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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2601669

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2601669

vendredi 20 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2601669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP ARCHE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en référé, rejette la demande du préfet de l'Ariège de suspendre un permis de construire. Le juge estime que les moyens tirés de la méconnaissance du PLU, du code de l'urbanisme (articles R. 111-2 et L. 153-11) et du PPRN ne sont pas, en l'état, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté municipal. La décision est rendue sur le fondement de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et une pièce complémentaire enregistrés le 27 février 2026 et une pièce enregistrée le 19 mars 2026, le préfet de l’Ariège demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'arrêté du maire de la commune de Merens-les-Vals en date du 16 décembre 2025 accordant le permis de construire n° 009189250004 déposé par Mme E... B... C... et M. F... D... A... pour construire trois maisons d'habitation et valant division de parcelles pour un terrain cadastré C 751 et C 752 situé au lieu-dit « Faillade » à Merens-les-Vals (09110) ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Il soutient que :
- le permis litigieux a été délivré en méconnaissance de l’article UB4 du plan local d’urbanisme (PLU) et de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme ; le projet, partiellement situé en zone de risque de crues torrentielles, prévoit en outre un remblai non conforme aux prescriptions du plan de prévention des risques naturels prévisibles (PPRN) ; il n’est pas davantage justifié du respect des prescriptions du syndicat mixte départemental de l’eau et de l’assainissement (SMDEA) de l’Ariège relatives aux réseaux ; la non-conformité persistante de la station d’épuration communale faisait obstacle à toute charge nouvelle sur le réseau d’assainissement, de sorte que le maire aurait dû refuser le permis sollicité ;
- la décision attaquée est entachée d’erreur de droit au regard de l’article L. 153-11 du code de l’urbanisme ; à la date du permis litigieux, l’élaboration du PLUi-H de la communauté de communes de la Haute-Ariège était suffisamment avancée pour que le maire ait connaissance de son approbation imminente, intervenue deux jours plus tard, et du classement des parcelles d’assiette en zone naturelle inconstructible ; le projet de trois maisons, de nature à compromettre l’exécution du futur document d’urbanisme sur des terrains jusque-là non bâtis, justifiait à tout le moins un sursis à statuer.

