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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2003814

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2003814

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2003814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique
Avocat requérantMICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2020, M. A D, représenté par Me Kimiko Michel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 19 février 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire syrien contre un permis de conduire français ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, celle-ci s'engageant à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est illégal par voie d'exception, en raison de l'illégalité de l'arrêté du 9 avril 2019 qui est incompatible avec les stipulations de l'article 7 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- ses efforts d'intégration seront compromis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Par une décision du 17 juin 2020, M. D a été admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut de réfugiés ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Billet-Ydier, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme E.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, bénéficiant du statut de réfugié, a sollicité le 2 octobre 2019, une demande d'échange de son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français. Par une décision du 19 février 2020 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B C, directrice du centre d'expertise et de ressources titres échange de permis de conduire étrangers à la préfecture de la Loire-Atlantique, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté préfectoral du 17 septembre 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen manque en fait.

3. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose que : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes :/ A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. () ".

4. Sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions de l'article 5-I de l'arrêté du 12 janvier 2012.

5. L'article 1 de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrée par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, a abrogé les dispositions du I de l'article 11 selon lesquelles : " Les dispositions du A du 1 de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention " réfugié ". Il en résulte qu'en dépit de la circonstance que M. D se soit vu reconnaître le bénéfice du statut de réfugié, il ne peut se prévaloir de l'exception prévue par la version ultérieure à la décision attaquée de l'article 11 précité.

6. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, il n'existait pas d'accord de réciprocité entre la France et la Syrie en matière d'échange de permis de conduire. Ainsi, la légalité de la décision contestée est subordonnée à la réalisation des conditions prescrites par les lois et règlements en vigueur au moment où l'administration a statué sur son dossier. Dès lors, en l'absence d'accord de réciprocité à la date de la décision attaquée, le préfet de la Loire-Atlantique, a pu sans méconnaître le I de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, refuser de procéder à l'échange du permis de conduire du requérant.

7. Aux terme de l'article 7 de la convention de Genève de 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés : " I. Sous réserve des dispositions favorables prévues par cette Convention, tout Etat Contractant accordera aux réfugiés le régime qu'il accorde aux étrangers en général. / 2. Après un délai de résidence de trois ans, tous les réfugiés bénéficieront, sur le territoire des Etats Contractants de la dispense de réciprocité législative () 4. Les Etats envisageront avec bienveillance la possibilité d'accorder aux réfugiés, en l'absence de réciprocité, des droits et des avantages outre ceux auxquels ils peuvent prétendre en vertu des paragraphes 2 et 3 ainsi que la possibilité de faire bénéficier de la dispense de réciprocité des réfugiés qui ne remplissent pas les conditions visées aux paragraphes 2 et 3. ".

8. Le quatrième point de l'article 7 de la Convention de Genève susvisée n'offre qu'une faculté pour les Etats contractants. Par ailleurs, M. D n'établit ni même n'allègue qu'il résidait en France depuis trois ans à la date de la décision attaquée. En outre, le requérant ne saurait se prévaloir de sa situation personnelle, notamment de son impécuniosité et de difficultés linguistiques, ces allégations étant sans incidence sur la décision attaquée dont la légalité ne peut être appréciée qu'au regard des dispositions législatives et réglementaires en vigueur. En outre, compte tenu des impératifs de la sécurité routière, laquelle requiert un bon niveau de formation des conducteurs, le fait d'assujettir l'échange des permis de conduire des ressortissants étrangers, y compris ceux des réfugiés et des bénéficiaires de la protection subsidiaire, à l'existence d'un accord bilatéral de réciprocité avec le pays d'origine, nécessairement conclu en considération de l'équivalence des conditions de délivrance des permis de conduire, ne saurait être regardé comme contraire à ces stipulations conventionnelles.

9. Par suite, M. D ne peut se prévaloir des stipulations précitées de l'article 7 de la convention de Genève au soutien du moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 9 avril 2019 pour contester l'arrêté attaqué.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

F. E

La greffière,

A. BEGORRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2003814

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