est fondée sur les circonstances que le requérant, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne présente pas de garantie de représentation suffisante. Par suite, et en l'absence de circonstances particulières, M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et, notamment, des motifs de fait énoncés au point 7, qu'en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de l'Aube ait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

15. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que doit être écarté le moyen invoqué par

M. A tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que doit être écarté le moyen invoqué par M. A tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.

17. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle et familiale du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle doit être écarté.

18. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et, notamment, des motifs de fait énoncés au point 7, qu'en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans à l'encontre de M. A, le préfet de l'Aube aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

19. Il résulte de ce qui précède que A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée de cinq ans. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Canadas et au préfet de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

La magistrate désignée,

L. CUNY Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de l'Aube, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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