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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2004686

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2004686

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2004686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CORNILLE - FOUCHET - MANETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 octobre 2020, le 11 mars 2021 et le 28 mai 2021, M. A B, représenté par Me Manetti, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2020 par lequel le maire de Bordeaux a délivré à la société civile immobilière (SCI) Cléas un permis de construire portant sur la démolition d'une maison de ville et l'édification d'un immeuble de bureaux sur la parcelle cadastrée section DN n° 247 située 11 rue Carbonneau, ainsi que la décision du maire du 17 août 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2021 du maire de Bordeaux délivrant un permis de construire modificatif à la SCI Cléas ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délivrance de l'arrêté du 24 février 2020 n'a pas été précédée d'un avis de l'architecte des bâtiments de France, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme, dont l'accord tacite naît dans un délai de deux mois en application des dispositions de l'article R. 423-67 du même code, dès lors que le projet se situe aux abords de la Porte de la Monnaie et de l'Eglise Sainte-Croix ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article 2.1.5 du règlement de la zone UP du plan local d'urbanisme et celles de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme, à raison de la mise en danger de l'immeuble voisin, dont il est propriétaire, qui s'appuie sur l'immeuble dont la démolition est prévue ;

- les plans de façade ne permettent pas de constater que l'immeuble du requérant s'appuie sur l'immeuble en litige ;

- le dossier de demande du permis de construire initial, qui indique que largeur de la façade est de 6,79 mètres et non de 6.50 mètres, telle que mentionnée au dossier, est entachée d'une erreur, ce qui implique que le projet méconnaît les dispositions de l'article 1.4.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatives au stationnement ; l'arrêté est entaché de fraude sur ce point ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article 1.4.1.2 du règlement de la zone UP1, faute de prévoir une place de stationnement correspondant à la suppression du stationnement résidentiel qui préexistait ; le dossier est entaché d'une erreur dès lors qu'il ne mentionne pas la place de stationnement existante dans la maison dont la démolition est prévue ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 1.4.2.1 du règlement de la zone UP1, dès lors que les places de vélo sont inaccessibles ;

- le projet porte atteinte à l'intérêt et au caractère des lieux avoisinants, en méconnaissances des dispositions de l'article 2.4, et plus particulièrement 2.4.1.1.3 du règlement de la zone UP1 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 2.2.1 du même règlement, l'emprise bâtie implantée dans " l'emprise 50 " étant supérieure à 50 % ;

- le permis de construire modificatif est également entaché des vices précités tirés de l'absence d'offre de stationnement résidentiel et de la méconnaissance des dispositions de l'article 2.2.1 du règlement de la zone UP1 relatives à l'emprise au sol.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 11 janvier et le 29 mars 2021, la commune de Bordeaux, représentée par Me Berard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable, dès lors que tardive, et qu'en tout état de cause aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

Par une ordonnance du 17 juin 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 juillet 2021.

Une note en délibéré présentée pour M. B, enregistrée le 29 septembre 2022, n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,

- les observations de Me Baudorre, représentant M. B,

- et les observations de Me Berard, représentant la commune de Bordeaux.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 février 2020 par lequel le maire de Bordeaux a délivré à la société civile immobilière (SCI) Cléas un permis de construire portant sur la démolition d'une maison de ville et l'édification d'un immeuble de bureaux sur la parcelle cadastrée section DN n° 247 située 11 rue Carbonneau, dont il est voisin immédiat, ainsi que la décision de cette autorité du 17 août 2020 rejetant son recours gracieux. Il demande également l'annulation de l'arrêté du 8 janvier 2021, adopté en cours d'instance par le maire de Bordeaux, délivrant à la SCI Cléas un permis de construire modificatif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté du 24 février 2020 qui n'ont pas été modifiées par l'arrêté du 8 janvier 2021 :

S'agissant du vice de procédure :

2. Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ". Aux termes de l'article R. 423-67 du même code : " Par exception aux dispositions de l'article R. *423-59, le délai à l'issue duquel l'architecte des Bâtiments de France est réputé avoir donné son accord ou, dans les cas mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, émis son avis favorable est de deux mois lorsque le projet soumis à permis est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ".

