mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2003611 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET NORAY-ESPEIG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et des mémoires complémentaires et récapitulatifs enregistrés les 14 août 2020, 22 décembre 2021, 31 janvier 2021, 2 et 9 février 2022, 11 mars 2022 et 13 avril 2022, M. C B et Mme A B, représentés par Me Aljoubahi, avocat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 juillet 2020 par laquelle le maire de la commune de Condat-sur-Vézère a refusé d'abroger son arrêté du 29 mai 2018 portant interdiction de circulation sur l'entier chemin des Gratas à tout véhicule et tout piéton ;
2°) d'abroger cet arrêté du maire de Condat-sur-Vézère du 29 mai 2018 ;
3°) d'enjoindre au maire de Condat-sur-Vézère de réaliser, dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement à intervenir, des travaux d'entretien sur le chemin des Gratas leur permettant d'accéder aux parcelles dont ils sont propriétaires, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Condat-sur-Vézère une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- c'est à tort que le maire de la commune de Condat-sur-Vézère a, par la décision attaquée, refusé d'abroger l'arrêté règlementaire du 29 mai 2018 qui n'est plus adapté aux circonstances de fait et de droit ;
- l'interdiction de circulation édictée est générale et absolue ; elle a pour effet d'enclaver de manière permanente leurs parcelles ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- si elle a été fondée par l'urgence résultant de l'effondrement d'un mur de soutènement, aucune mesure pour remédier à cette situation n'a été prise depuis le 29 mai 2018 ; elle méconnait ainsi l'obligation d'entretien du chemin rural pesant sur la commune ; en outre, en application de l'article D. 161-11 du code rural, dès lors qu'un obstacle s'oppose à la circulation sur un chemin rural, il appartient au maire d'y remédier d'urgence ;
- par un arrêt du 19 novembre 2021, association des avocats Elena France et autres, req. n° 437141, le Conseil d'Etat a admis que le juge de l'excès de pouvoir puisse prononcer l'abrogation d'un acte règlementaire.
Par des mémoires enregistrés les 14 février 2022, 23 mars 2022 et 27 avril 2022, la commune de Condat-sur-Vézère, représentée par Me Espeig, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des consorts B le paiement d'une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions tendant à ce que le tribunal abroge l'arrêté du 29 mai 2018 sont irrecevables, en l'absence d'une illégalité résultant d'un changement de circonstances de droit ou de fait postérieur à son édiction ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 mai 2022.
Par courrier du 31 mai 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées en dehors des cas prévus par les articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative.
Un mémoire en réponse au courrier du 31 mai 2022 présenté pour les consorts B a été enregistré le 8 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Prince-Fraysse, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Antoniolli, représentant la commune de Condat-sur-Vézère.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de l'effondrement d'une partie du mur de soutènement du chemin des Gratas, situé sur le territoire de la commune de Condat-sur-Vézère (Dordogne), le maire a, par un arrêté du 29 mai 2018, pris sur le fondement de ses pouvoirs de police résultant des articles L. 2212-1, L. 2212-2, L. 2213-1 et L. 2213-2 du code général des collectivités territoriales, interdit la circulation sur l'entier chemin à tout véhicule et tout piéton. M. C B et sa fille Mme A B, qui sont propriétaires de plusieurs parcelles indirectement desservies par le chemin ainsi interdit à la circulation, ont, par courrier du 24 juin 2020, demandé au maire de Condat-sur-Vézère d'abroger l'arrêté du 29 mai 2018. Par décision du 17 juillet 2020, le maire de Condat-sur-Vézère a refusé de faire droit à leur demande. Par la présente requête, les consorts B demandent l'annulation de cette décision du 17 juillet 2020 et l'abrogation de l'arrêté du 29 mai 2018.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 juillet 2020 :
2. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le chemin des Gratas est un chemin rural qui remonte à flanc de coteaux depuis la sortie d'un hameau dit " village de la Machonie ". Ce chemin de terre partiellement empierré est carrossable, y compris pour un véhicule utilitaire. Alerté de la fragilisation de ses murs de soutènement, le maire a pris, le 21 mars 2006, un arrêté y interdisant la circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes. Il ressort des pièces du dossier que l'interdiction de circulation automobile et piétonne sur le chemin rural des Gratas prononcée par le maire par l'arrêté contesté du 29 mai 2018 fait suite à l'éboulement d'une partie du mur de soutènement provoqué par le passage d'un camion, en violation de l'interdiction de circulation édictée par l'arrêté municipal du 21 mars 2006. Il ressort du rapport de l'agence technique départementale de Dordogne de mars 2022, certes postérieur à la décision contestée mais mettant en évidence une situation de fait persistante depuis l'éboulement, que le mur de soutènement présente deux zones d'effondrement, la première de 7 m de long sur une hauteur d'1m20, la seconde de 3 m de long sur une hauteur d'1m50, qu'au droit des affaissements du mur, des affaissements de chaussée importants sont constatés et que les remblais arrières de mur au niveau des zones effondrées ne sont plus stabilisés. L'agence technique départementale estime dans ce rapport qu'en l'absence de réfection complète des effondrements, la sécurité des usagers du chemin n'est pas assurée, de sorte qu'il est indispensable de maintenir l'interdiction totale d'accès au chemin rural. Ainsi, l'interdiction de circulation sur le chemin est rendue nécessaire par le danger existant depuis l'éboulement du mur de soutènement en 2018. Si les requérants font état de ce que cette interdiction a un caractère général et absolu et a pour effet d'enclaver les parcelles dont ils sont propriétaires, d'une part le maire n'était pas tenu, au regard des motifs de sécurité pris en compte, de donner à l'interdiction de circulation une durée limitée, d'autre part, les requérants bénéficient toujours d'un accès possible à leur propriété par le chemin rural des chapelles nonobstant l'existence d'un conflit de voisinage entre M. B et un autre riverain. Ainsi, les conditions de droit ou de fait justifiant légalement l'arrêté de circulation sur le chemin des Gratas n'ont pas été modifiées dans des conditions qui justifieraient son abrogation. Par suite, en refusant d'abroger l'arrêté de circulation du 29 mai 2018 " pour des raisons de sécurité ", le maire de Condat-sur-Vézère n'a pas commis d'erreur de droit, ni porté à la liberté de circulation des requérants une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis.
