mercredi 12 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2001095 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | FRECHE ET ASSOCIES AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2020, et des mémoires enregistrés les 9 novembre 2021, 10 janvier 2022 et 3 mars 2022, ce dernier non communiqué, la société Orange SA, représentée par Mes Roland et Nicolas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'article 8 de l'arrêté du président de Bordeaux Métropole notifié le 10 avril 2019 valant autorisation d'exécution de travaux, en ce qu'il comporte des prescriptions relatives aux tampons affleurants installés place Tourny à Bordeaux, ensemble la décision implicite de la même autorité rejetant la demande d'abrogation formée le 6 décembre 2019 contre cette disposition ;
2°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ; cette compétence ne peut être établie dans la mesure où l'arrêté n'est pas daté ;
- la société Orange tire de l'article L. 113-3 du code de la voirie routière et de l'article L. 45-9 du code des postes et communications électroniques le droit d'occuper le domaine public routier ;
- Bordeaux Métropole a conditionné l'exécution de travaux routiers par les gestionnaires de réseau à l'obtention d'une autorisation préalable, mais la possibilité de prescriptions reste encadrée par le code de la voirie routière ;
- ainsi le gestionnaire du domaine ne peut imposer une contrainte d'utilisation de ce domaine excédant ce qui est strictement indispensable et nécessaire à son occupation, ou qui porte une atteinte excessive aux droits des occupants ; or, en l'espèce la mise en œuvre de trappons garnissables place Tourny était une prescription excessive ;
- elle est dépourvue de base légale, se fondant exclusivement sur un guide de conception des espaces publics dépourvu de caractère réglementaire et contraignant ; cette obligation ne figure pas en revanche dans le règlement de voirie, notamment à son article 4.1.3 et y compris au cahier annexe des prescriptions " affleurements des réseaux ", dont l'opposabilité n'est d'ailleurs pas démontrée ; elle ne résulte pas davantage du plan de sauvegarde et de mise en valeur et de la seule circonstance que la place Tourny se situe dans le périmètre de ce plan ;
- l'obligation n'est pas imposée par les exigences de protection de l'environnement et par le respect des règles d'urbanisme ;
- l'obligation est illégale en tant qu'elle est systématique pour toutes les émergences de dimension supérieure à 25 cm et doit faire l'objet au cas par cas d'un agrément du gestionnaire ;
- le coût de cette prescription, d'un montant de 57 019,04 euros, et non de 5 320 euros comme le prétend Bordeaux Métropole, porte une atteinte excessive aux droits de l'occupant, dans la mesure notamment où les travaux considérés ne sont pas exclusivement réalisés dans l'intérêt du domaine public routier et conformes à sa destination, mais pour une large part dans l'intérêt d'une nouvelle affectation, et où la pose de nouveaux trappons ne répond qu'à une exigence purement esthétique et subjective, non indispensable aux conditions d'utilisation de la voirie routière ; la société Orange n'a jamais consenti à prendre en charge le coût de ces travaux ;
- de plus les conditions de maniement de ces trappons est plus difficile pour ses salariés compte tenu de leur poids, et ils se dégradent rapidement ; ils sont ainsi sources d'accidents et de coûts de maintenance supplémentaires ; ils ne répondent donc pas à l'intérêt général.
Par des mémoires enregistrés les 4 février 2021, 6 décembre 2021 et 7 février 2022, l'établissement public Bordeaux Métropole, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'arrêté a été notifié à la société Orange par courriel du 10 avril 2019 et il a été signé par une personne compétente en vertu d'une délégation de signature régulière ;
- la société avait donné un accord verbal à la pose des trappons garnissables ;
- les prescriptions en cause résultent de normes à caractère réglementaire, à savoir le règlement général de voirie de Bordeaux Métropole et ses annexes, et le plan de sauvegarde et de mise en valeur ;
- la pose des trappons prescrits résulte de considérations de sécurité publique, esthétiques et urbanistiques légitimes, eu égard notamment à la présence d'un site patrimonial remarquable ;
- les travaux sont conformes à la destination du domaine routier, entrepris dans son intérêt, et il est indifférent à cet égard que le site comporte aussi le passage des voies de tramway, sur une plate-forme dédiée ;
- il n'y a pas en l'espèce de contrainte considérable ou excessive aux droits de l'occupant ;
- le surcoût allégué n'est pas établi ; il s'établit au maximum à 11 305 euros ;
- il n'est pas justifié de contraintes excessives de maintenance ou d'une accidentologie liée aux trappons garnissables ;
- il n'y a pas eu de faute dans l'exécution des travaux.
