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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2005194

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2005194

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2005194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique
Avocat requérantLAPLAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 novembre 2020 et 1er février 2021, M. A D B, représenté par Me Dominique Laplagne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de la préfète de la Gironde à sa demande de restitution de son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui restituer son permis de conduire avec un solde de quatre points, majoré, le cas échéant ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation de la gêne occasionnée dans les actes de la vie courante ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne tient pas compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière réalisé les 1er et 2 mars 2019 lui ayant permis de récupérer quatre points ;

- cela constitue une faute de l'administration qui présente un lieu de causalité avec son préjudice né de l'impossibilité de conduire entre le 7 mars 2019 et le 25 janvier 2021 dès lors qu'il a été contraint de prendre les transports en commun pour ses déplacements, notamment médicaux, alors même qu'il est atteint, ainsi que son épouse, de pathologies invalidantes et de risques Covid-19.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut à un non-lieu à statuer partiel sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction du requérant dès lors que M. B a été informé de la validité de son permis et au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 1er février 2021, M. B se désiste de ses conclusions tendant à ce que son permis de conduire lui soit restitué et maintient l'ensemble de ses autres conclusions.

Vu les autres pièces du dossier et la demande préalable indemnitaire adressée à la préfète de la Gironde le 9 septembre 2020 par le conseil de M. B.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Billet-Ydier, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Entre le 2 juillet 2016 et le 16 novembre 2018, M. B a commis six infractions au code de la route, dont une ayant entraîné la perte de quatre points sur son permis de conduire, deux ayant entraîné la perte d'un point et les trois autres la perte de trois points. Les 1er et 2 mars 2019, il a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière lui ayant permis de récupérer quatre points. Le 7 mars 2019, M. B a reçu une lettre contenant la décision " 48 SI " par laquelle la préfète de la Gironde l'informait de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, et lui enjoignait de restituer son permis de conduire aux services compétents. Par un courriel en date du 6 janvier 2020, la préfète de la Gironde informait le requérant que son dossier était en cours de traitement au ministère de l'intérieur. Le 7 septembre 2020, le conseil de M. B adressait une demande de restitution de son permis de conduire accompagnée de conclusions indemnitaires, reçue le 9 septembre 2020, à la préfète de la Gironde. Le 25 janvier 2021, la préfète l'informait par courriel de la prise en compte de son stage et de la validité de son permis de conduire. En l'absence de réponse de la préfète à sa demande indemnitaire préalable, le requérant demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal la seule indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi au titre de la gêne occasionnée dans les actes de la vie courante par l'impossibilité de conduire un véhicule entre le 7 mars 2019 et le 25 janvier 2021.

Sur la responsabilité :

2. Il résulte de l'instruction que M. B a adressé à la préfète de la Gironde une demande de relevé d'information intégral en date du 8 novembre 2019. Le relevé en date du 13 février 2020 qui lui a été adressé fait apparaître un solde de points nul et ne prend pas en compte le stage de sensibilisation réalisé par le requérant les 1er et 2 mars 2019. Par un courriel du 6 janvier 2020, les services de la préfecture de la Gironde informaient M. B que son dossier était " en déblocage " au ministère de l'intérieur. Les 6 et 26 février 2020, le conseil de M. B adressait à la préfète de la Gironde des courriels, restés sans réponse, en vue d'obtenir plus d'informations sur l'état d'avancement du " déblocage " de son dossier. Par un courriel envoyé le 7 septembre 2020 et une lettre reçue le 9 septembre 2020, le conseil de M. B adressait à la préfète de la Gironde une demande de restitution du permis de conduire accompagnée d'une demande d'indemnisation de ses préjudices. En réponse à un ultime courriel en date du 16 janvier 2021, la préfète de la Gironde a, le 25 janvier 2021, informé le conseil du requérant que le permis de M. B n'était plus invalide depuis le 30 juillet 2020. Dès lors, il résulte de l'instruction que M. B, en dépit de ses demandes répétées, n'a été informé de la prise en compte des points récupérés lors de son stage et de la validité de son permis de conduire que le 25 janvier 2021, soit près de deux ans après la réception de la décision " 48 SI " du 7 mars 2019. La préfète de la Gironde ne saurait utilement faire valoir que M. B pouvait, à compter du 30 juillet 2020, constater la validité de son permis de conduire à l'aide du téléservice " Télépoints " dès lors qu'elle l'a elle-même informé que son dossier était " en déblocage " au ministère de l'intérieur, sans l'avertir des suites données à sa demande. Dans ces conditions, l'absence d'information de M. B pendant près de deux ans constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

Sur la réparation :

3. Il résulte de l'instruction que M. B n'a pas pu conduire entre le 7 mars 2019 et le 25 janvier 2021. Il ressort du certificat médical produit par M. B que son état de santé le rend particulièrement vulnérable au Covid-19 et lui a imposé des déplacements réguliers pour se rendre à des rendez-vous médicaux. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice à la somme de 1 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au profit de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 (mille) euros en réparation du préjudice subi.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 800 (huit cents) euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B et au ministre de l'intérieur.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

F. C

La greffière,

A. BEGORRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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