3. Il est constant que le projet se situe dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable. La commune soutient, sans être contredite sur ce point, que l'architecte des bâtiments de France a été saisi le 29 octobre 2019, de sorte qu'en l'absence de réponse de sa part, son accord tacite est né à l'expiration d'un délai de deux mois, le 29 décembre 2019. Dans ces conditions, la mention de la date du 24 février 2020 dans l'arrêté litigieux constitue une erreur matérielle qui relève d'une simple erreur de plume. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

S'agissant de la démolition :

4. Le permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme.

5. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. () Le permis de démolir peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les travaux envisagés sont de nature à compromettre la protection ou la mise en valeur du patrimoine bâti ou non bâti, du patrimoine archéologique, des quartiers, des monuments et des sites ". Aux termes de l'article 2.1.5 du règlement, relatif aux constructions existantes, de la zone UP1 du plan local d'urbanisme : " () a) Constructions protégées : / Les constructions protégées au titre du présent PLU en application du Code de l'urbanisme sont des constructions à préserver et à mettre en valeur pour des motifs d'ordre architectural, urbain, historique et / ou culturel. Elles sont repérées sur les plans au 1/1000° dits "ville de pierre" par des traits rouges ou verts passant devant les constructions, plans permettant l'application des dispositions particulières prises au titre de la protection du patrimoine bâti. () Ne sont pas autorisés les travaux qui mettent en danger la stabilité des constructions protégées, les travaux de démolition complète, les travaux de démolition partielle qui consistent à ne conserver que les façades sauf dans le cas où la construction fait l'objet d'une procédure d'insalubrité et/ou de péril irrémédiable. () b) Autres constructions existantes : / Toute construction non repérée sur les plans au 1/1000° dits " ville de pierre " par un trait rouge ou un trait vert passant devant celle-ci fait partie de la catégorie des " autres constructions existantes ". / Les travaux sur les autres constructions existantes doivent respecter les prescriptions règlementaires des articles du présent règlement écrit et des plans au 1/1000° dits "ville de pierre". Les "autres constructions existantes" peuvent être maintenues et transformées ou remplacées par des constructions neuves ". Le plan au 1/1000° dit " ville de pierre " n'identifie pas la maison en litige, située au n° 11 rue Carbonneau comme une construction protégée, contrairement à la maison du requérant qui lui est contigüe, située au n° 13 de la même rue.

6. Le requérant soutient que la démolition de la maison en litige aura pour effet de mettre en danger la stabilité de sa maison, dont le deuxième étage repose sur le mur mitoyen. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du descriptif des moyens mis en œuvre pour éviter toute atteinte au patrimoine protégé, que le pétitionnaire a déclaré que " les éléments structurels communs, tels que les murs mitoyens, seront conservés ", alors au demeurant que la circonstance que le crépi blanc enduisant l'immeuble à démolir empiète sur la portion de mur mitoyen supportant le deuxième étage de la maison du requérant n'implique pas sa démolition. Par conséquent, les risques invoqués ne sauraient être imputables qu'aux seules aux modalités d'exécution des travaux, et ne mettent pas en cause la légalité de l'autorisation d'urbanisme contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme et de l'article 2.1.5 du règlement de la zone UP1 du plan local d'urbanisme doit être écarté.

S'agissant de l'atteinte à l'intérêt des lieux environnants :

7. Aux termes de l'article 2.4 du règlement de la zone UP1 : " L'implantation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes de l'article 2.4.1.1.3 en ce qu'il concerne les façades : " Le dessin, les proportions, les dimensions, les matériaux et les baies des façades doivent d'adapter à l'architecture de la construction, au caractère et à l'intérêt des lieux et au paysage des façades environnantes. / Les façades en pierre appareillées ou en brique apparente doivent rester naturelles sans adjonction de peintures, films, résides et hydrofuges. Les enduits peuvent être utilisés uniquement dans le cas où ils sont adaptés à l'architecture et aux matériaux de la construction. Leur finition doit être talochée, fine ou lissée. () Baies : / Le dessins, la proportion, les dimensions et le rythme des baies doivent correspondre aux caractères de la construction et des façades environnantes ". Aux termes de l'article 2.4.1.3 du même règlement, relatif aux constructions nouvelles : " Toute construction nouvelle, y compris les extensions et surélévations des constructions existantes, doit, par continuité ou contraste architectural, contribuer à conserver et mettre en valeur les "ensembles urbains protégés" tels les séquences urbaines, figures urbaines ou perspectives urbaines repérées aux plans au 1/1000° dits "ville de pierre" du présent règlement. / La volumétrie et la modénature des nouvelles constructions doivent établir la continuité des éléments ou ménager d'éventuelles transitions. / À l'exception des constructions d'angle, la composition des façades sur les voies et emprises publiques doit tenir compte du rythme des constructions protégées environnantes. Les éléments de composition apparents, en saillie ou au nu de la façade, peuvent contribuer à marquer ce rythme. / Les rez-de-chaussée des constructions doivent former un front bâti contribuant à la composition d'un espace public de qualité. Les rez-de-chaussée aveugles sur la totalité du linéaire de façade sont par conséquent interdits. / Lorsque la construction est réalisée dans un "ensemble urbain protégé" tels les séquences urbaines, figures urbaines ou perspectives urbaines repérées aux plans au 1/1000° dits "ville de pierre" du présent règlement, elle doit contribuer à leur maintien ou leur mise en valeur, et notamment par : / - l'ordonnancement et la modénature des façades (y compris celles à destination commerciale) ; / - la forme, la dimension et la proportion des baies ; / - le choix des matériaux de couverture, la volumétrie des toitures et leur raccordement à celles des constructions limitrophes ".

