Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 janvier 2026 et un mémoire enregistré le 12 février 2026, la société Free mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
de suspendre l’exécution de la décision du maire de la commune de Saint-Gaudens du 2 septembre 2025 portant opposition à la déclaration préalable qu’elle a déposée le 5 août 2025 pour l’implantation d’une station relais de téléphonie mobile sur un terrain sis lieudit « Lamarche » ;
d’enjoindre au maire de Saint-Gaudens, à titre principal, de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de sa déclaration préalable en prenant une décision dans un délai d’un mois à compter de cette notification ;
de mettre à la charge de la commune de Saint-Gaudens la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
en ce qui concerne la condition tenant à l’urgence :
- la condition d’urgence est présumée depuis l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme ;
- en outre, la décision contestée porte atteinte à l’intérêt public qui s’attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile ; cette décision porte également atteinte à ses intérêts propres, les objectifs de couverture qui lui ont été imposés par l'Etat n’étant pas encore atteints en ce qui concerne notamment les réseaux 4G et THD ; la partie du territoire de la commune sur laquelle la station relais litigieuse doit être implantée n'est pas couverte par ses réseaux, les cartes de couverture qu’elle produit à cet égard revêtant une valeur probante ; la station relais en cause est nécessaire au déploiement du réseau et la décision attaquée fait obstacle à ce qu’elle puisse lancer ses travaux ;
en ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- le motif d’opposition à la décision contesté, tiré de l’absence de proposition alternative à la construction de l’antenne litigieuse, est erroné, aucune disposition législative ou réglementaire n’imposant au pétitionnaire de présenter des alternatives à la construction du projet qu’il initie ; ce motif est entaché d’une erreur de droit ;
- le motif d’opposition à cette décision, tiré de ce que le projet de construction d’un pylône de 24 mètres de hauteur ne présent aucune insertion paysagère, est erroné ; il est entaché d’une inexacte application des dispositions de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme et d’une erreur de droit ; le milieu dans lequel le projet est destiné à venir s’implanter est un milieu agricole assez banal, qui alterne des parcelles cultivées, des parcelles boisées et des parcelles construites ; la parcelle, terrain d’assiette du projet, ne s’inscrit dans aucun périmètre protégé et ne fait pas l’objet d’une protection au titre des paysages ; en outre, elle a pris soin de retenir la technique dite du pylône en treillis métallique facilitant l’insertion du projet ;
- le projet en litige ne méconnaît pas les dispositions du plan de prévention des risques naturels (PPRN) eu égard à la circonstance que le terrain d’assiette du projet est situé en zone B2 de ce plan, soit une zone moyennement exposée au retrait gonflement des sols ; le document prévu par le f) de l’article R. 431-16 du code de l’urbanisme prévoyant la réalisation d’une étude préalable relative aux risques et à leurs impacts sur un projet ne figure pas sur la liste limitative des pièces devant être jointes à un dossier de déclaration préalable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2026, la commune de Saint-Gaudens, représentée par Me Mouniélou, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Free mobile la somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
en ce qui concerne la condition tenant à l’urgence :
- si la société requérante se prévaut de la présomption d’urgence issue de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme, elle ne produit aucun élément concret permettant d’établir une atteinte grave et immédiate à sa situation ; elle n’indique ni la date prévisionnelle de démarrage du chantier, ni l’existence d’engagements contractuels irréversibles, ni même l’existence d’une carence effective de couverture sur le secteur concerné ;
- la décision contestée a été prise pour préserver l’intérêt public local tenant à la protection du cadre paysager et à la prévention des risques naturels, l’assiette du projet étant située en zone de risque identifiée par le PPRN ;
en ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- le motif d’opposition à la décision contestée, tiré de ce que le projet de construction d’un pylône de 24 mètres de hauteur ne présente aucune insertion paysagère, est fondé ; l’ouvrage projeté est fortement visible, tant depuis les abords immédiats que dans le grand paysage ; le projet ne prévoit aucune mesure paysagère de nature à en atténuer l’impact visuel ;
- le motif d’opposition à cette décision, tiré de ce que le terrain d’assiette du projet est situé en zone B2 du PPRN correspondant à une zone moyennement exposée aux mouvements différentiels liés au retrait-gonflement des sols, est fondé ; la société requérante ne produit aucun élément de nature à démontrer, avec le degré de précision requis, que les fondations du pylône de 24 mètres projeté seraient conçues et dimensionnées en adéquation avec les contraintes propres à la zone B2.
Vu :
-
les autres pièces du dossier ;
-
la requête n° 2507620 enregistrée le 27 octobre 2025 tendant à l’annulation de la décision contestée.
