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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2005631

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2005631

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2005631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 7 décembre 2020, 4 avril et 5 mai 2022, M. D A, représenté par Me Philippe Rainaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°0182-2020 du 29 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Salles a procédé au retrait de l'arrêté n°0068-2020 en date du 25 juin 2020 lui accordant le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Salles une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire n'était pas compétent pour prendre l'arrêté contesté, en raison de sa partialité ;

- l'arrêté du 29 septembre 2020 n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la réalité des attaques qu'il a subies n'est pas contestée ;

-la demande de substitution de motifs formée par la commune et tirée de l'intérêt général ne peut être accueillie ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir en raison de l'animosité personnelle qu'éprouve le maire à son égard.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 mars, 5 mai et 13 juin 2022, non communiqué pour ce dernier, la commune de Salles, représentée par la SELARL HMS Atlantique, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 10 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 14 juin 2022.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,

- les observations de Me Rainaud, représentant M. A,

- et celles de Me Cazcarra, représentant la commune de Salles.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, rédacteur territorial, a exercé des fonctions de responsable de l'administration générale auprès de la commune de Salles jusqu'au 20 juillet 2020, date à laquelle il a fait l'objet d'un changement d'affectation. Le 12 mars 2020, M. A a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison du harcèlement moral qu'il subirait de la part de liste " Unis pour Salles " et de M. B, à la tête de cette liste et devenu maire. Le bénéfice de cette protection lui a été accordé par un arrêté n°0068-2020 du 25 juin 2020. Toutefois, cette décision a été retirée après l'élection d'un nouveau conseil municipal, le 29 septembre 2020 par un arrêté n°0182-2020, dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".

3. L'arrêté n°0182-2020 du 29 septembre 2020 vise notamment les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, et relève que la protection fonctionnelle a été accordée à tort à M. A dès lors qu'il n'y a pas d'éléments probants de nature à caractériser les faits de harcèlement moral dont il se dit l'objet. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / II.- Sauf en cas de faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la responsabilité civile du fonctionnaire ne peut être engagée par un tiers devant les juridictions judiciaires pour une faute commise dans l'exercice de ses fonctions () IV .-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. / Lorsqu'elle est informée, par quelque moyen que ce soit, de l'existence d'un risque manifeste d'atteinte grave à l'intégrité physique du fonctionnaire, la collectivité publique prend, sans délai et à titre conservatoire, les mesures d'urgence de nature à faire cesser ce risque et à prévenir la réalisation ou l'aggravation des dommages directement causés par ces faits. Ces mesures sont mises en œuvre pendant la durée strictement nécessaire à la cessation du risque. / V.- La protection peut être accordée, sur leur demande, au conjoint, au concubin, au partenaire lié par un pacte civil de solidarité au fonctionnaire, à ses enfants et à ses ascendants directs pour les instances civiles ou pénales qu'ils engagent contre les auteurs d'atteintes volontaires à l'intégrité de la personne dont ils sont eux-mêmes victimes du fait des fonctions exercées par le fonctionnaire () ". Ces dispositions établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général.

5. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Aux termes de l'article 222-33-2-2 du code pénal alors en vigueur : " Le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende lorsque ces faits ont causé une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours ou n'ont entraîné aucune incapacité de travail. / L'infraction est également constituée : / a) Lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime par plusieurs personnes, de manière concertée ou à l'instigation de l'une d'elles, alors même que chacune de ces personnes n'a pas agi de façon répétée ; / b) Lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime, successivement, par plusieurs personnes qui, même en l'absence de concertation, savent que ces propos ou comportements caractérisent une répétition. / Les faits mentionnés aux premier à quatrième alinéas sont punis de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende : / 1° Lorsqu'ils ont causé une incapacité totale de travail supérieure à huit jours ; / 2° Lorsqu'ils ont été commis sur un mineur de quinze ans ; / 3° Lorsqu'ils ont été commis sur une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de leur auteur ; / 4° Lorsqu'ils ont été commis par l'utilisation d'un service de communication au public en ligne ou par le biais d'un support numérique ou électronique ; / 5° Lorsqu'un mineur était présent et y a assisté () ".

6. M. A soutient qu'il a été victime de harcèlement moral de la part des membres de la liste d'opposition " Unis pour Salles ", conduite par M. B, devenu maire. Il se prévaut à cet égard de deux articles anonymes des 13 novembre 2015 et 7 juin 2016, de trois articles parus dans un journal satirique local en juillet 2015, janvier 2017 et mars 2018 relatant qu'il appartient à " la loge des copains " et qu'il " soumet la femelle ", de propos tenus par M. B lors du conseil municipal du 26 mars 2019 selon lesquels la hiérarchie municipale serait incompétente, d'une lettre diffusée en mars 2020 et retranscrivant des extraits du jugement correctionnel du 28 janvier 2019 rendu à son égard et du programme électoral de M. B, dans lequel il est question de " recruter un véritable directeur général des services ". Il ressort des pièces du dossier que les éléments dont se prévaut M. A sont relatifs au fait que la commune n'est pas dotée d'un directeur général des services, position que n'occupe d'ailleurs pas M. A, qui en qualité de responsable de l'administration générale fait fonction de directeur général des services, et à l'incompétence des services municipaux, sujet de controverses fréquent lors des élections municipales. Postérieurement aux décisions en litige, ces inquiétudes ont d'ailleurs trouvé un écho auprès de la chambre régionale des comptes qui en fait état dans un rapport d'observations définitives du 9 mars 2021. Dans ces conditions, le maire de la commune de Salles, en retenant que les faits de harcèlement moral dont M. A prétendait être l'objet n'étaient pas suffisamment établis, de sorte qu'une action contre M. B et ses colistiers ne présentait pas d'utilité, était fondé à procéder au retrait de la protection fonctionnelle accordée à M. A.

7. En dernier lieu, M. A soutient que dès lors que M. B, maire de la commune, était intéressé à la procédure, celui-ci ne pouvait procéder au retrait de la protection fonctionnelle accordée à l'intéressé. Il résulte toutefois de ce qui précède que les mots employés par M. B, s'inscrivaient dans le cadre d'une campagne politique et ne visaient pas M. A de manière spécifique mais l'administration communale dans son ensemble, telle qu'elle fonctionnait lors du mandat du précédent maire. Compte-tenu de ce qui a été dit au point précédent, M. B était fondé à prendre la décision en litige, et enfin il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une autre autorité était compétente pour prendre une telle mesure. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en raison de sa partialité doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°0182-2020 du 29 septembre 2020 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Salles, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. A une somme de 500 euros à verser à la commune de Salles au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Salles une somme de 500 (cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la commune de Salles.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

A. C

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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