8. Il résulte de ces dispositions que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

9. Il ressort des pièces du dossier que le projet, qui n'est pas identifié sur une parcelle dont la construction est protégée par le plan au 1/1000° dit " ville de pierre ", s'inscrit dans un quartier dont la majorité des constructions, en pierre jaune typique bordelaise, sont protégées à ce titre, parmi lesquelles la maison voisine appartenant au requérant. Il ressort également des pièces du dossier que le projet consiste en la démolition d'une maison de ville en R+1 enduite de couleur blanche, et l'édification d'un bâtiment de bureaux en R+2 en béton de couleur claire, percé d'une entrée pour piétons et d'une porte de garage au rez-de-chaussée et de quatre hautes baies vitrées à chaque étage, dont les menuiseries sont en aluminium de teinte anthracite. Le volume de la construction, dont la hauteur et la profondeur sont similaire aux deux bâtiments voisins, ainsi que le choix des matériaux et des couleurs, lui permettent de s'intégrer convenablement dans le paysage urbain environnant, quand bien même son dessin et sa composition est de facture moderne, ce que les dispositions précitées permettent, sous la forme d'un contraste architectural. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation n'a ni méconnaître les dispositions de l'article 2.4 du règlement de la zone UP1que le maire de Bordeaux a estimé que le projet ne portait pas atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants.

En ce qui concerne les dispositions de l'arrêté du 24 février 2020 qui ont été modifiées par l'arrêté du 8 janvier 2021 :

10. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises et que les modifications apportées au projet initial pour remédier au vice d'illégalité ne peuvent être regardées, par leur nature ou leur ampleur, comme remettant en cause sa conception générale. À ce titre, la seule circonstance que ces modifications portent sur des éléments tels que son implantation, ses dimensions ou son apparence ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce qu'elles fassent l'objet d'un permis modificatif. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

S'agissant de la complétude et de la cohérence du dossier :

11. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

12. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural définit, par des plans et documents écrits, l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur volume ainsi que le choix des matériaux et des couleurs. / Il précise, par des documents graphiques ou photographiques, l'insertion dans l'environnement et l'impact visuel des bâtiments ainsi que le traitement de leurs accès et de leurs abords ". Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan ".

13. En premier lieu, s'il est exact que les plans de façade figurant dans le dossier de demande de permis de démolir ne font pas état de ce que, comme dit au point 6, le mur mitoyen constitue le fondement du deuxième étage de la maison du requérant, cette circonstance n'a pas été de nature à induire en erreur le service instructeur, qui a été mis à même, en particulier par le descriptif des moyens mis en œuvre pour éviter toute atteinte au patrimoine protégé, de savoir que la démolition projetée ne concerne pas les éléments structurels communs.

14. En deuxième lieu, l'autorité administrative saisie d'une demande de permis de construire peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

15. Aux termes de l'article 2.2.1 du règlement de la zone UP1 relatif à l'emprise bâtie : " Les emprises 100, 50 et 0 figurant ci-dessous sont portées aux plans au 1/100° dits " ville de pierre ". / * " Emprise 100 " : / L'emprise bâtie peut atteindre 100% de la surface de l'" emprise 100 ". / * " Emprise 50 " : / L'emprise bâtie peut atteindre 50% de la surface de l'" emprise 50 " ".

16. Il ressort des pièces du dossier de permis de construire modificatif que l'emprise totale du projet située en zone " emprise 50 " est de 61,45 m², répartie en une surface de 30,55 m² bâtie et une surface de 30,9 m² non bâtie, celle-ci composée d'un espace de pleine terre et d'une terrasse. Ainsi, l'emprise bâtie du projet située en zone " emprise 50 " est inférieure à 50 % de l'emprise totale de cette zone, conformément aux dispositions de l'article 2.2.1 citées au point précédent. La circonstance que le permis de construire initial faisait apparaître des mesures différentes est sans incidence, dès lors que ces mesures ne sont pas contredites par les autres éléments du dossier de permis de construire modificatif.