Par une ordonnance du 9 février 2022 la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu au 7 mars 2022.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la voirie routière ;
- le code des communications électroniques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pouget, président,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- et les conclusions de Me Benzakki, représentant la société Orange.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre du réaménagement de la place Tourny, à Bordeaux, le président de Bordeaux Métropole a notifié le 10 avril 2019 à la société Orange une autorisation de travaux portant sur les trappes d'accès au réseau dont elle est propriétaire sur la voirie publique concernée, prescrivant en son article 8 la mise en œuvre de tampons affleurant garnissables de dalles, pavés ou cales pour toutes les émergences supérieures à 25 cm situées sur les trottoirs et sur les chaussées pavées avec limitation de vitesse à 30 km/h. Face aux réticences de la société à mettre en œuvre cette prescription, une mise en demeure de s'y conformer lui a été adressée par l'établissement public le 26 novembre 2019. Par un courrier du 6 décembre 2019, la société Orange a saisi Bordeaux Métropole d'une demande d'abrogation de l'article 8 de l'arrêté d'autorisation d'exécution des travaux en ce qu'il comporte des prescriptions afférentes aux tampons affleurants. Elle demande désormais au tribunal d'annuler cette disposition, ensemble la décision implicite de rejet de sa demande d'abrogation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 113-3 du code de la voirie routière : " Sous réserve des prescriptions prévues à l'article L. 122-3, les exploitants de réseaux de télécommunications ouverts au public et les services publics de transport ou de distribution d'électricité ou de gaz peuvent occuper le domaine public routier en y installant des ouvrages, dans la mesure où cette occupation n'est pas incompatible avec son affectation à la circulation terrestre ". Aux termes de l'article L. 45-9 du code des postes et des communications électroniques : " Les exploitants de réseaux ouverts au public bénéficient d'un droit de passage, sur le domaine public routier et dans les réseaux publics relevant du domaine public routier et non routier, à l'exception des réseaux et infrastructures de communications électroniques, et de servitudes sur les propriétés privées mentionnées à l'article L. 48, dans les conditions indiquées ci-après. () L'installation des infrastructures et des équipements doit être réalisée dans le respect de l'environnement et de la qualité esthétique des lieux, et dans les conditions les moins dommageables pour les propriétés privées et le domaine public. ". Aux termes de cet article L. 47 de ce code : " Les exploitants de réseaux ouverts au public peuvent occuper le domaine public routier, en y implantant des ouvrages dans la mesure où cette occupation n'est pas incompatible avec son affectation. / Les travaux nécessaires à l'établissement et à l'entretien des réseaux sont effectués conformément aux règlements de voirie, et notamment aux dispositions de l'article L. 115-1 du code de la voirie routière () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 115-1 du code de la voirie routière : " A l'intérieur des agglomérations, le maire assure la coordination des travaux affectant le sol et le sous-sol des voies publiques et de leurs dépendances, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat sur les routes à grande circulation. / Les propriétaires, affectataires ou utilisateurs de ces voies, les permissionnaires, concessionnaires et occupants de droit communiquent périodiquement au maire le programme des travaux qu'ils envisagent de réaliser ainsi que le calendrier de leur exécution. Le maire () établit, à sa diligence, le calendrier des travaux dans l'ensemble de l'agglomération et le notifie aux services concernés () ". Selon l'article L. 141-11 du code : " Le conseil municipal détermine, après concertation avec les services ou les personnes intervenant sur le domaine public, les modalités d'exécution des travaux de réfection des voies communales dans lesquelles des tranchées ont été ouvertes. Il détermine également l'évaluation des frais qui peuvent être réclamés aux intervenants lorsque ces derniers n'ont pas exécuté tout ou partie de ces travaux. () ". L'article L. 141-12 de ce code précise que " Les attributions dévolues au maire et au conseil municipal par les dispositions du présent code sont exercées, le cas échéant, par le président et par l'assemblée délibérante de l'établissement public de coopération intercommunale compétent. ". Enfin, aux termes de l'article R*141-14 du même code : " Un règlement de voirie fixe les modalités d'exécution des travaux de remblaiement, de réfection provisoire et de réfection définitive conformément aux normes techniques et aux règles de l'art. Il détermine les conditions dans lesquelles le maire peut décider que certains des travaux de réfection seront exécutés par la commune. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que la société Orange, en sa qualité d'exploitante de réseaux de télécommunications ouverts au public, est titulaire d'un droit permanent d'occupation du domaine public routier de Bordeaux Métropole afin d'y implanter ses ouvrages et d'assurer leur maintenance, qui ne peut s'exercer que dans les conditions prévues par le règlement de voirie. L'autorité compétente pour édicter ce règlement et assurer sa mise en œuvre peut, sur le fondement de son pouvoir de police et de conservation du domaine public, subordonner l'exercice du droit dont il s'agit au respect des prescriptions qui se révèlent indispensables pour assurer la protection du domaine public routier dont elle a la charge et en garantir un usage répondant à sa destination, à la condition de ne pas porter une atteinte excessive à ce droit.
