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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2002434

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2002434

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2002434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique
Avocat requérantBAULIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2020, M. F, représenté par Me Arnaud Baulimon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de son permis de conduire soudanais contre un permis français, ensemble la décision implicite du rejet de son recours gracieux ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de faire droit à sa demande d'échange de permis dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa demande d'échange de permis dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner le préfet de la Loire-Atlantique de verser au conseil du requérant la

somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière et publiée ;

- la décision est insuffisamment motivée en ce que l'administration a rempli un formulaire-type sans fournir d'éléments de preuve caractérisant les motifs qui ont fondé le refus de l'échange de permis ;

- l'administration a commis une erreur de fait en ce que le caractère de faux attribué au permis de conduire du requérant est matériellement inexact..

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Billet-Ydier, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Baulimon représentant M. C,

- le préfet n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, de nationalité saoudienne, a obtenu son permis de conduire au Soudan, le 26 mars 2013. Suite à son arrivée en France, il s'est vu attribuer le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 19 juin 2018. Le requérant a par la suite obtenu une carte de résident, valable du 21 janvier 2019 au 20 janvier 2029. M. C a déposé le 12 août 2019 une demande d'échange de son permis de conduire soudanais contre un permis français. Par décision du 10 décembre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande au motif que le permis du requérant a subi une falsification. Le recours gracieux formé par le requérant contre ce refus, le 21 janvier 2020, a été implicitement rejeté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée, pour le préfet de la Loire-Atlantique, par Mme B A, chef de la section lutte contre la fraude du centre d'expertise et de ressources titres échange de permis de conduire étrangers de la préfecture de la Loire-Atlantique, qui disposait, à cet effet, d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 17 septembre 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 74. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

4. Le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle n'est pas accompagnée des éléments de preuve caractérisant les motifs fondant le refus d'échange de son titre de conduite. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée mentionne les dispositions de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dont le préfet de la Loire-Atlantique a entendu faire application. Elle indique également que le permis de conduire présenté par l'intéressé, qui ne correspond pas à un permis de conduire soudanais authentique, est une falsification. Par suite, la décision attaquée fait état des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle repose, permettant à M. C d'en contester utilement les motifs, quand bien même le requérant n'aurait pas eu connaissance du rapport de la direction départementale de la police aux frontières. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ".

6. Aux termes du I de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 : " Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange. / B. ' Etre en cours de validité au moment du dépôt de la demande, à l'exception des titres dont la validité est subordonnée par l'Etat qui l'a délivré aux droits au séjour sur leur territoire du titulaire du titre. / Dans ce cas, l'autorité administrative compétente s'assure de la concordance des dates de validité du titre de conduite et du titre de séjour délivrés par le même Etat. / C. ' Pour un étranger non-ressortissant de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen, de la Confédération suisse ou de la Principauté de Monaco, avoir été obtenu antérieurement à la date de début de validité du premier titre de séjour et, s'il possède une nationalité autre que celle de l'Etat de délivrance, avoir en outre été obtenu pendant une période au cours de laquelle l'intéressé avait sa résidence normale dans cet Etat. Pour un ressortissant français ou de l'Union européenne, avoir été obtenu pendant une période au cours de laquelle l'intéressé avait sa résidence normale dans cet Etat. / D. ' Etre rédigé en langue française ou, si tel n'est pas le cas, accompagné d'une traduction officielle en français, légalisée ou apostillée si la traduction est effectuée à l'étranger ou, si elle est réalisée en France, effectuée par un traducteur habilité à intervenir auprès des autorités judiciaires ou administratives françaises. Le demandeur peut produire une traduction établie par la représentation diplomatique en France de l'Etat de délivrance du titre de conduite. ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. () ".

7. Le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, dès lors que le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas retenu le caractère authentique de son permis de conduire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'analyse établi les 30 octobre 2019 par la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité de Nantes, que la personnalisation normalement imprimée en thermique a été réalisée en toner sur un film plastique collé et découpé aux ciseaux. Un second rapport en date du 10 décembre 2020, tend à confirmer la falsification du document en constatant notamment que la personnalisation normalement réalisée en impression thermique a été modifiée et remplacée à l'aide d'un film de protection adhésif et réimprimée en toner. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de la décision du 10 décembre 2019 attaquée, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivré au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

F. E

La greffière,

A. BEGORRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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