Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 janvier, 28 mai et 5 juin 2025, M. B... A..., représenté par Me Jaidane, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 26 décembre 2024 du préfet de la Haute-Garonne portant refus d’admission exceptionnelle au séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d’enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familial » ou « salarié » ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le refus de l’admettre au séjour contesté est entaché de défaut de motivation et de contradiction de motifs qui révèlent que le préfet de la Haute-Garonne s’est à tort cru en situation de compétence liée dès lors que ce préfet a refusé de faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser sa situation au motif que les conditions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’accord franco-marocain du 17 mars 1988 n’étaient pas satisfaites ; il satisfait aux conditions fixées par l’article 5 de l’accord de Schengen du 14 juin 1985 et relève des dispositions du règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil dès lors qu’il est entré sur le territoire français par avion, en provenance d’Athènes, et s’est présenté à la douane de l’aéroport de Paris le 7 décembre 2018 ;
- il est entachée de défaut de motivation au regard de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988, le préfet s’étant abstenu d’examiner sa demande au regard de ces dispositions ;
- il est entaché d’erreur de droit dès lors que, étant bénéficiaire d’un récépissé valant autorisation de travail, il n’était pas requis que son contrat de travail soit visé par l’administration du travail pour bénéficier des stipulations de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ; ces stipulations ne s’opposent d’ailleurs pas à ce que sa demande soit examinée au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît l’article L. 435-4 du même code dès lors que le métier d’employé de restauration figure parmi les métiers en tension, qu’il est présent en France depuis sept années, dont trois interrompues, et y travaille, à temps complet, depuis plus de deux ans ; il a accompli des études supérieures en France, respecte les valeurs et principes de la République, n’est pas connu des services de police et de la justice, ne représente pas une menace pour l’ordre public et n’est pas en état de polygamie ; son épouse exerce également une activité professionnelle et participe au financement des besoins du foyer ;
- il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il justifie d’une qualification reconnue par l’entreprise qui l’a recruté, et que son employeur est satisfait de la qualité de son travail ; le secteur de l’hôtellerie, dans lequel il travaille depuis son recrutement le 8 avril 2024, éprouve des difficultés de recrutement, reconnues par Pôle emploi ; il déclare ses revenus et paie ses cotisations sociales ; le récépissé de dépôt d’une demande de titre de séjour lui a été délivré afin qu’il exerce un métier en tension ; le préfet de la Haute-Garonne aurait dû examiner sa demande au regard de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dont il satisfait les conditions ;
- il méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’il est marié à une ressortissante tunisienne présente de manière régulière sur le territoire français avec laquelle il a l’intention de fonder une famille, que sa tante, son oncle et ses cousins qui résident en France ont la nationalité française, qu’il fait des efforts d’intégration sur le territoire français où il travaille, a un domicile stable, et en respectant les valeurs de la République.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- M. A... n’établit pas avoir souscrit la déclaration obligatoire prévue par l’article 22 de la convention d’application de l’accord de Schengen du 19 juin 1990 auprès des autorités françaises ; dès lors, il doit être regardé comme étant entré en France de manière irrégulière ;
- il n’établit pas avoir séjourné en France de manière régulière à compter de son arrivée sur le territoire ;
- les dispositions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne sont pas applicables aux ressortissants tunisiens ;
- M. A... ne satisfait pas aux conditions fixées par l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988, dès lors qu’il ne dispose ni d’un visa de long séjour, ni d’un contrat de travail visé par les services compétents ;
- le métier de réceptionniste en hôtellerie ne figure pas sur la liste des métiers en tension en région Occitanie définie par arrêté du 1er avril 2024 ;
- le moyen tiré d’une méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est infondé dès lors que, hormis son épouse, M. A... ne se prévaut d’aucune attache ancienne, intense et stable sur le territoire français.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 11 juin 2025.
Par ordonnance du 7 février 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 7 juin 2025 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Lejeune a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. A..., né le 22 avril 1994 à Le Kef (Tunisie) et de nationalité tunisienne, déclare être entré en France le 7 décembre 2018, muni d’un passeport tunisien revêtu d’un visa de long séjour valable du 13 septembre 2018 au 12 décembre 2018. Le 18 octobre 2024, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en France au titre des métiers en tension. L’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’étant pas applicable aux ressortissants tunisiens, le préfet de la Haute-Garonne a examiné l’opportunité d’une mesure de régularisation en qualité de salarié et au titre des métiers en tension. Par arrêté du 26 décembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d’admission exceptionnelle au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de renvoi. M. A... conteste cet arrêté devant le présent tribunal.
Sur la légalité de l’arrêté contesté :
En ce qui concerne la légalité externe :
Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 de ce code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. »
En l’espèce, l’arrêté attaqué se réfère aux stipulations et dispositions applicables et notamment celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail, et en particulier l’article 3 de cet accord, et du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi qu’à la faculté dont dispose le préfet de prendre, à titre gracieux et exceptionnel, une mesure favorable à l’intéressé pour régulariser sa situation. Les motifs de cet arrêté résument la situation de M. A... et précisent les éléments qui fondent les décisions prises. Dès lors, l’arrêté contesté est suffisamment motivé.
