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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2407110

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2407110

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2407110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUBOUL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 22 et 29 novembre 2024, sous le n°2407110, M. B C, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Aveyron a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme par la seule application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est privé de base légale en raison de l'illégalité des décisions du

6 août 2024 par lesquelles le préfet de l'Aveyron a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, et à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 22 et 29 novembre 2024, sous le n°2407114, Mme A D, représentée par Me Touboul, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Aveyron a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme par la seule application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est privé de base légale en raison de l'illégalité des décisions du

6 août 2024 par lesquelles le préfet de l'Aveyron a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, et à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Cuny, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuny,

- les observations Me Touboul, représentant Mme D et M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et souligne que les éléments produits par le préfet de l'Aveyron ne permettent pas de regarder les requêtes comme tardives,

- les observations de Mme D et M. C, qui répondent aux questions de la magistrat désignée,

- le préfet de l'Aveyron n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D et M. C, ressortissants algériens nés respectivement le 5 mai 1970 à Mazouna (Algérie) et le 22 décembre 1967 à Relizane (Algérie), déclarent être entrés sur le territoire français le 25 juillet 2015. Leur demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 février 2017 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 19 juin 2017. Par un arrêté du 21 janvier 2019, le préfet de l'Aveyron a rejeté la demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade présentée par M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par deux arrêtés du 6 août 2024, le préfet de l'Aveyron a rejeté leur demande d'admission exceptionnelle au séjour, les a obligés à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et les a interdits de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Par deux arrêtés du même jour, Mme D et M. C ont été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Cette mesure a été renouvelée pour la première fois le 17 septembre 2024. Par des arrêtés du 6 novembre 2024, dont l'annulation est demandée, le préfet de l'Aveyron a renouvelé leur assignation à résidence.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2407110 et 2407114 présentées par Mme D et M. C présentent à juger des questions semblables. Dès lors, il y a eu lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

4. Aux termes de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1o, 2o, 3o, 4o ou 5o de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. " Aux termes de l'article L. 921-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. " Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

5. Il ressort des pièces du dossier que par un courriel du 6 novembre 2024 le bureau de l'immigration et de la nationalité de la préfecture de l'Aveyron a demandé au commissariat de Rodez, où Mme D et M. C devaient se présenter chaque mardi et jeudi, entre 10h et 12h en exécution de l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Aveyron a renouvelé leur assignation à résidence, de notifier les arrêtés litigieux le jeudi 7 novembre 2024 lors de leur venue au sein de leur service pour le pointage, de faire parapher chaque page des documents par les intéressés et par l'officier de police judiciaire notificateur puis de les leur retourner par mail une fois la notification réalisée. En réponse, par un courriel du 7 novembre 2024, envoyé à 15h16, soit postérieurement à la présentation des requérants au commissariat, ce dernier a adressé deux pièces jointes nommées au nom des requérants accompagnées de la mention " en retour ". En outre, il ressort également des pièces du dossier que les décisions attaquées produites par les requérants comportent la signature des requérants ainsi que celle de l'officier de police judiciaire notificateur, conformément aux indications données par la préfecture de l'Aveyron au commissariat de Rodez. Dans ces conditions, il est établi que Mme D et M. C ont reçu le 7 novembre 2024 notification des arrêtés du 6 novembre 2024 par lesquels le préfet de l'Aveyron a renouvelé leur assignation à résidence prise en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour une durée de quarante-cinq jours, et que cette notification mentionnait les délais et voies de recours ouverts à l'encontre de ces arrêtés. Les requêtes de Mme D et M. C n'ont été enregistrées au greffe du tribunal que le 22 novembre 2024. Ainsi, elles ont été présentées tardivement et ne sont, par suite, pas recevables.

6. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de Mme D et M. C doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D et M. C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. B C, à Me Touboul et au préfet de l'Aveyron.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La magistrate désignée,

L. CUNY Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2407110, 2407114

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