Vu :
le code de l’urbanisme ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 13 février 2026 à 10 heures, en présence de Mme Fontan, greffière d’audience :
- le rapport de M. Le Fiblec,
- les observations de Me Clauzure substituant Me Martin, représentant la société requérante, qui a repris l’ensemble de ses écritures,
- et les observations de Me Mouniélou, représentant la commune de Saint-Gaudens, qui a repris également l’ensemble de ses écritures.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, la société Free mobile demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du maire de la commune de Saint-Gaudens du 2 septembre 2025 portant opposition à la déclaration préalable qu’elle a déposée le 5 août 2025 pour l’implantation d’une station relais de téléphonie mobile sur un terrain sis lieudit « Lamarche ».
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».
3. Aux termes de l'article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme, applicable au litige : « Lorsqu'un recours formé contre une décision d'opposition à déclaration préalable ou de refus de permis de construire, d'aménager ou de démolir est assorti d'un référé introduit sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est présumée satisfaite ».
4. En premier lieu, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’une décision administrative lorsque l’exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. La condition d’urgence est en principe satisfaite, ainsi que le prévoit l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme, lorsque le pétitionnaire forme un recours contre un refus d’une autorisation d’urbanisme. Toutefois, il peut en aller autrement si l’autorité qui a refusé de délivrer l’autorisation justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l’ensemble des circonstances de l’espèce qui lui est soumise.
5. En l’espèce, la société Free Mobile peut se prévaloir de la présomption d’urgence instituée par les dispositions précitées de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme. En outre, elle justifie, par la production de cartes de couverture, de l’existence d’un intérêt public à l’implantation de son projet. Les circonstances invoquées par la commune de Saint-Gaudens tirées de ce que la société requérante n’indique ni la date prévisionnelle de démarrage du chantier, ni l’existence d’engagements contractuels irréversibles, ni même l’existence d’une carence effective de couverture sur le secteur concerné, et de ce qu’elle a pris la décision en litige pour préserver l’intérêt public local tenant à la protection du cadre paysager et à la prévention des risques naturels ne sont pas de nature en l’espèce à renverser cette présomption. Dans ces circonstances, la condition d’urgence requise par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
6. En second lieu, pour s’opposer à la déclaration préalable de la société requérante, il résulte de la décision contestée que le maire de la commune de Saint-Gaudens doit être regardé comme s’étant fondé, sur le motif tiré de l’absence de proposition alternative à la construction de l’antenne litigieuse, sur le motif tiré ce que le projet de construction d’un pylône de 24 mètres de hauteur ne présente aucune insertion paysagère en méconnaissance des dispositions de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme et sur le motif tiré de ce que le terrain d’assiette du projet est situé en zone B2 du PPRN sans que pétitionnaire ne démontre avoir pris en compte les recommandations et préconisations mentionnées dans le règlement de ce plan.
7. Alors que la circonstance que le projet se situe en zone d’aléa moyen pour le risque retrait-gonflement d’argile et qu’il est par conséquent soumis à des contraintes d’analyse de sol et de fondations spécifiques en vertu du plan de prévention des risques naturels majeurs concernant les mouvements différentiels de terrain liés au phénomène de retrait-gonflement des sols argileux approuvé par arrêté préfectoral du 13 novembre 2018 n’implique pas, en elle-même, l’opposition à déclaration préalable, la décision de non-opposition pouvant être assortie d’une prescription de nature à assurer le respect de ces dispositions, en l’état de l’instruction, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée les moyens invoqués par la société requérante, tels que visés ci-dessus et analysés, tirés de ce que tous les motifs retenus par la commune de Saint-Gaudens, ne sont pas de nature à justifier la décision d’opposition aux travaux déclarés.
8. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de prononcer la suspension demandée jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.
Sur les autres conclusions :
9. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au maire de la commune de Saint-Gaudens de délivrer à titre provisoire à la société Free Mobile une décision de non-opposition dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Gaudens qui est la partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Free Mobile et non compris dans les dépens, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Les mêmes dispositions font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge de la requérante, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du maire de la commune de Saint-Gaudens du 2 septembre 2025 portant opposition à la déclaration préalable qu’elle a déposée le 5 août 2025 pour l’implantation d’une station relais de téléphonie mobile sur un terrain sis lieudit « Lamarche » est suspendue, au plus tard jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Saint-Gaudens de délivrer à titre provisoire à la société Free Mobile une décision de non-opposition dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Saint-Gaudens versera à la société Free Mobile la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de la commune de Saint-Gaudens présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Saint-Gaudens.
Fait à Toulouse le 2 mars 2026.
Le juge des référés,
Briac LE FIBLEC
La greffière,
M. FONTAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
ou par délégation la greffière