En ce qui concerne la légalité interne :
Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. » Aux termes de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” d'une durée d'un an. / Les périodes de séjour et l'activité professionnelle salariée exercée sous couvert des documents de séjour mentionnés aux articles L. 421-34, L. 422-1 et L. 521-7 ne sont pas prises en compte pour l'obtention d'une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” mentionnée au premier alinéa du présent article. / Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412-7. / L'étranger ne peut se voir délivrer la carte de séjour temporaire sur le fondement du premier alinéa du présent article s'il a fait l'objet d'une condamnation, d'une incapacité ou d'une déchéance mentionnée au bulletin n° 2 du casier judiciaire. / Par dérogation à l'article L. 421-1, lorsque la réalité de l'activité de l'étranger a été vérifiée conformément au troisième alinéa de l'article L. 5221-5 du code du travail, la délivrance de cette carte entraîne celle de l'autorisation de travail mentionnée à l'article L. 5221-2 du même code, matérialisée par un document sécurisé. / La condition prévue à l'article L. 412-1 du présent code n'est pas opposable. »
Aux termes de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention « salarié ». L’article 2.3.3 de l’accord cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire, du protocole relatif à la gestion concertée des migrations (ensemble deux annexes) et du protocole en matière de développement solidaire (ensemble trois annexes) entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signés à Tunis le 28 avril 2008, stipule que : « Le titre de séjour portant la mention « salarié », prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'Accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent Protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi. Cette liste peut être modifiée par échange de lettres entre les deux Parties. ». L’annexe 1 de l’accord précitée précise la liste des métiers ouverts aux ressortissants tunisiens.
Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-4 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Toutefois, les stipulations de cet accord n’interdisent pas au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation d’un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d’un titre de séjour en qualité de salarié
En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A... a présenté une demande d’admission exceptionnelle au séjour au titre des métiers en tension qui relève des dispositions de l’article L. 435-4 précité du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Toutefois, ainsi qu’il a été dit au point précédent, ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants tunisiens. Dès lors, c’est sans commettre d’erreur de droit, ni entacher son arrêté de contradiction de motifs, que le préfet de la Haute-Garonne a pu, dans l’exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, examiner la demande de M. A... au regard du travail, sur le fondement de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et au titre des métiers en tension. Par ailleurs, il ne ressort pas de la motivation de l’arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne se serait cru en situation de compétence liée pour décider de rejeter la demande de M. A.... Ce moyen est donc écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 19 de la convention d’application de l’accord de Schengen du 19 juin 1990 : « Les étrangers titulaires d’un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l’une des Parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l’ensemble des Parties contractantes pendant la durée de validité du visa, pour autant qu’ils remplissent les conditions d’entrées visées à l’article 5, paragraphe 1, points a), c), d) et e). / (…) 4. Les dispositions du présent article s’appliquent sans préjudice des dispositions de l’article 22. » Aux termes de l’article 22 de cette convention : « 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d’une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l’entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l’entrée, à l’intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent. / 2. Les étrangers résident sur le territoire de l’une des Parties contractantes et qui se rendent sur le territoire d’une autre Partie contractante sont astreints à l’obligation de déclaration visée au paragraphe 1. / 3. Chaque Partie contractante arrête les exceptions aux dispositions des paragraphes 1 et 2 et les communique au Comité exécutif. »
Aux termes de l’article R. 621-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. / Les modalités d'application du présent article, et notamment les mentions de la déclaration et son lieu de souscription, sont fixées par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'immigration ». Aux termes de l’article R. 621-3 de ce code : « La production du récépissé mentionné au premier alinéa de l'article R. 621-2 permet à l'étranger soumis à l'obligation de déclaration de justifier, à toute réquisition d'une autorité compétente, qu'il a satisfait à cette obligation ». Aux termes de l’article R. 621-4 du même code : « N'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° N'est pas soumis à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois ; / 2° Est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ; toutefois un arrêté du ministre chargé de l'immigration peut désigner les étrangers titulaires d'un tel titre qui demeurent astreints à la déclaration d'entrée ».
En l’espèce, M. A... soutient qu’il est régulièrement entré sur le territoire français dès lors qu’à son arrivée sur le territoire français, le 7 décembre 2018 à l’aéroport de Paris en provenance d’Athènes, il s’est présenté à la douane de l’aéroport. Toutefois, en se bornant à produire un billet d’avion comportant cette date, le requérant ne démontre pas qu’il a effectivement souscrit la déclaration d’entrée sur le territoire français prévue par l’article R. 621-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et qu’il se serait vu remettre le récépissé prévu par ces mêmes dispositions. Dès lors, le préfet de la Haute-Garonne n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en retenant que M. A... n’est pas entré de manière régulière sur le territoire français.
