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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2005800

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2005800

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2005800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET FERRANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 14 décembre 2020 et le 30 août 2021, Mme B A, représentée par Me Bach, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2020 rejetant implicitement la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa maladie professionnelle, reçue le 2 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Bordeaux de reconnaitre imputable au service sa maladie professionnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut de prendre une nouvelle décision dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Bordeaux la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que malgré la demande formulée, les motifs de droit et de fait des refus n'ont jamais été communiqué ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 41 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 dès lors que la commission de réforme n'a pas été saisie pour avis ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L31 du code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'il existe un lien direct entre sa pathologie et son milieu professionnel, qu'elle ne présente pas d'état antérieur et que les conclusions médicales sont concordantes ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 21 juin et 30 septembre 2021, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux, représenté par Me Meillon avocat, conclut au rejet de la requête, au sursis à statuer dans l'attente de la décision expresse du CHU de Bordeaux, et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors qu'elle est dirigée contre une décision confirmative des décisions du 2 février 2018 et du 23 septembre 2020 ;

- la requérante ne rapporte par la démonstration qu'elle aurait eu à supporter des conditions de travail difficiles en qualité d'agent de régulation du SAMU ;

- la requérante n'établit aucun lien entre les conditions de travail qu'elle a rencontrées en qualité d'agent de régulation du SAMU et la maladie qu'elle a déclarée à compter du 18 août 2017.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delvolvé ; président rapporteur,

- les conclusions de Mme Passerieux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Meillon, représentant le centre hospitalier universitaire de Bordeaux.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, a été recrutée au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux en 2010, en qualité d'aide-soignante. Le 2 mai 2014, l'intéressée a été agressée par un patient qui lui a infligé un coup de poing dans la zone du cou. Mme A a déposé plainte le même jour. Le 12 mai 2014, l'accident a été reconnu imputable au service. Un premier arrêt de travail a été prescrit du 2 mai 2014 au 19 mai 2014, au terme duquel la requérante a repris ses fonctions. Elle a de nouveau dû être arrêtée du 14 avril 2015 au 13 juillet 2016 en raison de névralgies cervico-brachiales sur hernie cervicale ainsi que pour névrose anxieuse. Par une décision du 8 février 2016, le CHU de Bordeaux a reconnu ces arrêts maladie comme imputables au service. Dès le 14 juillet 2016, une reprise du travail à temps partiel a été initiée mais la requérante a de nouveau été placée en arrêt maladie en février 2017. Par une décision du 23 septembre 2020, le CHU de Bordeaux a fixé la date de consolidation de l'accident de service au 4 novembre 2014 avec un taux d'incapacité permanente partielle fixée à 5% concernant le traumatisme cervical et une consolidation fixée au 19 juillet 2017 avec une incapacité permanente partielle estimée à 8% pour le stress post-traumatique. Après consolidation, Mme A a de nouveau souffert d'un épisode dépressif. Le 2 septembre 2020, elle a adressé une demande, au CHU de Bordeaux, de reconnaissance de sa maladie professionnelle, restée sans réponse. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le CHU de Bordeaux a refusé de reconnaitre sa maladie professionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le CHU de Bordeaux :

2. Le CHU de Bordeaux soutient que la décision implicite refusant de reconnaitre la maladie professionnelle de Mme A est seulement confirmative des décisions du 2 février 2018 et 23 septembre 2020 et qu'ainsi la requête présentée par la requérante est tardive. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision 2 février 2018 rejette la demande d'imputabilité au service de la rechute de l'intéressée du 18 août 2017 de l'accident survenu le 2 mai 2014 au motif que la pathologie présentée par Mme A n'est pas en rapport avec l'accident du 2 mai 2014. Par ailleurs, la décision du 23 septembre 2020 concerne la date de consolidation des traumatismes de Mme A et la fixation des taux d'incapacité permanente partielle. Or, la demande de Mme A, du 2 septembre 2020 a pour objet la reconnaissance de sa maladie professionnelle. Dans ces conditions, dès lors que l'objet de cette dernière demande est différent des objets des décisions des 2 février 2018 et 23 septembre 2020, elle n'a pu faire naître aucune décision confirmative. Par suite, la présente requête ne saurait être regardée comme tardive.

3. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / IV. - Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat (). / VI. - Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités du congé pour invalidité temporaire imputable au service mentionné au premier alinéa et détermine ses effets sur la situation administrative des fonctionnaires. Il fixe également les obligations auxquelles les fonctionnaires demandant le bénéfice de ce congé sont tenus de se soumettre en vue, d'une part, de l'octroi ou du maintien du congé et, d'autre part, du rétablissement de leur santé, sous peine de voir réduire ou supprimer le traitement qui leur avait été conservé (). ". Aux termes de l'article 35-6 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, tel que créé par le décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme est consultée : / 1° Lorsqu'une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l'accident du service ; / 2° Lorsqu'un fait personnel du fonctionnaire ou toute autre circonstance particulière étrangère notamment aux nécessités de la vie courante est potentiellement de nature à détacher l'accident de trajet du service ; / 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies. ". Aux termes de l'article 16 du même décret du 13 mai 2020 : " () Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 35-2 à 35-7 du décret du 19 avril 1988 susvisé dans sa rédaction issue du présent décret ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret (). "

4. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants (). " et aux termes de la suite de ce même article, dans sa rédaction applicable avant l'entrée en vigueur de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 : " Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l' article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales (). ". Aux termes de l'article 16 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, alors applicable au litige : " La commission départementale de réforme des agents des collectivités locales est obligatoirement consultée si la maladie provient de l'une des causes prévues au deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée (). ". Aux termes de l'article 13 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La demande d'inscription à l'ordre du jour de la commission est adressée au secrétariat de celle-ci par l'employeur de l'agent concerné. / L'agent concerné peut également adresser une demande de saisine de la commission à son employeur, qui doit la transmettre au secrétariat de celle-ci dans un délai de trois semaines ; le secrétariat accuse réception de cette transmission à l'agent concerné et à son employeur ; passé le délai de trois semaines, l'agent concerné peut faire parvenir directement au secrétariat de la commission un double de sa demande par lettre recommandée avec accusé de réception ; cette transmission vaut saisine de la commission. / La commission doit examiner le dossier dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'inscription à l'ordre du jour par son secrétariat. Ce délai est porté à deux mois lorsqu'il est fait application de la procédure prévue au deuxième alinéa de l'article 16. Dans ce cas, le secrétariat de la commission notifie à l'intéressé et à son employeur la date prévisible d'examen de ce dossier. / Le traitement auquel l'agent avait droit, avant épuisement des délais en cours à la date de saisie de la commission de réforme, lui est maintenu durant les délais mentionnés et en tout état de cause jusqu'à l'issue de la procédure justifiant la saisie de la commission de réforme. ". Aux termes de l'article 16 de ce même arrêté : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis./ Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires (). ".

5. Il résulte des dispositions citées aux points 3 et 4, et notamment de l'article 16 du décret du 13 mai 2020, que la commission de réforme prévue à l'article 16 du décret du 19 avril 1988, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020, devait être consultée en application des dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986.

6. Il résulte de ces dispositions qu'avant de refuser de reconnaitre la maladie professionnelle de Mme A en raison de l'accident reconnu imputable au service survenu le 2 mai 2014, le CHU de Bordeaux aurait dû saisir pour avis la commission de réforme. Il résulte de l'instruction que la commission de réforme n'a été saisie que le 2 juillet 2021 et ne s'est toujours pas prononcée à la date du présent jugement. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que le CHU de Bordeaux a méconnu les dispositions précitées.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite de rejet de la demande du 2 septembre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Le juge administratif doit statuer sur les conclusions à fin d'injonction présentées sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative en tenant compte de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le CHU de Bordeaux se prononce à nouveau sur la demande de Mme A tendant à la reconnaissance de sa maladie professionnelle. Il y a donc lieu d'enjoindre au CHU de Bordeaux d'agir en ce sens, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sera mise à la charge du CHU de Bordeaux au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le CHU de Bordeaux a refusé de reconnaitre la maladie professionnelle de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au CHU de Bordeaux de se prononcer sur la demande de Mme A sur sa demande de reconnaissance de sa maladie professionnelle dans un délai de deux mois à compter de la réception du présent jugement.

Article 3 : Le CHU de Bordeaux versera la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président-rapporteur,

Mme Molina-Andréo, première conseillère,

Mme Mounic, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

La première assesseure,

B. MOLINA-ANDRÉO Le président-rapporteur,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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