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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2601375

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2601375

lundi 2 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2601375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBENHAMIDA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a annulé un arrêté préfectoral d'assignation à résidence d'un ressortissant tunisien. La juridiction a retenu que la mesure était entachée d'une erreur de droit, car elle était fondée sur une obligation de quitter le territoire français prise plus de trois ans auparavant, ce qui ne respectait pas les conditions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a également admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :



Par une requête enregistrée le 19 février 2026, M. A... B..., représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;


2°) d’annuler l’arrêté du 12 février 2026 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;


3°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;


Il soutient que :


- l’arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation ;

- il est entaché d’une erreur de droit dès lors que le préfet s’est estimé lié par les critères de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation notamment en ce que les obligations qu’il fixe sont disproportionnées.




Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2026, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.


Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gigault,
- les observations de Me Benhamida, représentant M. B..., absent, qui conclut aux mêmes fins et soulève un moyen nouveau tiré de l’erreur de droit dès lors que l’arrêté portant assignation à résidence est fondé sur une obligation de quitter le territoire prise plus de trois ans auparavant, dont au demeurant il n’est pas justifié de la notification,
- les observations de M. C..., représentant le préfet de la Haute-Garonne.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. A... B..., ressortissant tunisien, né le 24 avril 2000 à Nabeul (Tunisie), déclare être entré en France en septembre 2022. Par un arrêté du 16 novembre 2022, le préfet du Val de Marne l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 12 février 2026, dont il demande l’annulation, le préfet de la Haute-Garonne l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur les requêtes de l’intéressé, de prononcer leur admission provisoire à l’aide juridictionnelle.





Sur les conclusions à fin d'annulation :

Aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut assigner à résidence l’étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l’éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1°) L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que la mesure d’éloignement dont a fait l’objet M. B... a été édictée le 16 novembre 2022, soit plus de trois ans avant la date de l’arrêté portant assignation à résidence contesté. Dans ces circonstances, le requérant est fondé à soutenir que l’arrêté attaqué est entaché d’une erreur de droit au regard des dispositions précitées.

Il résulte de ce qui précède et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 12 février 2026 par lequel le préfet l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les frais liés au litige :

Sous réserve de l’admission définitive de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Benhamida à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, ce dernier versera à Me Benhamida une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :



Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L’arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 12 février 2026 portant assignation à résidence est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l’admission définitive de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Benhamida à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, ce dernier versera une somme de 1 000 euros à Me Benhamida au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2026.


La magistrate désignée,
S. Gigault

La greffière,
L. Dispagne


La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef



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