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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2004720

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2004720

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2004720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL CABINET SAVIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 octobre 2020 et 27 avril 2021, M. B C, représenté par Me Olivier Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 avril 2020 par laquelle le maire de la commune de Floirac a refusé de le nommer en qualité de rédacteur territorial ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Floirac de le recruter sur un poste relevant du grade de rédacteur ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Floirac une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige le discrimine en raison de son mandat syndical ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que, de manière analogue, les agents se consacrant intégralement à un mandat syndical peuvent bénéficier d'un avancement de grade au choix.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2021, la commune de Floirac conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive dès lors que la décision du 10 juillet 2018, confirmée le 20 avril 2020, n'a pas été contestée en temps utile ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 17 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 2 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 2010-329 du 22 mars 2010 portant dispositions statutaires communes à divers cadres d'emplois de fonctionnaires de la catégorie B de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Naud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, adjoint technique territorial, a d'abord exercé ses fonctions au sein de la police municipale de la commune de Floirac, avant de rejoindre le centre communal d'action sociale. En février 2018, M. C a réussi les épreuves du concours de rédacteur territorial organisé par le centre de gestion de la Gironde et a sollicité sa nomination sur un poste correspondant de rédacteur. Par un courrier du 12 mars 2018, le maire de la commune de Floirac a refusé de faire droit à sa demande en raison de l'absence de poste vacant. Le 14 juin 2018, M. C a formé une demande de décharge d'activité syndicale à temps complet et de nouveau sollicité sa nomination sur un poste de rédacteur territorial. Par un courrier du 10 juillet 2018, le maire de la commune de Floirac a donné une suite favorable à la demande de décharge d'activité syndicale mais refusé la nomination sur un poste de rédacteur territorial. A la demande de l'intéressé, le maire de la commune de Floirac a confirmé sa position par un courrier du 20 avril 2020 dont M. C demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 39 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " En vue de favoriser la promotion interne, les statuts particuliers fixent une proportion de postes susceptibles d'être proposés au personnel appartenant déjà à l'administration () non seulement par voie de concours () mais aussi par la nomination de fonctionnaires () suivant l'une des modalités ci-après : / 1° Inscription sur une liste d'aptitude après examen professionnel ; / 2° Inscription sur une liste d'aptitude établie après avis de la commission administrative paritaire compétente, par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents () les listes d'aptitude sont établies par l'autorité territoriale pour les collectivités non affiliées à un centre de gestion et par le président du centre de gestion pour les fonctionnaires des cadres d'emplois, emplois ou corps relevant de sa compétence, sur proposition de l'autorité territoriale () ". Aux termes de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Le grade est distinct de l'emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent. Toute nomination ou toute promotion dans un grade qui n'intervient pas exclusivement en vue de pourvoir à un emploi vacant et de permettre à son bénéficiaire d'exercer les fonctions correspondantes est nulle. Toutefois, le présent alinéa ne fait pas obstacle à la promotion interne d'agents qui, placés dans la position statutaire prévue à cette fin, sont soumis aux II et III de l'article 23 bis de la présente loi () ". Les dispositions de l'article 23 bis de la loi du 13 juillet 1983 sont relatives à la décharge d'activité pour l'exercice d'une activité syndicale.

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'accès à la promotion interne organisée par les dispositions précitées de l'article 39 de la loi du 26 janvier 1984 n'est pas fermé aux fonctionnaires se trouvant, comme M. C, en position de décharge totale d'activité pour l'exercice d'un mandat syndical. Toutefois, cette dérogation prévue à l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 et permettant de nommer dans un grade supérieur un agent qui bénéficie d'une décharge totale d'activité pour l'exercice d'un mandat syndical ne constitue pas un droit pour les agents concernés. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le maire de la commune de Floirac a entaché sa décision d'erreur de droit en refusant de le nommer en qualité de rédacteur territorial.

4. En second lieu, si M. C soutient être victime de discrimination en raison de l'exercice de ses fonctions syndicales, et fait notamment valoir un comportement d'opposition systématique de la part de la commune, il ressort au contraire des pièces du dossier que la commune de Floirac s'est montrée diligente dans le traitement des différentes demandes de M. C et s'est proposée de l'accompagner dans une éventuelle recherche de poste. D'ailleurs, M. C s'était déjà vu opposer un premier refus de nomination en qualité de rédacteur territorial préalablement à sa demande de décharge totale d'activité pour l'exercice d'un mandat syndical. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère discriminatoire de la décision en litige doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 avril 2020, ensemble la décision de rejet de recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. C soit mise à la charge de la commune de Floirac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme que demande la commune sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Floirac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Floirac.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le rapporteur,

A. A

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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