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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2004035

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2004035

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2004035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL TEISSONNIERRE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 septembre 2020 et 4 février 2022, M. A C , représenté par la SELARL Teissonnièrere, Topaloff, Lafforgue, Andreu et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2020 par laquelle le maire de la commune de Saint-Félix-de-Villadeix a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Félix-de-Villadeix de reconnaître le caractère professionnel de cette pathologie ou à défaut de réexaminer sa demande dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Félix-de-Villadeix une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'avis de la commission de réforme n'est pas motivé ;

- le médecin de prévention n'a pas été informé de la saisine de la commission de réforme ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'aucun taux minimum d'invalidité n'est requis ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que sa pathologie présente un lien direct et essentiel avec l'exercice de ses fonctions.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2022, la commune de Saint-Félix-de-Villadeix, représentée par la SELARL HMS Atlantique, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 10 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 10 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Macouillard, représentant M. C,

- et celles de Me Cordier-Amour, représentant la commune de Saint Felix de Villadeix.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, recruté le 1er juin 1989 par les communes de Saint-Félix-de-Villadeix et Saint-Marcel-du-Périgord en qualité d'adjoint technique territorial, a exercé des fonctions d'agent d'entretien communal pour ces deux communes puis exclusivement pour la commune de Saint-Félix-de-Villadeix du 30 avril 1994 au 31 mai 2011, date de son départ en retraite. M. C a adressé, le 3 janvier 2019, une demande de reconnaissance de maladie professionnelle au maire de la commune Saint-Félix-de-Villadeix. Par une décision du 23 juin 2020 dont il demande l'annulation, le maire de la commune de Saint-Félix-de-Villadeix, après un avis défavorable de la commission de réforme, a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 17 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " () Les avis sont émis à la majorité des membres présents. Ils doivent être motivés, dans le respect du secret médical () ".

3. L'avis de la commission de réforme du 2 juin 2020 précise notamment qu'il n'est pas justifié et démontré que la pathologie dont souffre M. C est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions de l'agent entre le 1er juin 1989 et le 31 mai 2011. Dès lors, cet avis est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive, pour la fonction publique territoriale, le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission () Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission () ".

5. Si M. C se prévaut de l'absence d'information du service de médecine préventive de la réunion de la commission de réforme, conformément aux dispositions du titre III du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale, celui-ci n'exerce une surveillance médicale qu'à l'égard des agents en position d'activité. Or, M. C a été admis à faire valoir ses droits à la retraite le 31 mai 2011 et n'est ainsi plus suivi par le service de médecine préventive. Dans ces conditions, l'absence d'information de ce service de la tenue de la commission de réforme du 2 juin 2022 ne l'a pas privé d'une garantie et n'est pas susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'information du médecin de prévention doit être écarté.

6. En troisième lieu, M. C soutient que la décision en litige est entachée d'erreur de droit dès lors qu'aucun taux minimum d'invalidité n'est requis pour reconnaître l'imputabilité au service d'une pathologie. Toutefois, pour refuser de faire droit à la demande de M. C, le maire de la commune de Saint-Félix-de-Villadeix s'est uniquement fondé sur l'absence de justification d'un lien entre la pathologie et les fonctions exercées. Par suite, ce moyen, inopérant, ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an () / Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite () / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

8. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce

qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

9. Il ressort des pièces du dossier que le 9 novembre 2017, M. C s'est présenté au service des urgences de l'hôpital de Périgueux pour des douleurs thoraciques brutales au repos, révélant une sévère insuffisance rénale. Il a ensuite été hospitalisé à la clinique Francheville de Périgueux où lui a été diagnostiquée une vascularite à anticorps anticytoplasme des polynucléaires neutrophiles (ANCA). L'intéressé produit un courrier du 30 mars 2018 dans lequel une néphrologue indique qu' " il semble avoir été exposé à la silice dans le cadre de son activité professionnelle " et que " certains cas de vascularité à ANCA ont été imputables à l'exposition à la silice ".

10. La fiche toxicologie de la silice éditée par l'institut national de recherche et de sécurité, produite aux débats précise, que de nombreux secteurs sont concernés par les travaux exerçant directement ou indirectement à la silice tels que l'extraction, l'industrie de la construction, le travail de matériaux en pierres artificielles, la fabrication de prothèses dentaires, la fonderie, la verrerie et les travaux publics. M. C a d'abord été employé par différentes entreprises de travaux publics entre 1972 et 1985, puis par les établissements Duhaze (chai) jusqu'en 1989 avant d'être recruté par les communes de Saint-Félix-de-Villadeix et de Saint-Marcel-du-Périgord. Il a ensuite exercé ses fonctions exclusivement pour la commune de Saint-Félix-de-Villadeix du 30 avril 1994 au 31 mai 2011, date de son départ en retraite. Dans le cadre des fonctions d'agent polyvalent pour la commune de Saint-Félix-de-Villadeix, il était principalement chargé de la collecte des ordures ménagères, de l'entretien des bâtiments communaux et des voies communales, des espaces verts, des équipements et du matériel communal, du dégagement des voies de circulation en cas d'intempéries. M. C produit également deux attestations selon lesquelles il aurait participé à des travaux de démolition à trois reprises au cours de sa carrière d'agent public. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait été particulièrement exposé à la silice au cours des fonctions variées qu'il a exercées pour la commune de Saint-Félix-de-Villadeix. Dans ces conditions, en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont se prévaut M. C, le maire de la commune de de Saint-Félix-de-Villadeix n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 juin 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

14. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. C soit mise à la charge de la commune de Saint-Félix-de-Villadeix, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C, la somme que demande la commune de Saint-Félix-de-Villadeix sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune Saint-Félix-de-Villadeix présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Saint-Félix-de-Villadeix.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Molina-Andréo, première conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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