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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2005405

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2005405

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2005405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP CASADEI-JUNG ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2020, M. A B et Mme D B, représentés par Me Blin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 25 septembre 2020 par la commune de Pailloles pour un montant de 550,12 euros et de les décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pailloles la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le titre exécutoire ne comporte pas les bases de sa liquidation de sorte qu'ils ne disposent pas des éléments d'informations nécessaires pour apprécier le bien-fondé des sommes réclamées, en méconnaissance de l'article 24 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ; de plus, aucun document n'était joint au titre ;

- il est entaché d'erreurs de droit et de fait dès lors qu'à supposer que le titre soit fondé sur les articles L.1424-2 et L.1424-42 du code général des collectivités locales, ces dispositions ne peuvent toutefois bénéficier qu'au service départemental d'incendie et de secours (SDIS) et non pas aux communes ; seul le SDIS de Lot-et-Garonne pouvait émettre un titre exécutoire à leur encontre ;

- l'intervention sollicitée par les requérants, qui avait pour objet de protéger les personnes et les biens, correspond bien aux missions du SDIS prévues à l'article L.1424-2 du code général des collectivités territoriales.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés les 6 juillet 2021 et 23 août 2022, la commune de Pailloles, représenté par Me Touche conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La commune de Pailloles fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par les requérants n'est fondé.

Le service départemental d'incendie et de secours de Lot-et-Garonne a produit des pièces le 23 août 2022 lesquelles ont été communiquées.

Par ordonnance du 23 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- et les observations de Me Touche représentant la commune de Pailloles.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B et Mme D B sont propriétaires d'une exploitation agricole d'élevage de bovins sur la commune de Pailloles. Par courriel du 31 août 2019, l'adjoint au maire de la commune de Pailloles a autorisé le service d'incendie et de secours (SDIS) de Lot-et-Garonne à intervenir pour " flécher un bovin en divagation ", qui appartenait aux époux B. Le SDIS est intervenu les 31 août et 1er septembre 2019 et deux factures, respectivement de 631.94 euros et 550.12 euros, ont été adressées à la commune de Pailloles. Par un courrier du 9 juin 2020, le maire de la commune a demandé à la présidente du conseil d'administration du SDIS, d'annuler le premier avis des sommes à payer, correspondant à l'intervention du 31 août 2019, laquelle s'est avérée infructueuse. Par courrier du 16 juin 2020, il a été fait droit à cette demande. Par ailleurs, conformément à une délibération du conseil municipal du 21 septembre 2020, la commune de Pailloles a adressé aux époux B le titre exécutoire n°000086, émis le 25 septembre 2020, pour le règlement de la somme de 550.12 euros correspondant à la refacturation de l'intervention du SDIS pour la divagation du veau. M. et Mme B demandent au tribunal l'annulation de ce titre exécutoire et la décharge des sommes à payer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

3. En l'espèce, le titre exécutoire en litige se borne à indiquer dans la rubrique objet et pièces justificatives, la mention " Refacturation intervention SDIS - divagation veau du 31/08/2019. Délibération / Facture SDIS " et à indiquer la somme due de 550,12 euros sans toutefois préciser les bases et éléments de calcul de ladite somme, alors que les requérants soutiennent que ce titre exécutoire leur a été notifié sans aucun courrier d'accompagnement ni pièce justificative. La commune soutient en défense que le titre, remis en main propre, était accompagné de la délibération du 21 septembre 2020 ainsi que de la facture du SDIS et produit, pour en justifier, deux attestations du maire et de son premier adjoint, aux termes desquelles ces personnes attestent avoir remis en main propre, le 25 septembre 2020, " le titre exécutoire n°86 en date du 25 septembre 2020, la délibération n°41 de la commune de Pailloles et la facture du SDIS 47, avis des sommes à payer, titre n°276 du 15 novembre 2019 ". A supposer même que ces attestations rédigées le 26 juin 2021 suffisent à établir que le titre exécutoire était accompagné, lors de sa notification, des éléments précités, elles n'établissent toutefois pas que les bases de liquidations, mentionnées dans le document produit par la commune " Annexe IV : fiche de calcul d'une prestation payante ", leur auraient été communiquées. Dans ces conditions, les seules mentions précitées, peu explicites, ne permettent pas de considérer que les requérants se seraient vu notifier de manière satisfaisante les bases de liquidation de la créance et les éléments de calcul sur lesquels se fonde le titre qu'ils contestent et qu'ils auraient ainsi été mis en mesure de discuter utilement des bases de liquidation de la créance mise à leur charge. Par suite, le titre exécutoire est insuffisamment motivé, au regard des exigences résultant des dispositions précitées de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur les autres moyens de la requête, que le titre exécutoire émis le 25 septembre 2020 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Pailloles demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Pailloles une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le titre exécutoire n°000086 du 25 septembre 2020 est annulé.

Article 2 : La commune de Pailloles versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Pailloles au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme D B et à la commune de Pailloles.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

A. C

La présidente,

F.MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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