5. Aux termes l'article 4.1.3. " Plaques et tampons " du règlement de voirie de Bordeaux Métropole adopté le 23 février 2001 : " Les modèles de tampons, plaques de fermetures et tous objets affleurant sur la voirie seront soumis à l'agrément préalable de la Communauté urbaine (). En tout état de cause, les ouvrages seront conformes d'une part aux normes et avis techniques en vigueur et, d'autre part, au cahier des prescriptions " affleurement des réseaux sur domaine public viaire " joint en annexe au présent document () Leur aspect devra être aussi discret que possible. Dans les zones où les affleurements sont du type garnissable, leur position et leur orientation seront ajustées pour s'intégrer au calepinage général ".
6. En premier lieu, ni les dispositions précitées du règlement de voirie ni les dispositions du plan de sauvegarde et de mise en valeur applicable au secteur de la place de Tourny, n'imposaient au président de Bordeaux Métropole, contrairement à ce que soutient l'établissement public, de prescrire, dans le cadre du réaménagement de cette place, l'usage de tampons garnissables de dalles, pavés ou cales pour toutes les émergences supérieures à 25 cm situées sur les trottoirs et sur les chaussées pavées avec limitation de vitesse à 30 km/h. Si Bordeaux Métropole a produit en cours d'instance un document intitulé " Préconisations concernant les affleurements des réseaux ", recommandant que les tampons d'une dimension supérieure à 25 cm soient garnissables, il n'est pas justifié de ce que ce document correspondrait à l'annexe à laquelle renvoie l'article 4.1.3. précité du règlement de voirie, qui porte un intitulé différent, et qu'il serait ainsi opposable à la société Orange.
7. En second lieu, si Bordeaux Métropole fait valoir que la prescription en cause poursuivait un objectif esthétique justifié par le caractère patrimonial remarquable que constitue la place Tourny, cette prescription ne peut être regardée comme indispensable pour assurer la protection du domaine public routier ou en garantir un usage répondant à sa destination. En outre, il ressort des pièces du dossier que le coût de sa mise en œuvre a manifestement excédé celui de des frais de remise en état des lieux, nonobstant l'exigence de prise en compte de la qualité esthétique de ceux-ci. Par suite, la prescription contenue à l'article 8 de l'arrêté d'autorisation de travaux litigieuse a porté une atteinte excessive au droit d'occupation du domaine public routier reconnu à la société Orange et rappelé au point 4.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la société Orange est fondée à demander l'annulation de l'article 8 de l'arrêté attaqué en ce qu'il comporte des prescriptions relatives aux tampons affleurants, de même que celle de la décision rejetant sa demande d'abrogation.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 1 500 euros à verser à la société Orange en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : L'article 8 de l'arrêté du président de Bordeaux Métropole notifié le 10 avril 2019 à la société Orange est annulé en tant qu'il comporte des prescriptions relatives aux tampons affleurants, ainsi que la décision de la même autorité rejetant la demande d'abrogation formée le 6 décembre 2019 par la société Orange.
Article 2 : Bordeaux Métropole versera une somme de 1 500 euros à la société Orange en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Orange SA et à Bordeaux Métropole.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.
Le président rapporteur,
L. POUGET
L'assesseur le plus ancien,
L. JOSSERAND
La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026