jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2100127 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BARTHELEMY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 janvier 2021, Mme A B, représentée par Me Sebban, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 novembre 2020 par laquelle le ministre du travail a retiré sa décision implicite de rejet née le 24 août 2020 et autorisé son licenciement ;
2°) d'enjoindre à la SARL Akidis de lui proposer des offres de reclassement conformes aux exigences légales sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son inaptitude a été appréciée au regard des dispositions de l'article R. 4624-42 du code du travail qui ne lui sont pas applicables, ce qui prive cette décision de base légale ;
- l'obligation de reclassement a été appréciée au regard des dispositions des articles L. 1226-2 ou L. 1226-10 du code du travail qui ne lui sont pas applicables, ce qui prive cette décision de base légale ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au respect par l'employeur de son obligation de reclassement ;
- la demande de procéder à son licenciement est en lien avec ses fonctions électives.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2021, la SARL Akidis, représentée par Me Moret, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que cette requête n'est pas fondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, le ministre du travail déclare s'en remettre à la sagesse du tribunal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wohlschlegel, première conseillère ;
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public ;
- et les observations de Me Sebban, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée le 2 mai 2005 par un contrat à durée indéterminée pour occuper le poste de responsable qualité par la société Akidis, filiale du groupe STVA appartenant lui-même au groupe SNCF. Cette société exerce une activité de réception, de stockage et de préparation de véhicules. Mme B a été élue déléguée du personnel en 2006, puis désignée en 2011 en qualité de représentante de la section syndicale CGT. Le 3 juillet 2012, elle a été déclarée inapte à tout poste de l'entreprise par le médecin du travail qui a indiqué qu'un reclassement était à rechercher sur un poste administratif de type qualité ou exploitation. Par un courrier du 11 septembre 2012, la société a saisi l'inspecteur du travail d'une demande d'autorisation de licenciement pour inaptitude physique et impossibilité de reclassement de Mme B, qui a été rejetée le 30 octobre 2012. La société a initié une deuxième procédure de licenciement le 3 septembre 2013. Cette demande d'autorisation de licenciement a été rejetée par l'inspecteur du travail le 18 novembre 2013, cette décision ayant été confirmée le 7 mai 2014 par le ministre du travail saisi d'un recours hiérarchique. Par un jugement n° 1403021 du 27 octobre 2016, le tribunal a annulé ces deux décisions et a enjoint à l'inspecteur du travail de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement de Mme B dans un délai de deux mois. Par une décision du 23 décembre 2016, l'inspecteur du travail a maintenu son refus d'accorder cette autorisation de licenciement sollicitée par l'employeur. Puis, le 31 octobre 2017, la société Akidis a sollicité pour la troisième fois l'autorisation de licencier Mme B, devenue conseillère du salarié le 6 juillet 2015, qui lui a été accordée par une décision du 22 décembre 2017 de l'inspectrice du travail. Par une décision du 18 octobre 2018, la ministre du travail saisie d'un recours hiérarchique a annulé cette décision du 22 décembre 2017 et a refusé d'autoriser ce licenciement. Par jugement n° 1805497 du 27 mars 2020, le tribunal a annulé cette décision du 18 octobre 2018. Par décision du 13 novembre 2020, la ministre du travail a retiré sa décision de rejet implicite du recours hiérarchique née le 24 août 2020 et a accordé cette autorisation de licenciement. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision ministérielle du 13 novembre 2020.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 411-4 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration se prononce sur le recours formé à l'encontre d'une décision créatrice de droits sur le fondement de la situation de fait et de droit prévalant à la date de cette décision. En cas de recours formé contre une décision non créatrice de droits, elle se fonde sur la situation de fait et de droit prévalant à la date à laquelle elle statue sur le recours. "
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartenait au ministre de se prononcer sur le recours hiérarchique présenté par Mme B au regard des circonstances de fait et de droit prévalant à la date de sa décision, et ce quand bien même il se prononçait à nouveau sur une demande d'autorisation de licenciement après l'annulation d'une première décision refusant d'y faire droit. Par suite, les moyens tirés de ce que le ministre aurait dû apprécier son inaptitude ainsi que le respect par l'employeur de son obligation de reclassement au regard des textes applicables à la date de constatation de son inaptitude, intervenue le 3 juillet 2012, ne peuvent qu'être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1226-2 du code du travail : " Lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle (). L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en oeuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. ". Aux termes de l'article L. 1226-2-1 de ce code : " Lorsqu'il est impossible à l'employeur de proposer un autre emploi au salarié, il lui fait connaître par écrit les motifs qui s'opposent à son reclassement. L'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, soit du refus par le salarié de l'emploi proposé dans ces conditions, soit de la mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. L'obligation de reclassement est réputée satisfaite lorsque l'employeur a proposé un emploi, dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, en prenant en compte l'avis et les indications du médecin du travail. () ".