En troisième lieu, aux termes de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / Le récépissé n'est pas remis au demandeur d'asile titulaire d'une attestation de demande d'asile. »
En l’espèce, M. A... a déposé sa demande d’admission exceptionnelle au séjour le 17 janvier 2025 et s’est vu délivrer un récépissé l’autorisant à travailler. La détention d’un tel récépissé, qui a pour effet de permettre à l’intéressé de se maintenir régulièrement sur le territoire français et d’y travailler le temps que sa demande de titre de séjour soit instruite par les services préfectoraux, ne le dispense pas de satisfaire aux conditions de délivrance du titre de séjour qu’il sollicite. Dès lors, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le récépissé de dépôt d’une demande de titre de séjour dont il était détenteur jusqu’à l’émission de l’acte attaqué le dispensait de satisfaire à la condition tenant à la détention d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes fixée par l’article 3 précité de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988.
En quatrième lieu, il ressort du formulaire de demande d’admission exceptionnelle au séjour au titre des métiers en tension rempli par M. A... qu’il s’est prévalu de son embauche en « réception en hôtellerie (nuit) » au sein de la société TSH Toulouse « The Social Hub » en indiquant « G1703 » comme code « ROME » (Répertoire opérationnel des métiers et de l’emploi). Pour sa part, le préfet de la Haute-Garonne produit la liste des métiers en tension en région Occitanie, fixée par arrêté ministériel du 1er mars 2024 applicable à la date de la décision attaquée. Les métiers de l’hôtellerie ne figurent pas sur cette liste. Dès lors, M. A... n’est pas fondé à soutenir qu’il exerce un métier en tension en région Occitanie, l’inquiétude de certains professionnels du secteur étant sans incidence sur ce point. Le requérant n’a en outre pas présenté sa demande de titre de séjour en tant qu’employé en restauration, de sorte que la circonstance que cette profession serait désormais classée parmi la liste des métiers en tension est sans incidence sur la légalité de l’arrêté attaqué. Enfin, si le requérant soutient qu’il est présent en France depuis sept années, y a accompli ses études et y travaille depuis deux ans, qu’il respecte les valeurs de la République, n’est pas en état de polygamie et ne représente pas une menace à l’ordre public, de tels éléments sont inopérants à l’appui du présent moyen, qui est dès lors écarté.
En cinquième lieu, M. A... a, depuis le mois d’octobre 2022, successivement exercé les fonctions d’« agent logistique polyvalent », du mois d’octobre 2022 au mois de février 2023, « responsable info gérance et développement info » du mois de mars au mois de novembre 2023 et, depuis le 8 avril 2024, « comminty host » dans le secteur de l’hôtellerie. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A... disposerait d’une qualification particulière dans le domaine de l’hôtellerie, et la circonstance que son employeur, qui l’a recruté au mois d’avril 2024, serait satisfait de son travail est sans incidence sur ce point. Par ailleurs, ainsi qu’il a été dit au point 12 du présent jugement, le récépissé de dépôt de demande de titre de séjour qui a été remis à M. A... le 17 janvier 2025 n’avait pas pour objet de lui permettre d’exercer un métier en tension, mais seulement de garantir la régularité de son séjour sur le territoire français le temps de l’instruction de sa demande. Dès lors, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’obtention de ce récépissé démontrerait la reconnaissance par l’administration d’une qualification ou des compétences particulières dans le domaine de l’hôtellerie.
En sixième lieu, M. A..., présent en France depuis le 7 décembre 2018, soutient, sans l’établir, qu’il a réalisé ses études sur le territoire français mais ne démontre pas une insertion professionnelle particulière. M. A... est marié à une ressortissante tunisienne depuis le 8 juillet 2023, qui se trouve en situation régulière sur le territoire français et qui y travaille. Toutefois, si M. A... soutient qu’il nourrit avec son épouse un projet familial, que sa tante, son oncle et ses cousins sont de nationalité française et présents sur le territoire et qu’il respecte les valeurs de la République française, il n’apporte aucun élément propre à démontrer que le préfet de la Haute-Garonne aurait, en refusant de l’admettre au séjour, commis une erreur manifeste d’appréciation et porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Ce moyen est donc écarté.
En dernier lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / (…) ». Aux termes de l’article L. 421-1 de ce code : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an.
La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail.
Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. »
A supposer même que ces dispositions soient applicables à la situation de M. A..., ressortissant tunisien, le requérant ne démontre pas qu’il satisfait aux conditions qu’elles fixent pour la délivrance d’un titre de séjour. Dès lors, les moyens tirés de ce qu’il satisfait aux conditions de délivrance des titres de séjours prévus aux articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sont écartés.
Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à solliciter l’annulation de l’arrêté qu’il conteste. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d’annulation de cet arrêté sont rejetées, ainsi que celles présentées à fin d’injonction.
Sur les frais de l’instance :
L’Etat n’étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n’y a pas lieu de mettre une somme à sa charge au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.B...e A... et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 26 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Clen, président,
Mme Cuny, conseillère,
Mme Lejeune, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026.
La rapporteure,
A. LEJEUNE
Le président,
CLEN
La greffière,
F. SOLANA
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,