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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2000274

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2000274

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2000274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique
Avocat requérantJOUTEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistré le 20 janvier 2020, M. A D, représenté par Me Christelle Jouteau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mars 2019 par laquelle la préfète de la Gironde, a refusé l'échange de son permis de conduire tunisien contre un permis français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un permis de conduire français ou, à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles, au bénéfice du conseil du requérant.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision est entachée d'illégalité au motif que, les autorités ayant délivré au requérant de manière successive des titres de séjour et récépissés d'une durée inférieure à un an, on ne peut valablement considérer qu'ils puissent constituer des preuves de résidence normale remplissant les conditions mentionnées à l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012. L'acquisition d'une résidence normale n'a pu se produire qu'avec la délivrance de sa carte de séjour d'une durée de 10 ans, valable à compter du 16 avril 2019, et s'oppose ainsi à considérer la demande de M. D comme tardive ;

- du fait de la brièveté des titres de séjour délivrés, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en maintenant le requérant dans une situation administrative précaire ; cette situation a pu faire obstacle à ce que le requérant procède à une demande d'échange de permis de conduire alors même que son activité professionnelle le contraint à des déplacements sur divers chantiers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2020, le préfet de la Loire-Atlantique, en qualité de délégataire de gestion en matière d'échange de permis de conduire étrangers, conclut au rejet de la requête dans l'ensemble de ses conclusions.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Billet-Ydier, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme E.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, de nationalité tunisienne, a obtenu son permis de conduire le 27 février 2009 en Tunisie. Arrivé en France le 1er mars 2010, une première autorisation provisoire de séjour de 5 mois, valable du 15 décembre 2011 au 27 mai 2011, lui est délivrée. Il obtient une nouvelle autorisation provisoire de séjour de 6 mois, valable du 21 mai au 20 novembre 2012. Une première carte de séjour temporaire de 3 mois lui est délivrée sur une période allant du 14 novembre 2012 au 13 février 2013. Plusieurs récépissés et titres de séjour lui ont été par la suite remis, notamment une carte de séjour temporaire de 6 mois, du 13 mars au 12 septembre 2013, ainsi qu'une autre d'un an, du 18 septembre 2013 au 17 septembre 2014. M. D a sollicité l'échange de son permis de conduire tunisien en permis français le 8 décembre 2014, demande qui fait l'objet d'un refus au motif de sa tardiveté. Suite à l'obtention d'une carte de résident d'une durée de 10 ans, valable du 16 avril 2019 au 15 avril 2029, M. D a procédé à une nouvelle demande d'échange, le 26 mars 2019, également rejetée pour motif de tardiveté le 26 mars 2019, décision dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces produites en défense que la décision contestée a été signée pour la préfète de la Gironde par M. C B, chef du bureau à l'admission au séjour des étrangers de la Préfecture de la Gironde, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du préfet du 25 février 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. Aux termes de l'article R. 221-1 du code de la route : " I. Le permis de conduire un véhicule terrestre à moteur s'obtient soit après réussite à l'examen du permis de conduire, soit après conversion d'un brevet militaire de conduite français, soit après échange d'un permis de conduire étranger, soit après réussite à une formation dispensée à cette fin ou validation d'un diplôme ou d'un titre professionnel délivrés à cette fin en France. () II. Toute personne sollicitant un permis de conduire, national ou international, doit justifier de sa résidence normale ainsi que, le cas échéant, de son droit au séjour () / III. On entend par résidence normale le lieu où une personne demeure habituellement, c'est-à-dire pendant au moins 185 jours par année civile, en raison d'attaches personnelles et professionnelles, ou, dans le cas d'une personne sans attaches professionnelles, en raison d'attaches personnelles révélant des liens étroits entre elle-même et l'endroit où elle demeure (). Aux termes de l'article R. 222-3 du même code : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-3. () ". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen : " II. ' A. ' Pour les ressortissants étrangers non- ressortissants de l'Union européenne, la date d'acquisition de la résidence normale est celle de la remise du premier titre de séjour ".

4. Pour refuser, l'échange du permis de conduire sollicité par M. D, la préfète de la Gironde a opposé le motif tiré de ce que sa demande avait été déposée au-delà du délai d'un an prévu par l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 précité. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a résidé ensuite régulièrement sur le territoire du 14 novembre 2012 au 15 janvier 2016 en qualité d'étranger malade et a sollicité, le 6 novembre 2015, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade et la délivrance d'un titre de séjour salarié et d'une carte de résident sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien. Par un arrêté du 3 août 2017, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, arrêté qui a été annulé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux le 27 avril 2018. La préfète de la Gironde a, en exécution de cet arrêt, délivré une carte de résident à M. D valable du 16 avril 2019 au 15 avril 2029. Par suite, le requérant avait ainsi un an, à compter du 14 novembre 2012 pour formuler sa demande, la circonstance que les titres de séjour puis les récépissés de renouvellement de ses titres de séjour soient d'une durée inférieure à une année étant à cet égard indifférente sur la computation du délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire pour solliciter l'échange de son permis de conduire.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de la décision du 26 mars 2019 attaquée, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Loire-Atlantique.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

F. E

La greffière,

A. BEGORRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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