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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2004935

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2004935

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2004935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP ARNAUD LE GUAY ET CATHERINE CHEVALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 29 octobre, 2 novembre 2020 et 15 février 2021, Mme A C, représentée par Me Arnaud le Guay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Périgueux a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la rechute du 6 novembre 2019 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Périgueux de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Périgueux une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les écritures en défense de la commune ne sont pas recevables en l'absence de délibération autorisant le maire à représenter la commune en justice ;

- le maire de la commune de Périgueux s'est estimé, à tort, lié par l'avis de la commission de réforme ;

- l'arrêté a été édicté au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le rapport d'expertise comporte des inexactitudes substantielles qui n'ont pas permis une bonne information de la commission de réforme ;

- le maire de la commune de Périgueux a entaché sa décision d'erreur d'appréciation dès lors que les douleurs présentées le 6 novembre 2019 relèvent de la même symptomatologie que celles subies lors des accidents de service précédents.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 février et 28 avril 2021, la commune de Périgueux conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, adjointe technique territoriale, exerce ses fonctions au sein de l'école maternelle Solange Pain située à Périgueux. Elle a souffert de deux entorses à la cheville gauche consécutives à des chutes survenues les 8 janvier 2015 et 21 mars 2016, reconnues par des arrêtés des 17 juin 2015 et 28 décembre 2016 comme des accidents de service. Souffrant de nouveau de douleurs à la cheville gauche le 6 novembre 2019, Mme C a sollicité auprès du maire de la commune de Périgueux une prise en charge au titre d'une rechute de ces accidents de service. Par un arrêté du 12 mars 2020, dont Mme C demande l'annulation, le maire de la commune de Périgueux a refusé de faire droit à sa demande.

Sur la recevabilité des écritures en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier que le conseil municipal de la commune de Périgueux a, par délibération n°D2020-026 du 10 juillet 2020, donné délégation au maire, pour la durée de son mandat, pour défendre la commune dans les actions intentées contre elle, notamment à raison des décisions prises en matière de gestion du personnel communal. Par suite, les écritures en défense présentées pour la commune par son maire en exercice, laquelle justifie d'une délégation, sont recevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an () / Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite () / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'expertise du Dr D du 27 novembre 2019, que Mme C conserve des douleurs séquellaires à la cheville gauche à la suite de ses accidents de service. Selon ce même rapport, les douleurs récidivantes dont elle fait état depuis le 6 novembre 2019 sont " en rapport direct, certain et total " avec les accidents survenus les 8 janvier 2015 et 21 mars 2016, ce qui n'est pas contesté par la commune de Périgueux. Dans ces conditions, dès lors qu'il présente un lien direct avec des accidents de service, cet épisode douloureux doit être pris en charge au titre de ce même régime. Par suite, en refusant de prendre en charge les conséquences de ces douleurs récidivantes au titre des accidents de service survenus les 8 janvier 2015 et 21 mars 2016, le maire de la commune de Périgueux a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

5. Il résulte de tout de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 12 mars 2020 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Périgueux de réexaminer les droits de Mme C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Périgueux une somme de 1 500 euros à verser à Mme C au titre des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 mars 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Périgueux de réexaminer les droits de Mme C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Périgueux versera la somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros à Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Périgueux et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Dordogne.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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