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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2503164

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2503164

mardi 10 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2503164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté préfectoral du 31 mars 2025 refusant son titre de séjour et lui enjoignant de quitter le territoire. Le tribunal a jugé que le préfet du Tarn n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. B... ne contribuait pas effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant français, condition requise par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Il a également considéré que le rejet ne méconnaissait pas le droit au respect de la vie familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2025, M. E... B..., représenté par Me Ducos-Mortreuil, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;


2°) d’annuler l'arrêté du 31 mars 2025 par lequel le préfet du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d’enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat les entiers dépens ainsi qu’une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et alinéa 2 de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d’admission à l’aide juridictionnelle, à lui verser en application des seules dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
L'ensemble des décisions attaquées :
- sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- sont insuffisamment motivées et procèdent d'un défaut d'examen de sa situation ;

La décision portant refus de séjour :
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d’une erreur de droit au regard des articles 316-1 à 316-5 du code civil dès lors que le préfet ne pouvait remettre en cause le lien de filiation établi avec son enfant ;
- est entachée d’erreur de fait et d’une erreur de droit en méconnaissance de l’article 47 du code civil ;
- est entachée d'erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation et des conséquences qu’elle entraîne sur sa situation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation et des conséquences qu’elle entraîne sur sa situation ;

La décision fixant le pays de renvoi :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2025, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 17 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 17 décembre suivant.


M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code civil ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme C...,
- les conclusions de M. Quessette, rapporteur public,
- et les observations de Me Ducos-Mortreuil, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant ivoirien, déclare être entré en France en 2019. Le 1er octobre 2020, le juge des enfants l’a placé à l’aide sociale à l’enfance du Tarn. Le 18 février 2022, il a demandé un titre de séjour en tant que salarié ou travailleur temporaire ainsi que son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 14 février 2023, dont le recours a été rejeté par le tribunal par un jugement n° 2404409 frappé d’appel, le préfet du Tarn a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Le 3 décembre 2024, M. B... a sollicité son admission au séjour en sa qualité de parent d’enfant français et eu égard à ses liens privés et familiaux. Par un arrêté du 31 mars 2025, le préfet du Tarn a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

Par une décision du 15 octobre 2025, M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par conséquent, ses conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui est père ou mère d’un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l’entretien et à l’éducation de l’enfant dans les conditions prévues par l’article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 ». Aux termes de l’article 316 du code civil : « Lorsque la filiation n'est pas établie dans les conditions prévues à la section I du présent chapitre, elle peut l'être par une reconnaissance de paternité ou de maternité, faite avant ou après la naissance. / La reconnaissance n'établit la filiation qu'à l'égard de son auteur. / Elle est faite dans l'acte de naissance, par acte reçu par l'officier de l'état civil ou par tout autre acte authentique. / L'acte de reconnaissance est établi sur déclaration de son auteur, qui justifie : / 1° De son identité par un document officiel délivré par une autorité publique comportant son nom, son prénom, sa date et son lieu de naissance, sa photographie et sa signature ainsi que l'identification de l'autorité qui a délivré le document, la date et le lieu de délivrance ; / (…) ». Aux termes de l’article 316-1 de ce même code : « Lorsqu'il existe des indices sérieux laissant présumer, le cas échéant au vu de l'audition par l'officier de l'état civil de l'auteur de la reconnaissance de l'enfant, que celle-ci est frauduleuse, l'officier de l'état civil saisit sans délai le procureur de la République et en informe l'auteur de la reconnaissance. /Le procureur de la République est tenu de décider, dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine, soit de laisser l'officier de l'état civil enregistrer la reconnaissance ou mentionner celle-ci en marge de l'acte de naissance, soit qu'il y est sursis dans l'attente des résultats de l'enquête à laquelle il fait procéder, soit d'y faire opposition (…) ».

Il résulte de ce qui précède qu’en l’absence d’action en contestation de la filiation, l’administration peut opposer uniquement le caractère frauduleux d’un acte de droit privé pour refuser de délivrer un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-7 précité, le préfet du Tarn a considéré d’une part, que la reconnaissance de paternité de l’enfant est frauduleuse au seul motif que les documents d’état civil de M. B... ne permettaient pas d’établir son âge et d’autre part, qu’il n’avait pas satisfait à l’obligation qui lui était faite d’exécuter une obligation de quitter le territoire, édictée à son encontre le 14 février 2023.

La seule mention à la supposer erronée de la date de naissance de M. B... n’est pas de nature, à elle seule à établir le caractère frauduleux de la filiation établie, la paternité de ce dernier, qui a reconnu A... née le 14 juillet 2024 de son union avec une ressortissante française, n’étant pas contestée par le préfet du Tarn. Par suite, le motif tiré du caractère frauduleux de la filiation méconnaît les dispositions précitées au point 3.

Aux termes des dispositions de l’article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative ; / (…) ».

Il ne résulte pas de l’instruction que le préfet du Tarn aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le second motif tiré de l’inexécution d’une précédente obligation de quitter le territoire, le concubinage de M. B... avec la mère française de son enfant A... née le 14 juillet 2024 n’étant contesté, ni aux termes de l’arrêté en litige ni aux termes des écritures en défense.

Il résulte de ce qui précède et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 31 mars 2025 par laquelle le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ainsi que, par voie de conséquence, l’annulation des décisions l’obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Compte tenu du motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique seulement que la demande de titre de séjour de M. B... soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Tarn de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les dépens :

La présente instance n’ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par le requérant sur le fondement des dispositions de l’article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

M. B... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle, Me Ducos-Mortreuil, son avocate, peut se prévaloir des dispositions du second alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Ducos-Mortreuil, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.




D E C I D E :


Article 1er : Il n’a plus lieu de statuer sur les conclusions afin d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire présentées par M. B....

Article 2 : L’arrêté du 31 mars 2025 du préfet du Tarn est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de procéder au réexamen de la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Article 4 : L’Etat versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Ducos-Mortreuil sur le fondement du second alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M.D...y, à Me Ducos-Mortreuil et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 17 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Billet-Ydier, présidente,
M. Philippe Grimaud, vice-président,
Mme Sylvie Cherrier, vice-présidente,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2026.

La présidente, rapporteure,

Fabienne C...
L’assesseur le plus ancien,

Philippe Grimaud


La greffière,




Muriel Boulay

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef,

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