5. Dans le cas où la demande de licenciement d'un salarié protégé est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que l'employeur a, conformément à l'article L. 1226-10 du code du travail, cherché à reclasser le salarié sur d'autres postes appropriés à ses capacités, le cas échéant par la mise en œuvre, dans l'entreprise, de mesures telles que mutations ou transformations de postes de travail ou aménagement du temps de travail. Le licenciement ne peut être autorisé que dans le cas où l'employeur n'a pu reclasser le salarié dans un emploi approprié à ses capacités au terme d'une recherche sérieuse, menée tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel.
6. Par avis médical émis le 3 juillet 2012, Mme B a été déclarée inapte à son poste antérieur de responsable qualité ainsi qu'à tout poste dans l'entreprise. Il a été recommandé de rechercher son reclassement sur un poste administratif de type qualité ou exploitation. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié, au cours de l'année 2017, d'entretiens avec différents services des ressources humaines des entreprises du groupe auquel appartient la société Arkidis afin d'y identifier des solutions de reclassement, dont les frais ont été pris en charge. Après avoir initialement indiqué accepter d'étudier des offres de reclassement sur toute la France, la requérante a limité ses attentes aux régions bordelaise et nantaise, et a ainsi refusé, au motif d'un éloignement géographique trop important, une offre située dans le département du Vaucluse le 22 mars 2017, une offre située dans le département de la Seine-Maritime ainsi qu'une offre située dans le département de la Charente-Maritime le 23 mai 2017, et une offre dans le département de la Seine-Saint-Denis le 23 juin 2017. Bien que rien ne s'opposait à ce que des emplois lui soient proposés en dehors des régions bordelaise et nantaise, l'employeur établit avoir également contacté en vain des entreprises extérieures au groupe dans ces deux zones. Enfin, en réponse à la demande de réintégration dans l'entreprise présentée le 14 novembre 2018 par Mme B, la société Arkidis lui a proposé, le 19 février 2019, un poste de responsable QHSE et un poste de technicien QHSE au sein de la société CAT à Onnaing (59). Elle lui a également proposé, le 10 septembre 2019, un poste de responsable QHSE au sein de la société CAT LC à Gennevilliers (92). Si ces offres s'inscrivaient dans le cadre d'une " bourse aux offres d'emploi " accessible à tous est sans incidence, il n'en demeure pas moins qu'une proposition individuelle en a été faite à Mme B. Cette dernière n'y a donné aucune suite et ne démontre pas que ces postes requéraient une qualification différente de la sienne. Dans ces conditions, la société Akidis doit être regardée comme ayant accompli des démarches sérieuses et loyales de recherche de reclassement de Mme B, et le moyen tiré de ce que le ministre aurait commis une erreur d'appréciation en autorisant son licenciement doit être écarté.
7. En troisième lieu, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.
8. Tout d'abord, Mme B ne saurait sérieusement reprocher au ministre du travail de s'être borné, par la décision attaquée du 13 novembre 2020 et en l'absence de tout élément nouveau dans sa situation, à prendre acte du jugement du tribunal annulant sa décision de refus de licenciement du 18 octobre 2018 pour exclure tout lien entre son licenciement et le mandat qu'elle détenait à cette date dès lors que ce jugement, qui a d'ailleurs été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 15 novembre 2022, était revêtu d'une autorité absolue impliquant que ce qui a été jugé soit respecté. Ensuite, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la société Akidis s'est acquittée de son obligation de recherche de reclassement, de sorte que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'absence de proposition de reclassement adaptée traduirait la volonté de la société de l'évincer et donc l'existence d'un lien entre son mandat et son licenciement.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Akidis la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 500 euros à verser à la société Akidis à ce titre.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera la somme de 1 500 euros à la société Akidis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la société Akidis et au ministre du travail.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme D et Mme C, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.
La rapporteure,
E. D
Le président,
D. FERRARI La greffière,
C. POTTIER
La République mande et ordonne au ministre du travail, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100127
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026