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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2005508

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2005508

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2005508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAVEISSIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er décembre 2020 et 29 juin 2021, l'association " Collectif pour une rénovation douce de Gradignan notre ville " demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2020 par lequel le maire de Gradignan a délivré au centre communal d'action sociale de Bordeaux un permis de démolir, ensemble la décision du 21 octobre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Gradignan a retiré le permis de démolir accordé le 22 juillet 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Gradignan une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision de retrait méconnait l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, méconnait le principe du parallélisme des formes et a été prise suite à la sollicitation d'une personne qui n'était pas compétente pour le faire ;

- la demande de permis de démolir a été faite par une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;

- l'avis de Bordeaux Métropole est irrégulier et comporte plusieurs incohérences ;

- l'avis de la Fabrique de Bordeaux Métropole est insuffisant et comporte également des incohérences ;

- le dossier de permis de démolir est incomplet, méconnaissant l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme ;

- le permis de démolir est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en faisant état d'une démolition partielle ;

- la décision de rejet du recours gracieux est elle-même illégale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 avril et 23 juin 2021 et le 29 janvier 2022, la commune de Gradignan, représentée par Me Laveissière, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, le centre communal d'action sociale de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frézet,

- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,

- et les observations de Me Laveissière, représentant la commune de Gradignan.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 juillet 2020, le centre communal d'action sociale (CCAS) de Bordeaux a déposé une demande de permis de démolir pour la démolition de bâtiments désaffectés situés 2 à 6 avenue Charles et Emile Lestage, à Gradignan. Par un arrêté du 22 juillet 2020, le maire de la commune de Gradignan a délivré au CCAS de Bordeaux le permis de démolir sollicité, sous réserve du respect de certaines prescriptions. Par un courrier du 2 septembre 2020, l'association " Collectif pour une rénovation douce de Gradignan notre ville " a effectué un recours gracieux à l'encontre de ce permis de démolir, qui a fait l'objet d'une décision explicite de rejet le 21 octobre 2020. Puis, par un nouvel arrêté du 29 juin 2021, le maire de la commune de Gradignan a retiré le permis de démolir précédemment délivré. Par la présente requête, l'association demande l'annulation des arrêtés du 22 juillet 2020 et du 29 juin 2021, ainsi que de la décision du 21 octobre 2020.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

2. Le retrait en cours d'instance de l'acte attaqué n'est une cause de non-lieu qu'à la condition que la décision procédant à son retrait soit devenue définitive.

3. Il ressort des pièces du dossier qu'en cours d'instance, par un arrêté du 12 mai 2021, le maire de la commune de Gradignan a retiré l'arrêté du 22 juillet 2020 accordant un permis de démolir au CCAS de Bordeaux et objet du présent recours. Toutefois, par un mémoire complémentaire enregistré le 29 juin 2021, l'association requérante a présenté de nouvelles conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de retrait du 12 mai 2021, de sorte que celui-ci n'est pas devenu définitif. Par suite, l'exception de non-lieu opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.

5. Il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit précédemment, que l'arrêté du 12 mai 2021 a procédé au retrait de l'arrêté du 22 juillet 2020. En application de ce qui vient d'être dit, il y a donc lieu de statuer d'abord sur les conclusions dirigées contre l'arrêté de retrait du 12 mai 2021.

En ce qui concerne l'arrêté du 12 mai 2021 :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. (). ". Et aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 123-6 du code de l'action sociale et des familles : " Le centre d'action sociale est un établissement public administratif communal ou intercommunal. Il est administré par un conseil d'administration présidé, selon le cas, par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale. () ". Aux termes de l'article L. 123-7 du même code : " Le centre communal ou intercommunal dispose des biens, () ". Et aux termes de l'article R. 123-20 de ce code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 2121-34 et L. 2241-5 du code général des collectivités territoriales et du premier alinéa de l'article L. 123-8, le conseil d'administration règle par ses délibérations les affaires du centre d'action sociale. ".

8. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que le président du centre d'action social ne peut solliciter une autorisation d'urbanisme, ni a fortiori en demander son retrait, au nom de son centre, sans y avoir été expressément autorisé par le conseil d'administration.

9. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 3 mai 2021, le président du CCAS de Bordeaux a demandé à la commune de Gradignan de procéder au retrait du permis de démolir accordé le 22 juillet 2020. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que le président ait au préalable été autorisé, par le conseil d'administration, pour solliciter le retrait de l'autorisation d'urbanisme, la délibération du 3 septembre 2020 par laquelle le conseil d'administration du CCAS a consenti une délégation de pouvoirs et de signature à son Président n'ayant pas trait aux autorisations d'urbanisme. Par suite, en l'absence d'une telle délégation, l'association requérante est fondée à soutenir que l'arrêté de retrait est entaché d'illégalité.

En ce qui concerne l'arrêté du 22 juillet 2020 :

10. Compte tenu de l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2021, qui porte retrait de l'arrêté du 22 juillet 2020, il y a toujours lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de ce dernier arrêté.

11. Ainsi qu'il a été dit au point 8, le président du centre d'action social ne peut solliciter une autorisation d'urbanisme, ni a fortiori en demander son retrait, au nom de son centre, sans y avoir été expressément autorisé par le conseil d'administration.

12. En l'espèce, le dossier de permis de construire a été déposé par le président du CCAS de Bordeaux le 3 juillet 2020. Or il ne ressort d'aucune pièce du dossier que celui-ci ait été expressément autorisé à cette fin par une délibération du conseil d'administration. Par suite, l'association requérante est fondée à soutenir que le président du CCAS de Bordeaux n'était pas compétent pour déposer cette demande de permis de construire.

13. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen soulevé dans la requête n'est fondé à l'annulation de la décision litigieuse.

14. Il résulte de ce qui précède que l'association requérante est fondée à demander l'annulation des arrêtés du 22 juillet 2020 et du 12 mai 2021 ainsi que la décision du 21 octobre 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

15. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Gradignan demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Gradignan une somme de 500 euros au titre des frais exposés par l'association requérante et non compris dans les dépens.

16. D'autre part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

17. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées par l'association " Collectif pour une rénovation douce de Gradignan notre ville " tendant à ce que le paiement des entiers dépens soit mis à la charge de la commune doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 juillet 2020, l'arrêté du 12 mai 2021 et la décision du 21 octobre 2020 sont annulés.

Article 2 : La commune de Gradignan versera à l'association " Collectif pour une rénovation douce de Gradignan notre ville " une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Collectif pour une rénovation douce de Gradignan notre ville ", à la commune de Gradignan, à la commune de Bordeaux et au Centre communal d'action sociale de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le rapporteur,

C. FREZET

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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