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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2003566

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2003566

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2003566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantCRECENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Sous le n° 2003566, par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 août 2020 et le 8 septembre 2021, l'association Défense des milieux aquatiques, représentée par Me Crecent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 189-2020 du préfet de la Dordogne du 16 juin 2020 autorisant l'établissement public territorial du bassin de la Dordogne (EPIDOR) à réaliser des pêches expérimentales sur l'espèce silure au droit des trois barrages de Bergerac, Tuillières et Mauzac, sur la rivière Dordogne, dans le cadre d'une étude visant à évaluer la sélectivité des engins de pêche et l'impact de l'espèce silure sur la migration des espèces alose, lamproie et saumon ;

2°) d'enjoindre au préfet de prononcer l'interdiction de la consommation des silures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle dispose d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

S'agissant de la légalité externe ;

- la consultation publique a méconnu l'article L.112-11 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que les participants n'ont pas reçu d'accusé de réception ni d'accusé d'enregistrement de leur contribution pendant 6 jours sur les 7 qu'a duré la consultation, et rien n'assure que toutes les contributions ont été prises en compte par l'administration, en méconnaissance de l'article L120-1 du code de l'environnement ;

- la consultation du public a été réduite à 7 jours, pour un motif qui ne figure pas au nombre des intérêts mentionnés au I de l'article L. 124-4 du code de l'environnement, ce qui méconnait les dispositions de l'article L.123-19-4 du code de l'environnement ; l'analyse des observations du public n'a duré qu'une seule journée ;

S'agissant de la légalité interne,

- le principe de précaution garanti par l'article 5 de la charte de l'environnement et l'article L.110-1 du code de l'environnement a été méconnu, dès lors qu'il existe un risque sanitaire lié à la capture et la commercialisation de silures ;

- l'autorisation de pêche dans la Dordogne ne vise aucune évaluation de ses

incidences NATURA 2000 sur ce site, en méconnaissance de l'article 6.3 de la directive habitat, et aucune évaluation n'a été réalisée de l'incidence de la pêche expérimentale aux engins sur les espèces localement protégées, en méconnaissance du IV bis de l'article L. 414-4 du code de l'environnement ;

- l'arrêté méconnait l'article 1er du règlement (CE ) n°1881/2006 de la commission du 19 décembre 2006 portant fixation de teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires ;

- le droit du public à l'information environnementale a été méconnu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2021, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 8 octobre 2021 à 12h00.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête pour défaut d'intérêt donnant qualité pour agir, dès lors que l'association Défense des milieux aquatiques a un ressort national et que l'arrêté attaqué ne soulève que des questions d'ordre local.

Par un mémoire, enregistré le 1er novembre 2022, l'association Défense des milieux aquatiques a présenté ses observations sur ce moyen relevé d'office et transmis une pièce nouvelle, cette dernière n'a pas été communiquée.

Par un courrier enregistré le 23 novembre 2022, l'association Défense des milieux aquatiques demande le report de l'audience.

II°) Sous le n° 2101274, par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 mars 2021 et le 10 septembre 2021, l'association Défense des milieux aquatiques demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Dordogne n°0022-2021 du 2 mars 2021 autorisant l'établissement public territorial du bassin de la Dordogne (EPIDOR) à réaliser des pêches expérimentales sur l'espèce silure au droit des trois barrages de Bergerac, Tuillières et Mauzac, sur la rivière Dordogne, dans le cadre d'une étude visant à évaluer la sélectivité des engins de pêche et l'impact de l'espèce silure sur la migration des espèces alose, lamproie et saumon ;

2°) d'enjoindre à l'administration de faire réaliser rapidement par les autorités nationales compétentes une enquête conclusive sur l'hétérogénéité des taux de PCB au sein d'un même

silure et sur le caractère réglementaire de ces taux.

Elle soutient que :

- elle dispose d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- il existe un risque sanitaire lié à la consommation de silures, dès lors qu'il s'agit de poissons fortement bio-accumulateurs, en particulier s'agissant de la teneur en PolyChloroBiphényles (PCB), et l'article 1er du règlement n°1881/2006 de la commission du 19 décembre 2006 fixe des teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires ; la commercialisation de ces poissons est donc contraire aux principes de précaution et de prévention ;

- l'autorisation de pêche dans la Dordogne ne vise aucune évaluation de ses

incidences NATURA 2000 sur ce site, en méconnaissance du IV bis de l'article L. 414-4 du code de l'environnement ;

- la pêche expérimentale comportant occupation du domaine public, en vertu de l'article L. 2122-14 du code général des collectivités territoriales, elle ne peut se faire sans titre ;

- La menace supposée des silures sur les espèces de poissons migrateurs n'est toujours pas démontrée, alors que la menace des engins de pêche utilisés est largement documentée ;

- l'arrêté attaqué menace la grande mulette, moule d'eau douce, en l'absence de toute dérogation du 4° de l'article L411-2 du code de l'environnement ;

- alors que la pêche de l'esturgeon et du saumon est interdite toute l'année et sur l'ensemble de la rivière Dordogne, l'arrêté contesté autorise, à certaines périodes de l'année, la détention et même la mise en œuvre de filets utilisables pour capturer des esturgeons et des saumons, et autorise donc ces pêcheurs à se placer dans une situation explicitement réprimée par l'article L.436-16 du code de l'environnement ;

- l'arrêté contrevient aux dispositions du I de l'article L436-16 du code de l'environnement ;

- l'article 5 de l'arrêté contesté autorise le verveux " avec une aile centrale ", ce qui augmente considérablement son efficacité, et au nombre de 6, 10 voire 12 pour une équipe de deux pêcheurs seulement, ce qui constitue une double violation du cahier des charges ;

- L'arrêté contesté vise la notion " d'autorisation en tout temps " prévue par l'article L.436-9 du code de l'environnement, alors que la finalité écologique n'est pas établie.

