Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2502754 les 18 avril, 18 mai, 29 juin, 9 octobre et 4 et 7 novembre 2025, ces deux derniers n’ayant pas été communiqués, M. E... B..., représenté par Me Chambaret, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 28 mars 2025 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 9 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 novembre 2025.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2502755 les 18 avril, 18 mai, 29 juin, 9 octobre et 4 novembre 2025, ce dernier n’ayant pas été communiqué, Mme C... G... A... épouse B..., représentée par Me Chambaret, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 28 mars 2025 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 9 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 novembre 2025.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme D...,
- et les observations de Me Chambaret, représentant M. B..., présent, et Mme A... épouse B....
Considérant ce qui suit :
M. B... et Mme A... épouse B..., ressortissants algériens nés, respectivement, les 30 décembre 1983 et 10 juin 1986 à Sidi Bel Abbes (Algérie), déclarent être entrés en France le 15 août 2019. Ils ont formé des demandes d’asile le 30 août 2019, le relevé de leurs empreintes décadactylaires ayant toutefois permis de déterminer que ces demandes de protection relevaient de la responsabilité des autorités espagnoles. Le 27 mai 2024, ils ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour. Par deux décisions du 28 mars 2025, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté ces demandes. Par leurs requêtes, M. et Mme B... demandent au tribunal d’annuler ces décisions.
Sur la jonction :
Les requêtes nos 2502754 et 2502755 concernent un couple et présentent à juger les mêmes questions. Il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, les décisions attaquées indiquent que les demandes d’admission au séjour des requérants ont été examinées sur le fondement des stipulations des articles 6 (5°) et 7 (b) de l’accord franco-algérien, s’agissant de M. B..., et du seul article 6 (5°) du même accord, s’agissant de Mme A... épouse B.... Ces décisions énoncent ensuite, pour chacun des requérants, les conditions de son entrée et de son séjour en France, les éléments de sa situation familiale portés à la connaissance du préfet, s’agissant notamment de la présence de son conjoint et de leurs trois enfants sur le territoire national et des attaches familiales conservées en Algérie, ainsi que les éléments d’insertion dans la société française dont il a été fait état à l’appui de la demande. Ces décisions énoncent enfin, s’agissant de M. B..., le motif pour lequel l’autorisation de travail et la promesse d’embauche qu’il a produites ne permettent pas à elles seules que lui soit délivré un titre de séjour en qualité de salarié et, s’agissant de Mme A... H... B..., l’absence de tout élément permettant de justifier d’une perspective réelle et sérieuse d’insertion professionnelle. Alors que le préfet n’était pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation des requérants, les décisions en litige, qui comportent l’ensemble des considérations de fait et de droit sur lesquelles il s’est fondé, sont ainsi suffisamment motivées. La circonstance que le préfet n’aurait pas mentionné tous les textes nationaux et internationaux susceptibles de se rapporter à la situation de M. et Mme B..., s’agissant notamment des stipulations des articles 9 de l’accord franco-algérien, 3 §1, de la convention de New York et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales n’est, par ailleurs, pas de nature à révéler un défaut d’examen réel et sérieux de la situation des requérants, dès lors qu’il ressort de la motivation des deux décisions en litige que le préfet a pris en considération les éléments pertinents caractérisant leur situation personnelle, familiale et professionnelle, de nature à justifier ces décisions.
En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. » Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées, de protections sociales, des tribunaux, ou des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. » Il résulte de ces stipulations que dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d’enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d’affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme B... ont trois enfants nés, le premier en Algérie le 12 décembre 2013, le deuxième en Espagne, le 7 novembre 2018, et le troisième en France, à Toulouse, le 8 janvier 2020. A la date de la décision attaquée, l’aîné était scolarisé en classe de sixième, la cadette en cours préparatoire de l’école élémentaire et le benjamin en moyenne section de maternelle. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que leur fille a été brûlée au deuxième degré sur 16 % de la surface corporelle, le 10 avril 2023, à l’occasion d’un accident domestique. A la date des décisions attaquées, elle présentait encore des séquelles de ces brûlures, sans toutefois présenter de limitation fonctionnelle, un médecin du service de chirurgie pédiatrique viscérale du centre hospitalier universitaire de Toulouse attestant que son état n’était, à cette date, pas encore stabilisé et qu’un suivi spécialisé et rapproché devrait encore être maintenu pendant les deux années suivantes. L’ensemble des éléments produits ne permettent toutefois pas d’établir que ce suivi ne pourrait être assuré en Algérie, ni même que les trois enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans ce pays. Les requérants ne font par ailleurs état d’aucun élément particulier d’intégration en France dès lors qu’ils n’y exercent aucune activité professionnelle, n’y disposent pas de leur propre logement, étant hébergés avec leurs enfants en dispositif hôtelier, et ne s’y prévalent d’aucune attache personnelle et familiale, alors qu’ils n’en sont pas dépourvus en Algérie, où ils ont vécu la majeure partie de leur vie et où résident, à tout le moins, la mère du requérant et les parents de son épouse. Dans ces conditions, et alors au surplus que les décisions attaquées n’ont pas pour effet de séparer les requérants de leurs enfants, les moyens tirés de ce qu’elles porteraient atteinte à l’intérêt supérieur de ces trois enfants, protégé par les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant, et porteraient une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par M. et Mme B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B... et de Mme A... épouse B... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.E...e B..., à Mme C...F...d épouse B... et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Billet-Ydier, présidente,
Mme Sylvie Cherrier, vice-présidente,
M. Ludovic Garrido, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.
La rapporteure,
Sylvie D...
La présidente,
Fabienne Billet-Ydier
La greffière,
Muriel Boulay
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,