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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2005125

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2005125

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2005125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSEBBAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 10 novembre 2020 et 7 juillet 2022, Mme A D, représentée par Me Myriam Sebban, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 septembre 2020 par laquelle le président du département de la Gironde a refusé de l'inscrire au tableau d'avancement au grade de cadre de santé paramédical de 1ère classe ;

2°) d'enjoindre au département de la Gironde de la promouvoir, à compter du 1er janvier 2020, au poste de puériculture " cadre territorial de santé grade 1 " dès la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de la Gironde une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été exclue de la possibilité de bénéficier d'un avancement professionnel au motif qu'elle est placée en congé de longue maladie, ce qui constitue une discrimination ;

- ses mérites professionnels ont toujours été reconnus et elle est l'agent promouvable qui bénéficie de la plus grande ancienneté.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2022, le département de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 13 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 1er septembre 2022.

Par un courrier du 15 novembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision refusant d'inscrire Mme D au tableau d'avancement au grade de cadre de santé paramédical de 1ère classe dès lors que ce tableau, qui comporte un nombre maximum d'agents, présente un caractère indivisible, de sorte que la requérante ne peut demander l'annulation de la décision qui refuse de l'y inscrire.

Des observations présentées pour Mme D ont été enregistrées le 17 novembre 2022 et communiquées le lendemain au département de la Gironde.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n°2016-336 du 21 mars 2016 portant statut particulier du cadre d'emplois des cadres territoriaux de santé paramédicaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- et les observations de M. C, juriste du département de la Gironde.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, cadre de santé paramédical de 2ème classe, recrutée par le département de la Gironde en novembre 1988, a été placée en congé longue durée à compter du 1er février 2017. Elle a sollicité, le 19 mai 2020, son avancement au grade de cadre de santé paramédical de 1ère classe. Toutefois, elle n'a pas été inscrite au tableau d'avancement établi après avis de la commission administrative paritaire réunie le 29 mai 2020. L'intéressée a formé un recours gracieux, le 1er juillet 2020, en demandant la réévaluation de sa situation. Cette demande a fait l'objet d'une décision de rejet le 24 septembre 2020, dont Mme D demande l'annulation.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme D, dirigées formellement contre la seule décision de rejet de recours gracieux du 24 septembre 2020, doivent être regardées comme également dirigées contre le tableau annuel d'avancement au grade de cadre de santé paramédical de 1ère classe.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la promotion de grade au choix ne constitue pas un droit pour l'agent. Par suite, la décision refusant cette promotion, qui ne refuse pas un avantage constituant un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, n'a pas à être motivée. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision est, par suite, inopérant et ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, pour refuser d'inscrire Mme D au tableau annuel d'avancement au grade de cadre de santé paramédical de 1ère classe établi au titre de l'année 2020, le département de la Gironde s'est fondé d'une part, sur l'impossibilité d'évaluer les mérites professionnels de l'intéressée et d'autre part sur les mérites de l'autre agent retenue.

6. Aux termes de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " L'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. Il peut être dérogé à cette règle dans les cas où l'avancement est subordonné à une sélection professionnelle. / Il a lieu suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Soit au choix par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité territoriale tient compte des lignes directrices de gestion prévues à l'article 33-5 () ". Aux termes de l'article 21 du décret du 21 mars 2016 portant statut particulier du cadre d'emplois des cadres territoriaux de santé paramédicaux, dans sa version applicable : " Peuvent être nommés au grade de cadre de santé de 1re classe, au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement établi après avis de la commission administrative paritaire, les cadres de santé de 2e classe ayant au moins atteint, au plus tard au 31 décembre de l'année au titre de laquelle le tableau d'avancement est établi, le 3e échelon de leur classe ". Aux termes de l'article 30 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux: " Le temps passé en congé, de maladie, de longue maladie ou de longue durée avec traitement, demi-traitement ou pendant une période durant laquelle le versement du traitement a été interrompu en application des articles 29 et 34 du présent décret est valable pour l'avancement à l'ancienneté et entre en ligne de compte dans le minimum de temps valable pour pouvoir prétendre au grade supérieur. Il compte également pour la détermination du droit à la retraite et donne lieu au versement de retenues et contributions à la Caisse nationale de retraites ".

7. Il résulte des dispositions précitées que pour établir le tableau annuel d'avancement, l'autorité territoriale apprécie la valeur professionnelle et les acquis de l'expérience professionnelle des agents qui remplissent les conditions pour pouvoir prétendre au bénéfice d'un avancement de grade sans que ce dernier ne constitue un droit pour les agents. En vue de déterminer l'effectif des fonctionnaires remplissant les conditions pour prétendre à un avancement de grade, l'autorité territoriale doit prendre en compte le temps passé en congé de longue durée dans le minimum de temps exigé pour pouvoir prétendre au grade supérieur.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, placée en congé de longue durée depuis le 1er février 2017, figurait sur la liste des agents qui réunissent les conditions exigées par le statut particulier du cadre d'emplois des cadres territoriaux de santé paramédicaux pour prétendre à un avancement de grade. Toutefois, celle-ci n'ayant pas exercé ses fonctions depuis plusieurs années, l'autorité territoriale n'a pas été mise à même d'évaluer sa valeur professionnelle et les acquis de son expérience professionnelle, sans que cette absence d'évaluation ne constitue une discrimination.

9. Le juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un recours tendant à l'annulation d'un arrêté portant inscription au tableau d'avancement et nomination dans un grade supérieur, ne peut se limiter, pour apprécier la valeur professionnelle du candidat écarté, à l'analyse de son seul dossier : il doit comparer ses mérites avec ceux des autres agents candidats à ce même grade.

10. Si Mme D produit ses évaluations entre les années 2008 et 2016 qui font état de son implication passée dans l'exercice de ses fonctions, il ressort des pièces du dossier que l'agent promue est une professionnelle qui, très investie dans ses missions, a donné entière satisfaction au cours de la crise sanitaire et dans un contexte de modification des modes d'accueil de protection maternelle infantile. Par suite, en refusant d'inscrire au tableau d'avancement le nom de la requérante, le département de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation des mérites de l'agent promue. L'ancienneté n'étant prise en compte que pour départager deux agents à mérite égal, Mme D ne peut utilement se prévaloir de son ancienneté plus importante.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

14. Le département de la Gironde n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions de Mme D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative précitées ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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