4. Une commune n'a l'obligation d'entretenir les chemins ruraux ouverts à la circulation publique que dans le cas où elle a exécuté, postérieurement à l'incorporation du chemin dans la voirie rurale, des travaux destinés à en assurer ou à en améliorer la viabilité. Il ressort d'un arrêt produit au dossier de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 28 mars 2019, req. n° 17BX00193, et n'est pas contesté, que la commune de Condat-sur-Vézère a, après avril 2003, exécuté sur le chemin des Gratas des travaux ayant eu pour finalité d'y canaliser le ruissellement des eaux de pluie, et qu'elle fait procéder, une fois l'an, au débroussaillage de ses bas-côtés. Elle a dès lors l'obligation d'en assurer l'entretien normal. Cette obligation d'entretien normal ne saurait toutefois s'étendre aux travaux de réfection de la voie rendus nécessaire par l'effondrement d'une partie de son assiette, causé par le passage illégal d'un véhicule excédant le gabarit autorisé. Par suite, et alors que la commune déclare avoir initié un procès contre l'entreprise à l'origine de l'effondrement d'une partie de l'assiette du chemin, en vue de la prise en charge par cette dernière du coût de la réparation, la commune n'a commis aucune illégalité en refusant de réaliser à sa charge les travaux de réfection du chemin des Gratas.
5. Aux termes de l'article L. 161-5 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux. ". Aux termes de l'article D. 161-11 du même code : " Lorsqu'un obstacle s'oppose à la circulation sur un chemin rural, le maire y remédie d'urgence. / () ".
6. Il ressort des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, que le rétablissement de la circulation sur le chemin rural ne résulte pas de l'enlèvement d'un obstacle au sens des dispositions précitées de l'article D. 161-11 du code rural et de la pêche maritime, mais de la remise en état du chemin à la suite de l'effondrement d'une partie de son mur de soutènement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article D. 161-11 ne peut, dès lors, qu'être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les consorts B ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du maire de Condat-sur-Vézère du 17 juillet 2020 portant refus de leur demande d'abrogation.
Sur les conclusions à fin d'abrogation de l'arrêté du 29 mai 2018 :
8. Saisi de conclusions à fin d'annulation recevables, le juge peut également l'être, à titre subsidiaire, de conclusions tendant à ce qu'il prononce l'abrogation du même acte au motif d'une illégalité résultant d'un changement de circonstances de droit ou de fait postérieur à son édiction, afin que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales qu'un acte règlementaire est susceptible de porter à l'ordre juridique. Il statue alors prioritairement sur les conclusions à fin d'annulation.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que ce n'est que dans le cas où est demandé à titre principal l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte réglementaire, que le juge peut être saisi de conclusions subsidiaires tendant à l'abrogation de ce même acte. En l'espèce, les requérants ont demandé l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 17 juillet 2020, qui constitue non un acte règlementaire mais une décision individuelle. En outre, ils ont présenté des conclusions tendant à l'abrogation de l'arrêté du 29 mai 2018, qui constitue un acte distinct de celui à l'égard duquel les conclusions en annulation sont dirigées. Au surplus, ces conclusions n'ont pas été présentées à titre subsidiaire. Par suite, la commune de Condat-sur-Vézère est fondée à soutenir que les conclusions tendant à l'abrogation de l'arrêté du 29 mai 2018 sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
10. En dehors des cas prévus par les dispositions des articles L. 911-1 et suivant du code de justice administrative, il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir d'adresser des injonctions à l'administration. En l'absence d'annulation par le présent jugement d'une décision de refus d'exécuter des travaux sur le chemin des Gratas, les conclusions présentées par les consorts B tendant à ce que le tribunal enjoigne sous astreinte à la commune de Condat-sur-Vézère de réaliser de tels travaux sont irrecevables.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Condat-sur-Vézère, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les consorts B demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros à verser à la commune défenderesse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1 : La requête des consorts B est rejetée.
Article 2 : Les consorts B verseront à la commune de Condat-sur-Vézère la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A B et à la commune de Condat-sur-Vézère.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Pauziès, président,
- M. Béroujon, premier conseiller,
- Mme Molina-Andréo, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
B. MOLINA-ANDRÉO Le président,
J-C. PAUZIÈS
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026