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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2001362

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2001362

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2001362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique
Avocat requérantMICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2020, M. D A, représenté par Me Kimiko Michel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 octobre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé l'échange de son permis de conduire syrien en permis français ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'échanger son permis de conduire contre un permis de conduire français dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat à verser au conseil du requérant une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière et publiée ;

- l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019, modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012, qui supprime la dispense de réciprocité qui existait au profit des réfugiés, n'est pas conforme aux engagements internationaux de la France et doit être écarté à ce titre ;

- le préfet commet une erreur de droit en ce que sa situation aurait dû être considérée comme juridiquement constituée à la date du dépôt de sa demande, le 28 juin 2019, et n'aurait donc pas dû se voir appliquer les nouvelles dispositions résultant de la dénonciation de l'accord de réciprocité entre la France et la Syrie par la France le 1er octobre 2019 ;

- sa situation personnelle de réfugié et père d'une personne handicapée dépendante de lui le place dans une situation de vulnérabilité et demande d'évaluer son cas avec bienveillance, ainsi que le dispose la Convention de Genève.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Billet-Ydier, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme E.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, de nationalité syrienne, a obtenu son permis de conduire en Syrie, le 1er juillet 2008. Il s'est vu attribuer le statut de réfugié le 28 août 2019 puis délivrer une carte de résident, valable du 7 janvier 2020 au 6 janvier 2030. M. A a déposé le 28 juin 2019 une demande d'échange de son permis de conduire syrien contre un permis français. Par décision du 8 octobre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté en date du 17 septembre 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n°74 de l'Etat dans le département, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme B C, directrice du Centre d'expertise et de ressources titres (CERT), à l'effet de signer toutes décisions individuelles entrant dans le cadre des attributions relevant de la compétence du CERT. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose que : " I. - Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. - Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange () ".

4. En premier lieu, dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 19 avril 2019, le I de l'article 11 du même arrêté du 12 janvier 2012 disposait que : " I. Les dispositions du A du I de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention " réfugié " (). Ces dispositions ont toutefois été abrogées par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012, qui a été publié au Journal officiel de la République française le 18 avril 2019 et est entré en vigueur le lendemain de sa publication.

5. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions précitées.

6. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt, alors même que le dossier déposé à cette fin présenterait un caractère complet. Par suite, la réglementation en vigueur s'appliquait à la date de la décision de rejet de la demande, prise le 8 octobre 2019 par le préfet de la Loire-Atlantique.

7. Ainsi, lorsque l'administration statue, à compter du 19 avril 2019, c'est-à-dire après l'entrée en vigueur des dispositions ayant rendu applicable aux bénéficiaires du statut de réfugié, aux apatrides ou aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, la condition d'existence d'un accord de réciprocité pour tout échange d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition.

8. En deuxième lieu, il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article 14 de l'arrêté du 12 janvier 2012, combinées avec celles de l'article 5 du même arrêté, que la liste d'États qu'elles prévoient doit énumérer les États avec lesquels la France a conclu un accord de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire. Aucune liste n'a été établie par le ministre de l'intérieur en application de ces dispositions, celle qui figure en annexe de la circulaire du 3 août 2012 relative à la mise en œuvre de l'arrêté du 12 janvier 2012 recensant indistinctement les accords et les pratiques de réciprocité. Le second alinéa du même article prévoit qu'en pareil cas, les demandes d'échange sont traitées sur la base de la liste prévue à l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999. Si la circulaire du 22 septembre 2006 du ministre chargé des transports avait fixé une liste d'États sur le fondement de cet article, l'annexe de cette circulaire fixant la liste n'a pas été mise en ligne sur le site internet relevant du Premier ministre prévu au premier alinéa de l'article 1er du décret du 8 décembre 2008 relatif aux conditions de publication des instructions et circulaires, repris à l'article R. 312-8 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application de l'article 2 du même décret, aux termes duquel les instructions et circulaires déjà signées " sont regardées comme abrogées si elles ne sont pas reprises sur le site mentionné à l'article 1er ", la liste doit être regardée comme abrogée. En outre, la liste figurant en annexe de la circulaire du 3 août 2012, établie par le ministre de l'intérieur, ne peut être regardée comme ayant été prise en application des dispositions de l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999.

9. Dans ces conditions, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, pour déterminer si un permis de conduire délivré par un État n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen est susceptible d'être échangé contre un permis français, il y a seulement lieu de vérifier si, conformément aux dispositions précitées du I de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, cet État est lié à la France par un accord de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire.

10. A cet égard et alors que la liste annexée à la circulaire du 3 août 2012 recense, ainsi qu'il a été dit au point 3, les accords et les pratiques d'échanges, la mention de la Syrie sur cette liste est uniquement susceptible de révéler l'existence d'une pratique antérieure de la France d'admettre l'échange de permis de conduire délivrés par la Syrie mais n'est pas, à elle seule, de nature à établir l'existence d'un accord de réciprocité entre la France et la Syrie en matière d'échange de permis de conduire. Il en est de même de la " liste des Etats ou autorités avec lesquels la France a un accord " figurant en annexe du rapport " Conduire à l'étranger : législation comparée et propositions " rendu par l'Assemblée des Français de l'étranger en mars 2015. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'aucun accord de réciprocité sous quelque forme que ce soit n'a jamais été conclu entre la France et la Syrie en matière d'échange de permis de conduire et qu'un tel accord n'existait donc pas ni à la date à laquelle M. A a saisi le préfet de la Loire-Atlantique d'une demande d'échange de son permis de conduire syrien, ni a fortiori à la date à laquelle le préfet de la Loire-Atlantique s'est prononcé sur cette demande. Par suite, en l'absence de tout accord de réciprocité entre la France et la Syrie, le préfet était tenu, en application des dispositions du I de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, de refuser de procéder à l'échange de permis de conduire sollicité par M. A.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés : " 1. Sous réserve des dispositions favorables prévues par cette Convention, tout Etat Contractant accordera aux réfugiés le régime qu'il accorde aux étrangers en général. / 2. Après un délai de résidence de trois ans, tous les réfugiés bénéficieront, sur le territoire des Etats Contractants de la dispense de réciprocité législative. / 3. Tout Etat contractant continuera à accorder aux réfugiés les droits et avantages auxquels ils pouvaient déjà prétendre, en l'absence de réciprocité, à la date d'entrée en vigueur de cette convention pour ledit Etat. / () ".

12. M. A ne justifiant pas, à la date de la décision attaquée du 8 octobre 2019, d'une résidence de trois ans sur le territoire français, il ne saurait utilement se prévaloir de la dispense de réciprocité législative prévue par les stipulations précitées de l'article 7 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés pour contester, par voie d'exception, la légalité de l'arrêté du 19 avril 2019.

13. En dernier lieu, si M. A soutient qu'il a besoin de son permis de conduire dans le cadre de sa vie familiale, cette circonstance est sans incidence sur la décision contestée dont la légalité ne peut être appréciée qu'au regard des dispositions législatives et réglementaires en vigueur.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision du 8 octobre 2019 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

F. E

La greffière,

A. BEGORRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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