Par un mémoire enregistré le 18 mars 2026, Mme B... C... fait valoir qu’elle ne pourra matériellement pas assister à l’audience du 19 mars 2026 et indique que, si le permis sollicité ne peut être obtenu, elle entend ne pas poursuivre la procédure.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2026, la commune de Merens-les-Vals, représentée par Me Pahor-Gafari, conclut au rejet de la requête et demande qu’une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de l’État en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme n’a pas été méconnu ; en effet, pour apprécier si les risques d’atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire, il est nécessaire de tenir compte de la probabilité de réalisation de ces risques et de la gravité de leurs conséquences ; en l’espèce, aucune erreur manifeste d’appréciation n’a été commise ;
- en premier lieu, il est soutenu que le projet ne respecterait pas les prescriptions du SMDEA 09 ; or le SMDEA a émis un avis favorable assorti de prescriptions qui ont été respectées et reprises dans le permis contesté ;
- en deuxième lieu, le projet est conforme au PPRN ; le remblai pour l’abri-voiture du lot C ne constitue pas un obstacle à l’écoulement des eaux ; les prescriptions du PPRN qui interdisent les dépôts de matières et remblais ne concernent pas les projets de construction ; en tout état de cause, l’abri-voiture est conçu sur pilotis ; la rampe d’accès ne constitue pas un remblai ; au demeurant, l’arrêté contesté comporte des prescriptions conformes au PPRN ; une demande de permis modificatif du 16 janvier 2026 a toutefois été déposée pour clarifier ce point, modifiant les clôtures du lot 1 et supprimant les clôtures des lots B et C, de même que les abris-voiture des lots B et C, et enfin apportant des précisions sur l’alimentation en eau potable et sur le raccordement au réseau des eaux usées qui ont fait l’objet d’une convention avec le SMDEA ;
- en troisième lieu, le SMDEA 09 a réalisé des travaux en 2025 afin de rendre la station d’épuration conforme ; les boues ont été évacuées et les indicateurs sont revenus dans la norme prévue par les seuils réglementaires fixés au tableau 6 de l’annexe III de l’arrêté du 21 juillet 2015 ; il n’y a donc aucun risque pour la santé ou la salubrité publique ;
- l’article L. 153-11 du code de l’urbanisme n’a pas davantage été méconnu ; en l’espèce, le débat sur les orientations générales du projet d’aménagement et de développement durable (PADD) a eu lieu ; aucune erreur manifeste d’appréciation n’a été commise ; en l’espèce, les conditions du sursis à statuer n’étaient pas réunies à la date de l’obtention du certificat d’urbanisme opérationnel, soit le 29 juin 2024 ; la seule lecture des orientations du PADD voté le 27 septembre 2023 était insuffisante pour que le maire puisse opposer un sursis à statuer ; bien au contraire, le PADD mentionne une politique volontariste de construction de logements pour lutter contre la déprise démographique ; subsidiairement, le projet, modeste, n’est pas de nature à compromettre l’exécution du futur PLUi ou à en rendre l’exécution plus onéreuse.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le déféré n° 2601671 enregistré le 27 février 2026 tendant à l’annulation de la décision contestée.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Daguerre de Hureaux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l’audience publique du 19 mars 2026 à 14 h 30 tenue en présence de Mme Fontan, greffière d’audience, M. Daguerre de Hureaux a lu son rapport et a entendu les observations de Me Pahor-Gafari, pour la commune de Merens-les-Vals, qui reprend ses écritures.

Le préfet de l’Ariège, Mme B... C... et M. D... A... n’étaient ni présents ni représentés.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :


1. Mme B... C... et M. D... A... ont déposé, le 31 juillet 2025, une demande de permis de construire portant sur l’édification de trois maisons d’habitation et valant division de parcelles sur des terrains cadastrés C 751 et C 752, situés au lieu-dit « Faillade » à Mérens-les-Vals (Ariège). Par un arrêté du 16 décembre 2025, reçu en préfecture le 31 décembre 2025, le maire de la commune de Mérens-les-Vals a accordé le permis sollicité. Estimant que cette autorisation est entachée d’illégalité, notamment au regard des difficultés affectant le système d’assainissement collectif de la commune et de l’approbation, le 19 décembre 2025, du plan local d’urbanisme intercommunal de la communauté de communes de la Haute-Ariège classant le terrain d’assiette en zone naturelle, le préfet de l’Ariège a, par un courrier du 14 janvier 2026, demandé au maire de retirer cet arrêté. En l’absence de réponse à ce recours gracieux, le préfet demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 16 décembre 2025 accordant le permis de construire n° 00918925 00004.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l’article L. 554-1 du code de justice administrative « Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l’État dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3° alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales (…) ». Aux termes du 3e alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : « Le représentant de l'État peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. ».

3. En l’état de l’instruction, aucun des moyens soulevés par le préfet de l’Ariège n’est de nature à faire un doute sérieux sur la légalité du permis de construire contesté. Par suite, les conclusions du préfet de l’Ariège tendant à la suspension dudit permis de construire et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux doivent être rejetées.

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros au bénéfice de la commune de Mérens-les-Vals, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



O R D O N N E :


Article 1er : La requête du préfet de l’Ariège est rejetée.

Article 2 : L’État versera à la commune de Mérens-les-Vals une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de l’Ariège, à la commune de Merens-les-Vals et à Mme E... B... C... et M. F... D... A....


Fait à Toulouse, le 20 mars 2026.


Le juge des référés,


Alain Daguerre de Hureaux
La greffière,

Maud Fontan


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,

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