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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2004280

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2004280

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2004280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL AEDIFICO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 septembre 2020 et 18 novembre 2021, la société Terravascona, représentée par Me Guillaume Achou-Lepage, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°19-326 du 12 février 2020 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer l'autorisation de défricher 0,4621 hectares de bois sur la parcelle cadastrée n°BN-117 située sur le territoire de la commune de Belin-Béliet, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer l'autorisation de défrichement sollicitée dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête, qui n'est pas tardive, est recevable ;

- le signataire de l'arrêté est incompétent, en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée au bénéfice de M. A ;

- la préfète de la Gironde s'est estimée, à tort, liée par l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 10 janvier 2020 ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard du 8° de l'article L. 341-5 du code forestier dès lors que le site naturel est préservé, il s'agit d'une dent creuse, l'artificialisation des sols ne peut lui être opposée dès lors que la zone est classée constructible par le plan local d'urbanisme ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard du 9° de l'article L. 341-5 du code forestier dès lors que les constructions projetées ne se situent pas en interface avec le massif forestier, une bande de défense des forêts contre l'incendie avec un accès pompier stabilisée est prévue, le projet diminue le linéaire de front forestier ;

- en application de l'article L. 341-6 du code forestier, la préfète de la Gironde pouvait assortir l'autorisation de conditions.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2021, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 19 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- et les observations de Me Achou Lepage, représentant la SARL Terravascona.

Considérant ce qui suit :

1. La société Terravascona a déposé le 16 décembre 2019 une demande d'autorisation de défricher 0,4621 hectares de bois sur la parcelle cadastrée n°BN-117 située sur le territoire de la commune de Belin-Béliet en vue de construire sept lots d'habitation. Par un arrêté n°19-236 du 12 février 2020, dont elle demande l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé d'accorder l'autorisation sollicitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour refuser de délivrer l'autorisation de défricher 0,4621 hectares sur la parcelle cadastrée n° BN-117, la préfète de la Gironde s'est fondée sur deux motifs : le premier tiré de la protection de l'équilibre biologique de la région au sens du 8° de l'article L. 341-5 du code forestier, et le second tiré de la protection du massif forestier contre le risque incendie au sens du 9° de ce même article.

3. Aux termes de l'article L. 341-5 du code forestier : " L'autorisation de défrichement peut être refusée lorsque la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est reconnu nécessaire à une ou plusieurs des fonctions suivantes : () 8° A l'équilibre biologique d'une région ou d'un territoire présentant un intérêt remarquable et motivé du point de vue de la préservation des espèces animales ou végétales et de l'écosystème ou au bien-être de la population ; / 9° A la protection des personnes et des biens et de l'ensemble forestier dans le ressort duquel ils sont situés contre les risques naturels, notamment les incendies et les avalanches ".

4. D'une part, s'agissant du motif tiré du 8° de l'article L. 341-5 du code forestier, il ressort des pièces du dossier que la parcelle n°BN-117 s'inscrit dans la continuité du site inscrit val de l'Eyre et vallée de l'Eyre. Toutefois, ce seul élément ne permet pas de démontrer que la conservation du bois de pins maritimes, dont il est demandé le défrichement, est reconnue nécessaire à l'équilibre biologique du territoire. Dans ces conditions, en opposant le motif tiré du 8° de l'article L. 341-5 du code forestier la préfète de la Gironde a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

5. D'autre part, s'agissant du motif tiré du 9° de l'article L. 341-5 du code forestier, il ressort des pièces du dossier que le risque de feu de forêt sur le territoire de la commune de Belin-Béliet est considéré comme " très fort " par l'atlas départemental du risque d'incendie de forêt de Gironde de 2009, soit le niveau maximal. Toutefois, il ressort des différents plans de l'opération envisagée, que celle-ci s'insère dans une dent creuse, au contact par trois côtés sur quatre avec des zones urbanisées. L'urbanisation de la parcelle n° BN-117 permettra une réduction sensible du linéaire d'interface entre le massif forestier et les zones d'habitation voisines. En outre, le plan parcellaire fourni par la société Terravascona à l'appui de sa demande de défrichement fait état de l'aménagement d'une bande de défense des forêts contre l'incendie d'une largeur de 12 mètres et d'un accès pompier ainsi facilité. Dans ces conditions, en opposant le motif tiré du 9° de l'article L. 341-5 du code forestier la préfète de la Gironde a fait une inexacte application de ces dispositions.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 12 février 2020 de la préfète de la Gironde, ensemble le rejet implicite de recours gracieux, doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer l'autorisation de défrichement sollicitée par la société Terravascona dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Terravascona et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n°19-236 du 12 février 2020, ensemble le rejet implicite de recours gracieux, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer l'autorisation de défrichement sollicitée par la société Terravascona dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société Terravascona une somme de 1 500 (mille cinq cents euros) au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Terravascona et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire. Copie en sera adressée à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Molina-Andréo, première conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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