17. En troisième lieu, le requérant soutient que le dossier de permis de construire initial, qui indique une largeur de façade côté rue de 6,79 mètres, est erroné dès lors que cette largeur devrait s'établir à 6,53 mètres, ce qu'il établit par la production d'une attestation en ce sens d'un géomètre-expert. Il ressort des plans figurant dans le dossier de permis de construire modificatif, que la largeur de la façade côté rue est indiquée à 6,40 mètres. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la circonstance que cette indication soit erronée de 13 centimètres ait eu pour effet d'induire en erreur le service instructeur, dès lors notamment que cette largeur permet la création d'une place de stationnement comme le prévoit le projet modifié.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1.4.1.2 du règlement de la zone UP1 : " Lorsqu'une opération d'aménagement et/ou de construction conduit à supprimer une offre de stationnement résidentiel, celle-ci doit être reconstituée dans le cadre de cette opération en sus des places liées aux besoins propres de l'opération ". Le point B3.1 du rapport de présentation du plan local d'urbanisme, relatif à l'explication des règles types, dispose : " Obligation de reconstitution de places de stationnement résidentiel : " A Bordeaux, dans la ville ancienne, les conditions de stationnement sur l'espace public sont très difficiles (offre de stationnement saturée, développement du stationnement " sauvage " notamment sur les trottoirs, etc). Néanmoins, il existe une offre locative de stationnement réalisée dans des locaux dont ce n'est pas nécessairement la vocation initiale (anciens entrepôts, garages, etc). Ils sont souvent utilisés par les riverains dont les habitations anciennes ont été construites avant la développement de la voiture et ils apportent une contribution non négligeable à compenser le manque de stationnement dans ces quartiers. Ces locaux sont aussi des opportunités foncières dans ces secteurs densément bâtis. La règle prévoit donc une obligation de reconstitution de l'offre préexistante en cas de réaffectation de l'usage du foncier. Elle s'ajoute à celle nécessaire au projet. / Cette disposition vise ainsi à maintenir l'offre résidentielle dans des secteurs où les espaces publics sont déjà saturés par le stationnement tout en permettant une valorisation foncière pour d'autres usages ". Il résulte de ces dispositions qu'une offre de " stationnement résidentiel " doit être entendue comme une offre de stationnement locatif.

19. Il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire, dans sa demande de permis de construire initial comme modificatif, a indiqué qu'il n'existait aucune place de stationnement résidentiel ni propre à l'habitation. Si le requérant relève que la maison est percée d'une porte de garage comportant un panneau " sortie de véhicules ", aucun élément du dossier ne permet de considérer, à supposer que l'immeuble ait effectivement comporté une place de stationnement, que celle-ci correspondait non pas au stationnement du logement existant mais à un stationnement résidentiel devant être compensé par une reconstitution équivalente, et l'erreur alléguée n'a pas eu pour effet d'induire le service instructeur en erreur dans son appréciation de la conformité du projet aux dispositions du règlement relatives au stationnement des véhicules, laquelle n'est pas contestée en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude et de l'inexactitude des pièces du dossier doit être écarté en toutes ses branches, de même que le moyen tiré de la fraude.

S'agissant des stationnements pour vélos :

20. En premier lieu, aux termes de l'article 1.4.2.1 du règlement de la zone UP1 du plan local d'urbanisme : " Les places de stationnement doivent être mises en œuvre pour des conditions normales de fonctionnement et dans le respect de la réglementation en vigueur. Les espaces dédiés au stationnement des vélos doivent être sécurisés, protégés des intempéries (a minima couverts) et facilement accessibles depuis le domaine public. Ils doivent également être aménagés de manière à ce que chaque vélo dispose d'un système d'attache adapté et de sécurisation individuel (dispositif fixe permettant de stabiliser et d'attacher le vélo par le cadre). Le stationnement des vélos doit être réalisé de plain-pied. Sous réserve d'une impossibilité technique, il est admis au niveau immédiatement inférieur ou supérieur et accessible facilement depuis le(s) point(s) d'entrée du bâtiment ".

21. Il ressort des pièces du dossier de permis de construire modificatif que le projet prévoit l'édification d'un parking à vélos situé derrière la place de stationnement pour voiture, accessible par un cheminement longeant ce stationnement depuis l'accès piéton, d'une largeur suffisante pour permettre le passage d'un vélo et du cycliste. Par suite, le maire de Bordeaux n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 1.4.2.1 du règlement de la zone UP en estimant que le local à vélo était accessible depuis le domaine public.

22. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

24. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordeaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge M. B une quelconque somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bordeaux sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

Le rapporteur,

L. CLe président,

L. POUGET

La greffière,

M-A PRADAL

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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