- L'arrêté contesté vise l'article R432-8 du code l'environnement mais n'en respecte pas

l'obligation de fixer les quantités de silure à prélever qui ne figurent nulle part.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2021, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 30 septembre 2021 à 12h00.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête pour défaut d'intérêt donnant qualité pour agir, dès lors que l'association Défense des milieux aquatiques a un ressort national et que l'arrêté attaqué ne soulève que des questions d'ordre local.

Par un mémoire, enregistré le 1er novembre 2022, l'association Défense des milieux aquatiques a présenté ses observations sur ce moyen relevé d'office.

Par un courrier enregistré le 23 novembre 2022, l'association Défense des milieux aquatiques demande le report de l'audience.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- et les observations de Me Crecent, représentant l'association Défense des milieux aquatiques et de M. Garcia, président de l'association,

- le préfet de la Dordogne n'étant ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré présentée pour l'association Défense des milieux aquatiques a été enregistrée le 25 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Défense des milieux aquatiques demande l'annulation des arrêtés des 16 juin 2020 et 2 mars 2021 par lesquels le préfet de la Dordogne a autorisé l'établissement public territorial du bassin de la Dordogne (EPIDOR) a réalisé des pêches de poissons de l'espèce silure (silurus glanis) à l'aide de différents filets et engins dans le cadre d'une étude visant à évaluer la sélectivité de ces engins et l'impact de cette espèce sur la migration des espèces alose, lamproie et saumon, au droit des trois barrages de Bergerac, Tuillières et Mauzac, sur la rivière Dordogne.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2003566 et n° 2101274 présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur la recevabilité :

3. En principe, le fait qu'une décision administrative ait un champ d'application territorial fait obstacle à ce qu'une association ayant un ressort national justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour en demander l'annulation. Il peut toutefois en aller autrement lorsque la décision soulève, en raison de ses implications, notamment dans le domaine des libertés publiques, des questions qui, par leur nature et leur objet, excèdent les seules circonstances locales.

4. D'une part, aux termes de l'article 2 de ses statuts, l'association Défense des milieux aquatiques a pour objet " d'agir pour la défense, la protection et la conservation de l'intégralité du milieu aquatique naturel en général, plus particulièrement marin et de toutes les espèces dépendantes de ce milieu tels que par exemple les poissons, et tous les organismes connus

ou à découvrir sans exception, y compris les mammifères marins, les reptiles, les oiseaux, mais

aussi les habitats concernés. / Dans ce but, elle peut agir à plusieurs niveaux : / 1) défendre toutes les espèces et les écosystèmes dépendants du milieu aquatique et leurs habitats respectifs, sans discrimination concernant leur état de conservation ou leur statut juridique / 2) œuvrer pour faire appliquer strictement les lois et règlements relatifs à ces situations / 3) participer à l'amélioration constante de toutes les dispositions juridiques qui bénéficient aux milieux aquatiques / 4) sensibiliser les citoyens par la publication numérique des actions et des motivations de l'association (site internet, réseaux sociaux) / 5) la lutte de toutes discriminations, dans le cadre de son objet ". Si l'association a son siège en Gironde, aucune stipulation des statuts ni aucune autre pièce du dossier ne permet de définir son périmètre d'action. L'intérêt à agir d'une personne morale s'appréciant exclusivement au regard de son objet social à la date de l'introduction de l'instance, l'association Défense des milieux aquatiques ne peut utilement faire valoir qu'elle a été agréée dans le cadre régional au titre de l'article L141-1 du code de l'environnement par arrêté de la préfète de la Gironde du 26 septembre 2022. Par suite, à la date d'introduction des requêtes, elle doit être regardée comme ayant un ressort national.

5. D'autre part, les arrêtés attaqués autorisent l'établissement public territorial du bassin de la Dordogne (EPIDOR) à réaliser des pêches expérimentales sur l'espèce silure au droit des trois barrages de Bergerac, Tuillières et Mauzac, sur la rivière Dordogne. Ils ne sont pas de nature à avoir des effets notables sur l'environnement, en particulier sur les espèces protégées, et prévoient à cet égard que les autres poissons seront remis à l'eau immédiatement, à l'exception des spécimens d'espèces susceptibles de créer des déséquilibres biologiques, qui seront détruits sur place, et qu'en cas de capture d'espèces sensibles, les organismes compétents seront consultés sans délai pour décider collégialement de la poursuite ou non des opérations. Si l'association requérante soutient qu'il existe un risque sanitaire lié à la consommation de silures, dès lors qu'il s'agit de poissons fortement bioaccumulateurs, les arrêtés contestés n'ont ni pour objet, ni pour effet d'autoriser la commercialisation et la consommation de silures, une telle commercialisation ayant été autorisée par arrêté inter-préfectoral du 21 juin 2016 pour les poissons pêchés dans la Garonne, la Dordogne, l'Isle et le canal latéral de la Garonne. Ainsi, les arrêtés en cause ne soulèvent que des questions strictement locales.

6. Il résulte de ce qui précède que l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Dordogne des 16 juin 2020 et 2 mars 2021. Il y a lieu par suite de rejeter ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Les requêtes n° 2003566 et n° 2101274 de l'association Défense des milieux aquatiques sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Défense des milieux aquatiques et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Une copie en sera communiquée au préfet de la Dordogne.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Molina-Andréo, première conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

La présidente-rapporteure

F. A

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau

B. MOLINA-ANDRÉO

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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