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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2004176

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2004176

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2004176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 septembre 2020, 7 avril 2022 et 5 mai 2022, M. C A, représenté par Me Philippe Rainaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°0167-2020 du 10 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Salles a procédé au retrait de l'arrêté n°0065-2020 en date du 12 mars 2020 lui accordant le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Salles une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 10 juillet 2020 n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que l'arrêté du 12 mars 2020 n'était pas entaché d'illégalité ; le maire était compétent pour édicter cette mesure ; il a effectivement fait l'objet d'attaques en sa qualité de directeur général des services ;

-la demande de substitution de motifs formée par la commune et tirée de l'intérêt général ne peut être accueillie ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir en raison de l'animosité personnelle qu'éprouve le maire à son égard.

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 mars, 5 mai et 13 juin 2022, non communiqué pour ce-dernier, la commune de Salles conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 10 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,

- les observations de Me Rainaud, représentant M. A,

- et celles de Me Cazcarra, représentant la commune de Salles.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, rédacteur territorial, a exercé des fonctions de responsable de l'administration générale auprès de la commune de Salles jusqu'au 20 juillet 2020, date à laquelle il a fait l'objet d'un changement d'affectation. Le 6 mars 2020, M. A a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison des mentions " D.G.Sexuel " le mettant en cause, apposées sur les affiches de campagne électorale du maire sortant le 5 mars 2020. Le bénéfice de cette protection lui a été accordé par un arrêté n°0065-2020 du 12 mars 2020. Toutefois, cette décision a été retirée après l'élection d'un nouveau conseil municipal, le 10 juillet 2020 par un arrêté n°0167-2020, dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / II.- Sauf en cas de faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la responsabilité civile du fonctionnaire ne peut être engagée par un tiers devant les juridictions judiciaires pour une faute commise dans l'exercice de ses fonctions () IV .-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. / Lorsqu'elle est informée, par quelque moyen que ce soit, de l'existence d'un risque manifeste d'atteinte grave à l'intégrité physique du fonctionnaire, la collectivité publique prend, sans délai et à titre conservatoire, les mesures d'urgence de nature à faire cesser ce risque et à prévenir la réalisation ou l'aggravation des dommages directement causés par ces faits. Ces mesures sont mises en œuvre pendant la durée strictement nécessaire à la cessation du risque. / V.- La protection peut être accordée, sur leur demande, au conjoint, au concubin, au partenaire lié par un pacte civil de solidarité au fonctionnaire, à ses enfants et à ses ascendants directs pour les instances civiles ou pénales qu'ils engagent contre les auteurs d'atteintes volontaires à l'intégrité de la personne dont ils sont eux-mêmes victimes du fait des fonctions exercées par le fonctionnaire () ". Ces dispositions établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

4. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. Pour retirer l'arrêté n°0065-2020 du 12 mars 2020, le maire de la commune de Salles s'est fondé sur la circonstance que M. A n'occupait pas les fonctions de directeur général des services mais de responsable de l'administration générale et ne pouvait ainsi être visé par les attaques dirigées contre le directeur général des services. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la commune ne compte pas de directeur général des services et que M. A, qui était placé à la tête de l'administration communale, était communément désigné comme exerçant de telles fonctions pour lesquelles il avait d'ailleurs été initialement recruté. Par suite, c'est à tort que le maire de la commune de Salles s'est fondé sur un tel motif pour retirer à M. A le bénéfice de la protection fonctionnelle.

6. Toutefois, la commune de Salles fait valoir en défense qu'elle était fondée à prendre une telle décision pour deux autres motifs tirés de l'illégalité de l'arrêté octroyant la protection fonctionnelle à M. A : la volonté de celui-ci de régler un différend personnel et l'intérêt général qui s'attachait à refuser le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. A.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'attaques à raison des fonctions qu'il occupe au sein de la commune de Salles. Dans ces conditions, le motif tiré du caractère personnel du différend pour lequel M. A a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle ne peut davantage fonder le retrait de la décision lui octroyant cette protection.

8. D'autre part, si la commune de Salles fait état des conséquences sur le budget de la commune des dépenses engagées au titre de la protection fonctionnelle accordée à M. A, qui s'élèvent à la somme totale de 62 500 euros hors taxes, cette circonstance ne constitue pas un motif d'intérêt général permettant à l'autorité administrative de refuser, et donc de retirer, le bénéfice de la protection instituée par l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.

9. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté n°0167-2020 du 10 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Salles a procédé au retrait de l'arrêté n°0065-2020 du 12 mars 2020 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Salles soient mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la commune de Salles une somme de 500 euros à verser M. A sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n°0167-2020 du 10 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Salles a procédé au retrait de l'arrêté n°0065-2020 du 12 mars 2020 est annulé.

Article 2 : La commune de Salles versera à M. A la somme de 500 (cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Salles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la commune de Salles.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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