jeudi 24 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2502768 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés le 18 avril 2025 et le 22 avril 2025, Mme C B, représentée par Me Bachet, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration, de lui octroyer, ainsi qu'à son fils A, un hébergement pour demandeurs d'asile, adapté aux nécessités de leur prise en charge médicale, dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, de lui octroyer, ainsi qu'à son fils A, un hébergement d'urgence, adapté aux nécessités de leur prise en charge médicale, sans délai et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII et de l'Etat la somme de 2 200 euros, à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, à lui verser sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au cas où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- en tant que demandeuse d'asile, elle est en droit de bénéficier, dès le dépôt de sa demande, de conditions matérielles d'accueil comprenant le logement, la nourriture et l'habillement ainsi qu'une allocation journalière ;
- elle ne bénéficie d'aucun hébergement, alors qu'elle demande l'asile, son fils et elle présentent des états de santé qui nécessitent de bénéficier d'un hébergement pour permettre la continuité de leurs soins, de telle sorte qu'une situation d'urgence est caractérisée ;
- l'absence de prise en charge porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, dès lors que l'absence de place opposée par l'OFII ne repose sur aucun fondement matériel ; elle ne relève d'aucun des motifs de suspension, retrait, ou refus du bénéfice des conditions d'accueil tels que fixés par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'Etat porte une atteinte grave à sa dignité humaine en lui refusant une prise en charge en attendant une orientation vers une structure adaptée ; son état de santé et celui de son fils s'aggravent en raison de l'anxiété générée.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2025, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.
Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire qu'elle n'est pas fondée dès lors qu'il n'est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mérard, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 avril 2025 à 15 heures 30, tenue en présence de Mme Tur, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Mérard, juge des référés,
- et les observations de Me Bachet, représentant Mme B, en présence de celle-ci, qui reprend ses écritures et insiste sur la vulnérabilité de la requérante.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
A l'issue de l'audience, une pièce a été produite par l'OFII et a été communiquée.
Par un mémoire enregistré le 23 avril 2025, Mme B indique qu'elle n'est toujours pas hébergée de manière effective et qu'ainsi il y a toujours lieu à statuer.
La clôture de l'instruction a définitivement été fixée au 23 avril 2025 à 17 heures.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire de Mme B à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
4. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 552-1 du même code : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". En vertu de l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes dont la demande d'asile a été enregistrée conformément au chapitre I du titre II du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent bénéficier d'un hébergement en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, à l'exception des personnes dont la demande d'asile relève d'un autre Etat, au sens de l'article L. 571-1 du même code ".
5. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés, qui apprécie si les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies à la date à laquelle il se prononce, ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de cet article en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille.
En ce qui concerne l'urgence :
6. Il résulte de l'instruction, que Mme B a fui la Russie, accompagnée de son fils mineur né le 17 janvier 2008 et a demandé l'asile en France le 23 octobre 2024. Elle souffre de diverses pathologies et s'est vue délivrer un certificat de vulnérabilité par le médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Son fils est malvoyant. Plusieurs tentatives auprès du 115 ont été infructueuses. Par ailleurs, si l'office français de l'immigration et de l'intégration indique lui avoir versé l'allocation pour demandeur d'asile majorée, il ne résulte pas de l'instruction que la somme perçue lui permette de se loger avec son fils. Enfin, si les requérants seraient sur le point d'être hébergés, la pièce produite par l'office français de l'immigration et de l'intégration, qui semble évoquer une orientation en cours, ne permet pas de s'assurer de la réalité de cet hébergement au jour de la présente ordonnance. Dans ces conditions, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
7. Si l'OFII fait valoir dans son mémoire en défense, qu'il existerait un nombre limité de places dans les structures d'accueil et qu'il est évoqué qu'il est envisagé d'orienter Mme B vers un centre d'accueil de demandeurs d'asile à brève échéance, il résulte de l'instruction que la requérante, dont les demandes d'asile ont été enregistrées le 23 octobre 2024, ne se sont jamais vu proposer d'hébergement par l'office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a sollicité une place au niveau national que le 17 avril 2025, en dépit de la vulnérabilité de Mme B. Dans ces conditions et dans les circonstances très particulières de l'espèce, la requérante est fondée à soutenir que cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'asile.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à l'OFII d'admettre Mme B et son fils mineur dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par la requérante à l'encontre de l'Etat.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
10. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 900 euros à verser à Me Bachet, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application desdites dispositions. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de prendre en charge Mme B et son fils mineur dans le cadre du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, dans un délai de quarante-huit heures suivant notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'OFII versera à Me Bachet, avocate de la requérante, une somme de 900 (neuf cents) euros sur le fondement des dispositions du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 (neuf cents euros) sera versée à Mme B.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, au ministre de l'intérieur et à Me Bachet.
Une copie en sera adressée à l'office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 24 avril mars 2025.
La juge des référés,
B. MÉRARD
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026