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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2003368

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2003368

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2003368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique
Avocat requérantBAULIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 juillet 2020 et 7 mai 2021, M. C A B, représenté par Me Arnaud Baulimon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du préfet de la Loire-Atlantique portant refus de l'échange de son permis de conduire marocain contre un permis français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, de procéder à l'échange de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, de réexaminer sa demande d'échange de permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 2 000 euros au bénéfice du conseil du requérant.

Il soutient que :

- La décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- La décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplissait les conditions légales pour obtenir l'échange de son permis de conduire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

' à titre principal, la décision attaquée est inexistante et, en tout état de cause, la requête est tardive ;

' à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er juillet 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 du ministre de l'équipement, des transports et du logement fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Billet-Ydier, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Baulimon, représentant de M. A B, absent.

- le préfet n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité marocaine, a demandé le 4 mai 2018 au préfet de la Loire-Atlantique l'échange de son permis de conduire marocain contre un permis de conduire français. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet a rejeté sa demande.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

En ce qui concerne l'inexistence de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen : " A. - Le titulaire d'un permis de conduire national délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit, en vue d'obtenir le permis français en échange de son titre de conduite étranger, en faire la demande au préfet du département de son lieu de résidence afin que celle-ci soit instruite et enregistrée dans le Système national des permis de conduire et que le titre lui soit délivré si toutes les conditions sont réunies. () ". Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une autorité administrative incompétente, cette dernière la transmet à l'autorité administrative compétente et en avise l'intéressé. Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'autorité initialement saisie. () ". Aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. ". Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 4° Dans les cas, précisés par décret en Conseil d'Etat, où une acceptation implicite ne serait pas compatible avec le respect des engagements internationaux et européens de la France, la protection de la sécurité nationale, la protection des libertés et des principes à valeur constitutionnelle et la sauvegarde de l'ordre public. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 23 octobre 2014 relatif aux exceptions à l'application du principe " silence vaut acceptation " ainsi qu'aux exceptions au délai de deux mois de naissance des décisions implicites : " En application du 4° de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé pendant deux mois par l'administration vaut décision de rejet pour les demandes dont la liste figure en annexe du présent décret. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A B a adressé une demande d'échange de son permis de conduire le 4 mai 2018 ainsi que permettent de le relever l'accusé de réception du courrier envoyé à la préfecture de la Loire-Atlantique le 4 mai 2018 et le courriel du 25 novembre 2018 envoyé à la préfecture de la Loire-Atlantique par lequel il s'est enquis de l'état d'avancement de son dossier. A supposer même que cette demande ait dû être adressée à la préfète de la Gironde, il appartenait au service de la préfecture de la Loire-Atlantique, sur le fondement de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, d'adresser cette demande à l'autorité compétente pour l'instruire.

4. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la demande adressée par M. A B était incomplète, au sens et pour l'application de l'article 6 de l'arrêté du 12 janvier 2012 déjà cité. A supposer même que le dossier accompagnant la demande d'échange de permis de conduire de M. A B ait été incomplet, il appartenait au service de la préfecture de la Loire-Atlantique, sur le fondement de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, d'indiquer à M. A B les pièces et informations manquantes exigées. Par suite, la demande adressée par M. A B le 4 mai 2018 a donné lieu, à l'expiration d'un délai de deux mois et en application des dispositions combinées de l'article L. 231-4 du code des relations entre public et l'administration et l'article 1er du décret du 23 octobre 2014, à une décision implicite de rejet du préfet de la Loire-Atlantique.

En ce qui concerne la tardiveté de la requête :

5. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () ". Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / 2° La désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; / 3° Le cas échéant, les informations mentionnées à l'article L. 114-5, dans les conditions prévues par cet article. / Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. Dans le second cas, il mentionne la possibilité offerte au demandeur de se voir délivrer l'attestation prévue à l'article L. 232-3. " Aux termes de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'un accusé de réception comportant les mentions prévues par ces dernières dispositions, les délais de recours contentieux contre une décision implicite de rejet ne sont pas opposables à son destinataire.

6. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

7. Les règles énoncées au point 6, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dans les conditions prévues par les textes cités au point 5, dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A B n'a pas reçu d'accusé de réception de sa demande reçue le 4 mai 2018 comportant les mentions prévues par les dispositions de l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration déjà cité, et n'a pas été informé qu'une décision implicite de rejet pouvait intervenir au-delà d'un délai de deux mois. La circonstance que M. A B a été informé qu'aucun dossier n'était enregistré à son nom auprès du CERT-EPE de Nantes le 27 novembre 2018, et celle qu'il ait déposé un nouveau dossier de demande d'échange de permis de conduire le 28 janvier 2019, ne sauraient constituer la preuve qu'il avait connaissance de l'existence d'une décision implicite de rejet de sa première demande avant l'envoi d'une demande de communication des motifs de ladite décision implicite de rejet par son conseil le 15 juillet 2020. Dès lors, M. A B doit être regardé comme ayant nécessairement eu connaissance de l'existence d'une décision implicite de rejet à la date de l'envoi de cette demande le 15 juillet 2020, date à partir de laquelle court le délai raisonnable dont disposait M. A B pour saisir le juge. Par suite, la requête de M. A B, déposée le 31 juillet 2020 dans le délai d'un an suivant la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision, ne saurait être regardée comme tardive.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

9. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311 -5 ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

10. Alors qu'une décision portant refus d'échange de permis de conduire est au nombre de celles qui doivent être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, M. A B a sollicité la communication des motifs du rejet implicite opposé à sa demande par une lettre reçue en préfecture le 22 juillet 2021. Le préfet de la Loire-Atlantique n'ayant pas répondu à cette demande, la décision contestée doit être regardée comme ne répondant pas à l'exigence de motivation. Dans ces conditions, le refus d'échange de permis de conduire qui lui a été ainsi opposé est entaché d'illégalité et doit être annulé.

11. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite du préfet de la Loire-Atlantique portant refus de l'échange du permis de conduire de M. A B doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande d'échange de permis de conduire du requérant et qu'il soit statué sur cette demande. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens au préfet de la Loire-Atlantique et de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au bénéfice du conseil du requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du préfet de la Loire-Atlantique portant rejet de la demande d'échange de permis de conduire de M. A B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la demande d'échange de permis de conduire de M. A B et de statuer sur cette demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Arnaud Baulimon, conseil de M. A B, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Arnaud Baulimon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

F. D

La greffière,

A. BEGORRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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