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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2002727

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2002727

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2002727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP MICHEL LEDOUX ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juin 2020, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 24 décembre 2019 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Agen-Nérac a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident survenu le

25 février 2019, ainsi que sa décision du 12 juin 2020 rejetant son recours gracieux.

Elle soutient que :

- la commission de réforme a rendu un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident ;

- elle n'a jamais consulté pour une telle douleur à l'épaule auparavant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2021, le directeur du centre hospitalier d'Agen-Nérac, représenté par Me Quinquis, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wohlschlegel, première conseillère ;

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public ;

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A exerce les fonctions d'aide-soignante au service pneumologie du centre hospitalier d'Agen-Nérac. Le 25 février 2019, elle indique avoir ressenti une violente douleur à l'épaule droite en soulevant une patiente à l'occasion de sa toilette, qui lui a occasionné un malaise et l'a conduite à devoir s'asseoir sur le sol. Elle s'est rendue aux urgences où une tendinite a été diagnostiquée et a été placée en congé de maladie jusqu'au 6 mai 2019. Le 9 avril 2019, l'expert médical a conclu, après échographie, à la préexistence d'une arthropathie acromio-claviculaire dégénérative débutante avec une tendinopathie de la coiffe des rotateurs associée, physiologique pour l'âge et dolorisée par le fait accidentel, évoluant pour son propre compte, et à l'absence de relation unique et directe de cette lésion avec un accident de service. La commission de réforme réunie le 24 octobre 2019 a rendu un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident. Par décision du 19 décembre 2019 reçue par la requérante le 24 décembre, le directeur du centre hospitalier a refusé de reconnaître cette imputabilité. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette décision ainsi que la décision du 9 juin 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours ".

3. D'autre part, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ".

4. Enfin, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.

6. Toutefois, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. () ". Aux termes de l'article 2 de cette ordonnance : " Tout acte, recours, action en justice () qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois. () ".

7. Le recours gracieux présenté par Mme A le 10 janvier 2020 a eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux dont elle disposait pour contester la décision initiale du 19 décembre 2019. Un refus implicite de ce recours gracieux est né le 10 mars 2020. Cependant, en raison du contexte sanitaire lié au Covid-19, et en application des dispositions citées au point précédent, le délai de recours contentieux expirant le 11 mai 2020 n'a recommencé à courir pour une durée de deux mois qu'à compter du 23 juin 2020. Par suite, le recours contentieux présenté par Mme A et enregistré le 26 juin 2020 au greffe du tribunal n'est pas tardif, et la fin de non-recevoir opposée en ce sens par le centre hospitalier doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

8. Le deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable au litige, dispose que : " () si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

9. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet accident du service, le caractère d'un accident de service ;

10. Le bénéfice du régime institué par le deuxième alinéa du 2° de l'article 41 précité de la loi du 9 janvier 1986 est subordonné à la condition que l'accident mettant l'intéressée dans l'incapacité d'accomplir son service soit en lien direct, mais pas nécessairement exclusif, avec le service.

11. Il ressort des conclusions de l'expert citées au point 1 que Mme A est affectée d'une arthropathie acromio-claviculaire dégénérative débutante avec une tendinopathie de la coiffe des rotateurs associée, physiologique pour l'âge, mais que la douleur qui lui a été occasionnée résulte du " fait accidentel ", ce que confirme le certificat médical produit par Mme A devant le tribunal, des termes duquel il résulte que cette dernière n'a jamais consulté son médecin pour une douleur à son épaule droite avant l'accident survenu le 25 février 2019. Il s'ensuit que le directeur du centre hospitalier d'Agen-Nérac n'a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point 8, refuser de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident de Mme A au seul motif que celui-ci ne trouvait pas sa cause exclusive dans les fonctions accomplies par l'intéressée en qualité d'aide-soignante. Il en résulte que sa décision du 19 décembre 2019 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, sa décision du 9 juin 2020 rejetant le recours gracieux de Mme A, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête.

DECIDE :

Article 1er : Les décisions du 19 décembre 2019 et du 9 juin 2020 sont annulées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier d'Agen-Nérac.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme D et Mme C, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

E. D

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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